

Lam, d'origine Vietnamienne et expert en e-commerce, est au Vietnam depuis maintenant 6 ans. Il est le co-fondeur et CEO de WisePass, une application qui apporte des données précises sur les marchés de leurs clients et analyse les campagnes de communication dans leur globalité.
Lepetitjournal.com/Hochiminhville : Bonjour Lam ! Qui es-tu ? Tu es d'origine vietnamienne. Qu'est ce qui a motivé ce retour « au pays » ?
Lam Tran : Bonjour ! Je suis Lam, et je suis le co-fondateur et le CEO de la société WisePass. Après avoir fait une école de commerce (SKEMA Business School), je me suis spécialisé dans le marketing digital, et j'ai monté plusieurs entreprises.
Mes parents sont Vietnamiens et sont arrivés en France en 1983. Je suis né peu de temps après à Versailles en avril 1984, et j'ai passé toute mon enfance et mon adolescence en France.
Toute la famille de mon père est en France, en revanche la famille de ma mère n'a pas quitté le Vietnam. En venant m'installer au Vietnam pour le boulot, j'y retrouvais aussi toute ma famille maternelle.
Ma motivation pour venir vivre au Vietnam s'est développée en 2 temps.
Il y a 6 ans, mon associé, le partenaire de la société que j'avais à l'époque (qui faisait du beurre de Karité au Ghana), m'a proposé de venir passer quelques temps au Vietnam, afin d'être plus proche de nos clients d'Asie, en Chine, en Corée et au Japon.
Arrivé au Vietnam, j'ai commencé à me poser des questions, et j'ai vécu ma première vraie relation avec une Vietnamienne? Elle faisait ses études à Boston et nous avons décidé de venir nous installer ensemble au Vietnam l'année suivante.
Puis il y a eu un déclic, plus « spirituel ». J'ai eu entre temps une offre d'emploi chez Google. Cela faisait 10 ans que je travaillais dans le digital l'offre était donc très intéressante. J'ai alors commencé à travailler chez Google à Dublin, où je ne suis resté qu'une année : je me suis rendu compte je souhaitais vraiment revenir vivre et m'installer au Vietnam « pour toujours ». Et maintenant que je suis ici, je ne pense pas du tout à partir.
Le Vietnam est-il ton premier pays d'expatriation? As-tu eu d'autres expériences à l'étranger?
Le Vietnam n'est pas ma première expatriation. Je suis parti au Bénin à 16 ans pour 2 ans, car mon père y travaillait pour l'ambassade de France, et j'y ai fait ma première et ma terminale.
Ensuite pendant mes études et dans le cadre de mon stage de 1ère année, je suis parti à New York. Ce stage de 3 mois s'est transformé en stage « à durée indéterminée », puisque j'y ai travaillé pendant 2 ans dans le marketing digital. C'est la première boite qui m'a donné envie de travailler dans cette branche, et c'est en quittant cette entreprise que j'ai monté ma première boite en 2008.
Pour mon échange de dernière année, je suis parti en Corée du Sud. En sortant de l'école, j'ai lancé ma société d'export de beurre de karité sur la base du partenariat social, ce qui fut pour moi l'occasion de changer de secteur et découvrir autre chose.
Je suis donc parti au Ghana pendant 3 ans développer cette société, avec le partenaire qui m'a fait découvrir et venir au Vietnam par la suite. Beaucoup ignorent les bienfaits du beurre de karité !
En 2011, j'ai rejoint la société NhomMua.com au Vietnam qu'avait monté mon colocataire sur place, où je me suis replongé dans le marketing digital.
J'y suis resté pendant 1 an et demi, avant de sauter sur l'offre de Google et de partir à Dublin en Irlande.
Chez Google, les expériences humaines et professionnelles sont très particulières. On travaille dans un cadre bien précis et on ne touche qu'à ce secteur-là. Comme c'est une structure de 30 000 employés, la marge d'innovation est assez restreinte. J'ai découvert que cela ne me correspondait pas, et que l'aspect financier n'était vraiment pas un moteur pour moi ; j'avais envie d'entreprendre et de créer. C'était cela ma passion et ma motivation qui me permettaient de travailler à ma manière. Je suis donc rentré au Vietnam?

Quelles ont été les difficultés rencontrées auxquelles tu ne t'attendais pas? Les facilités?
Les gens pensent souvent que monter une société au Vietnam s'avère très difficile, d'un point de vue administratif. En fait, cela paraît difficile car on ne comprend pas la procédure. L'administration, c'est partout pareil, c'est long et compliqué !
La vraie difficulté pour moi n'est pas celle-là, c'est plutôt de monter un projet. Avoir l'idée, ce n'est pas difficile, tout le monde a de bonnes idées. Il faut avoir le temps, et surtout le prendre ? oui, avoir le financement derrière aussi ! Prendre des semaines, des mois pour en parler autour de soi et le développer, puis aller vendre son concept.
Le parcours magique n'existe pas !
Les difficultés propres au Vietnam seraient pour moi tout d'abord l'utilisation quasi exclusive de l'argent en liquide. J'avais monté une société comme Groupon, où tu achetais en ligne et tu récupérais ton produit en magasin. Or, peu de gens possède des cartes bancaires ici. Il a donc fallu contourner cet obstacle et trouver des solutions adaptées.
La deuxième difficulté dans ce pays, et ceci était vraiment le cas au début, c'est la connexion internet, d'autant plus quand on travaille dans le digital et que tout se passe en ligne. Quand on monte une application, il faut penser au temps de téléchargement, et au nombre de gens qui utilisent la même connexion wifi. La 4G n'est toujours pas arrivée au Vietnam !
En terme de facilité, la partie « tech » est vraiment peu onéreuse. Pour faire du développement, c'est vraiment l'idéal !
Je sais aussi qu'il y a beaucoup de turnover, mais c'est je pense, une question de leadership. Je ne souffre pas de turnover pour l'instant, mais je fais attention pour la suite, quand la boite va grandir et grossir, car il me sera plus difficile de préserver l'authenticité d'éthique de travail.
J'essaie d'avoir une hiérarchie très plate, et d'écouter mes employés. On travaille au résultat et à la performance, pas à la présence au bureau. Je fais aussi beaucoup confiance, ce qui met les gens en valeur et les rend autonomes. J'ai une équipe de 15 personnes aujourd'hui, et mon équipe technique, qui est avec moi depuis le début, est exclusivement Vietnamienne.
Je veux que notre environnement de travail soit le plus « friendly » possible. Il va falloir que je recrute des gens aux profils différents et avec des personnalités différentes afin de préserver cette façon de travailler ; construire des équipes qui réussiront à s'autogérer et évoluer en autonomie tout en préservant cette éthique.
Une startup est en constante évolution, et il faut continuellement se remettre en question, être réactif. Plus ça avance, plus c'est intéressant et plus les problèmes rencontrés sont un réel « challenge » à résoudre.
Il faut apprendre à gérer et à revoir ses priorités, afin de ne pas se perdre. Je passe donc tous les matins 5 minutes avec mes employés, pour faire le point. Tout le monde est au courant du planning et du plan général des objectifs. C'est très important pour moi qu'il y ait une transparence sur la globalité de notre avancement, et de ce que fait cela créé une cohésion de mes équipes.
Le Vietnam est-il un pays propice à ce type de business? Quels conseils donnerais-tu à quelqu'un souhaitant se lancer dans l'aventure ?
Il faut avoir le temps, et surtout le prendre, pour monter quelque chose de solide et de qualité.
Avoir un financement personnel permet aussi de lancer sa startup avec plus de sérénité.
Il faut aussi savoir s'entourer des « bonnes » personnes, en qui on peut avoir toute confiance, et avec qui on a des complémentarités de travail.
La magie de l'entreprenariat, c'est que tu puisses vivre ta réalité. Il ne faut pas oublier que rien n'est facile, ni évident, encore moins logique. Les bugs continuent, et il faut perpétuellement innover tout en consolidant ce qui existe déjà.
Il faut aussi toujours sous-estimer ses objectifs, en termes de livraison, de mises à jour? Même si tout est bien fait et bien organisé, il faut prendre en compte que la planification n'existe que sur papier, elle ne nous met pas à l'abri des imprévus une fois sur place.
Il faut fixer ses objectifs de façon réaliste, et connaître la réalité du marché. Il est aussi impératif d'avoir de l'expertise dans le domaine dans lequel on se lance, afin d'être plus pointu que le plus pointu de la concurrence.
Bien se connaître et ne pas avoir peur de se lancer !
Propos recueillis par Nathalie Mulot (lepetitjournal.com/Hochiminhville) 1er Septembre 2016

