Après quelques années à Hô Chi Minh-Ville, beaucoup de Français rentrent avec l'envie de se mettre à leur compte. Le projet se prépare mieux depuis Saïgon qu'une fois les valises posées : impôt vietnamien à solder, statut à choisir, compte professionnel à prévoir, couverture santé à ne pas interrompre. Voici l'ordre des démarches, et les oublis qui coûtent cher.


Ils étaient 6 968 Français inscrits au registre consulaire au Vietnam en 2025, selon le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, sans compter ceux qui ne s'inscrivent pas, la démarche étant facultative. Beaucoup finissent par rentrer, souvent avec un projet en tête : du conseil nourri par des années de terrain en Asie, de l'import, un commerce, une activité de formation. Le retour est un bon moment pour se lancer, à condition de ne pas enchaîner les démarches dans le désordre.
Avant de quitter Saïgon, solder sa situation fiscale
Si vous étiez résident fiscal au Vietnam (en règle générale, au moins 183 jours de présence dans l'année) et que votre contrat de travail prend fin, le départ s'accompagne d'une régularisation de l'impôt sur le revenu, la « tax finalization ». Elle se fait seul ou par l'intermédiaire de l'employeur, et mieux vaut la boucler avant de prendre l'avion.
Ce document ne sert pas seulement à être en règle. Les banques vietnamiennes le réclament, avec le contrat de travail et les justificatifs de revenus, avant de transférer des économies à l'étranger : elles doivent s'assurer que l'argent provient de revenus sur lesquels l'impôt a été payé. Rapatrier son épargne tant qu'on est sur place évite de gérer la procédure à distance. C'est souvent cette somme qui financera le capital ou les premiers mois de la future entreprise.
Côté français, la convention fiscale signée avec le Vietnam en 1993 évite qu'un même revenu soit imposé deux fois, mais elle ne dispense d'aucune formalité. Un compte laissé ouvert au Vietnam, pour encaisser un loyer ou un dernier paiement, devra être déclaré chaque année avec la déclaration de revenus, sur le formulaire 3916. L'oubli coûte 1 500 € par compte et par année.
Micro-entreprise ou société : trancher avant le retour
La micro-entreprise reste la voie la plus rapide. L'immatriculation est gratuite sur le guichet unique des formalités d'entreprises, géré par l'INPI, les cotisations sont calculées sur le chiffre d'affaires encaissé et la comptabilité se résume à un registre des recettes (et des achats pour la vente). Le régime est ouvert jusqu'à 83 600 € de chiffre d'affaires annuel pour les prestations de services et 203 100 € pour la vente de marchandises, seuils en vigueur depuis 2026. Il convient bien pour tester une activité de conseil ou de formation.
Sa limite tient aux charges : impossible de déduire ses frais réels. Dès qu'il faut acheter du stock, par exemple pour importer des produits vietnamiens, investir ou s'associer, la société (SASU, EURL) reprend l'avantage. Elle demande des statuts, un capital (1 € suffit légalement), le dépôt de ce capital et une annonce légale dont le prix est fixé par arrêté : 142 € HT pour une SASU et 124 € HT pour une EURL en 2026 (tarif métropole), hors frais de greffe.
Une précision pour ne pas fausser son budget : l'Acre, l'exonération partielle de cotisations des débuts, est réservée à certains publics (demandeurs d'emploi, moins de 26 ans, bénéficiaires de minima sociaux…) et doit être demandée à l'Urssaf. Un expatrié qui rentre n'y a souvent pas droit.
Démarrer vite pour éviter un trou de couverture santé
Le calendrier compte aussi pour l'Assurance maladie. Sans activité professionnelle, un Français qui rentre doit en principe attendre trois mois de résidence avant d'être pris en charge au titre de la protection universelle maladie ; les adhérents de la Caisse des Français de l'étranger (CFE) peuvent, sous conditions, rester couverts pendant cette période. Une activité professionnelle en France ouvre au contraire l'affiliation sans délai. Démarrer son activité dès les premiers jours du retour évite donc ces trois mois d'attente. Nuance de taille : le président de SASU qui ne se verse aucune rémunération n'est pas affilié au titre de son mandat.
Le compte professionnel, à ouvrir en même temps que l'entreprise
Pour une société, il vient même en premier : le capital doit être déposé avant l'immatriculation, qui exige l'attestation de dépôt, et les fonds restent bloqués jusqu'à l'obtention du Kbis. Pour une micro-entreprise, un compte dédié, pas forcément « professionnel », devient obligatoire dès que le chiffre d'affaires dépasse 10 000 € deux années civiles de suite. Séparer les flux dès le premier jour simplifie tout de même les déclarations.
Ouvrir un compte depuis l'étranger reste compliqué dans une banque de réseau, qui réclame souvent un justificatif de domicile en France et un rendez-vous en agence. Les néobanques professionnelles (Qonto, Shine…) et les legaltechs qui couplent création et compte fonctionnent en ligne, dépôt de capital compris. Pour mesurer ce que couvrent ces offres intégrées, on peut lire cet avis détaillé sur LegalPlace Pro, qui passe en revue tarifs et limites, dont des virements cantonnés à l'euro et à la zone européenne.
Ce dernier point concerne directement ceux qui gardent des clients au Vietnam : avant de choisir, vérifiez que le compte accepte les virements internationaux hors zone euro, en dollars notamment, ce que toutes les offres ne permettent pas.
Ce qui se négocie et ce qui ne se négocie pas
Reste le coût de l'accompagnement. Créer seul sur le guichet unique ne coûte rien pour une micro-entreprise ; passer par une legaltech (LegalPlace, Legalstart…) ajoute aux frais légaux des honoraires qui varient selon la formule choisie. Des codes de réduction circulent sur ces plateformes (le site Le Bon Investisseur en recense par exemple pour LegalPlace), mais ils ne portent que sur les honoraires : l'annonce légale et les frais de greffe restent fixés par la réglementation.
Au printemps suivant, la première déclaration
L'année qui suit le retour, la déclaration de revenus se fait en deux volets si vous perceviez des revenus de source française avant de rentrer : le formulaire 2042 pour l'ensemble des revenus perçus depuis le retour, et le 2042-NR pour les revenus français de la période de non-résidence. S'y ajoute un formulaire 3916 par compte resté ouvert au Vietnam. Le chiffre d'affaires d'une micro-entreprise figure aussi sur la déclaration (formulaire 2042-C-PRO), en plus des déclarations mensuelles ou trimestrielles à l'Urssaf.
Six mois d'anticipation suffisent le plus souvent pour que l'entreprise démarre dès le retour : impôt vietnamien soldé, épargne rapatriée, statut choisi, compte professionnel repéré. Reste alors l'essentiel : trouver ses premiers clients en France.

