Édition internationale

VIH/SIDA – Le Vietnam s’accroche

Écrit par Lepetitjournal Ho Chi Minh Ville
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 janvier 2018

Le Vietnam est plus que jamais mobilisé dans la lutte contre le virus du sida. Un nouveau modèle de prévention, de dépistage et de traitement du sida a été mis en place à Hanoï. Et malgré l'arrêt des aides internationales, prévu en 2017, le pays ne baisse pas les bras.

227 144 c'est le nombre de vietnamiens porteurs du virus du sida recensés en juin 2015 dont 4 000 sont des enfants. Ces nombres n'ont de cesse d'augmenter. Prostituées, homosexuels et toxicomanes représentent les populations les plus touchées par le virus et par manque de prévention, ils infectent à leur tour leurs proches et leurs familles. Au Vietnam, cette maladie est désormais un stigma social important depuis l'apparition du premier cas en 1990.

Cependant, le combat contre le virus du sida est en marche grâce au soutien d'organisations internationales, telles que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (ONUSIDA). Le pays est parvenu à de grandes avancées en matière de soins et de traitements notamment avec les médicaments antirétroviraux. En effet, cette médication permet d'améliorer la qualité de vie des séropositifs tout en réduisant considérablement le risque de transmission du virus du sida. Ainsi, 100 000 personnes atteintes du VIH en bénéficient.

Modèle « 90-90-90 »

Mais pour lutter efficacement, il est nécessaire que la population se fasse dépister. Un centre de consultation et de dépistage gratuit a ainsi vu le jour, dans le district de Ba Vi, en banlieue de Hanoï afin de renforcer le contrôle du virus. Initié en collaboration avec la fondation américaine Global Fund ainsi que la Fondation de santé du Centre de prévention et de lutte contre le VIH/sida, ce centre est axé sur le modèle appelé « 90-90-90 » de l'ONUSIDA. L'objectif étant que 90% de vietnamiens soient dépistés, que 90% de personnes séropositives reçoivent un traitement et que 90% de celles sous traitement parviennent à une charge virale indétectable, autrement dit, que la quantité de VIH présents dans leur sang soit quasi inexistant. De plus, le centre médical de Ba Vi a pour mission de venir en aide à l'établissement pénitentiaire de Suoi Hai (dans la localité) afin d'assurer le dépistage et le traitement des détenus touchés par le virus.

Le modèle « 90-90-90 » permettra donc, selon le quotidien Le Courrier du Vietnam, « de limiter les conséquences de l'épidémie sur le développement social et contribuera par ailleurs à la réduction de la pauvreté dans la localité ».

Suppression des aides internationales

À l'heure actuelle, la moitié des districts dispose d'un établissement de traitement contre le VIH et plus de 560 dispensaires fournissent des médicaments antirétroviraux. Mais le risque de propagation du virus est encore présent et la suspension de la majeure partie des aides internationales, notamment dans l'approvisionnement des traitements, pourrait avoir de lourdes répercutions en 2017. D'après le docteur Nguyên Hoàng Long, chef du Département de prévention et de lutte contre le VIH/sida (ministère de la Santé), 70% des financements étrangers ont permis de mettre en place des systèmes de prévention et de lutte contre cette maladie et 95% de la production de médicaments antirétroviraux sont financés par des organismes internationaux.

Le Département de prévention et de lutte contre le VIH/sida, chiffre le frais moyens du traitement d'un séropositif entre 4 à 5 millions de dôngs par an (environ 200 euros). Entre 2008 et 2012, le budget consacré à cette maladie a été de 7 170 milliards de dôngs dont 3 484 milliards ont été pris en charge par les aides internationales.

Cependant, le pays se trouve dans une position complexe puisque d'une part, les programmes d'assistance mis en place par des organisations internationales, tels ceux financés par la Banque Mondiale ou encore les gouvernements australien et néerlandais, arrivent à terme. D'autre part, le Vietnam est désormais considéré comme un pays au revenu moyen ce qui implique cette diminution des aides étrangères. De plus, d'importantes coupures budgétaires au niveau de l'État vietnamien devraient survenir dans les prochaines années étant donné que le programme de prévention et de lutte contre le sida et la prostitution ne fera bientôt plus partie du programme dit de « l'objectif national ».

Mais pour poursuivre le combat, il faudra 26 882 milliards de dôngs. Or, avec le retrait des aides internationales, le Vietnam ne disposera plus que de 37% de ce budget. Ce constat aura donc un impact important au niveau des systèmes mis en place pour la prévention et le dépistage du VIH mais pas seulement, les patients actuellement sous médicaments pourraient être amenés à suspendre ou encore à arrêter leur traitement par manque de moyens. « Pour les 100 000 patients recensés, l'interruption ou la prise de moindres doses conduiront à un échec du traitement et à un risque plus élevé de développement de résistances », selon Le Courrier du Vietnam.

Solutions envisageables

Pour le docteur Nguyên Hoàng Long, il serait alors de rigueur que le gouvernement prélève des fonds sur le budget de l'État et l'Assurance Santé pour combler ce déficit, mais cette idée reste pour le moment en suspens. De manière plus concrète, des responsables du secteur de la santé épaulés par de nombreux volontaires ont décidé d'étendre la distribution gratuite de seringues jetables ainsi que de préservatifs aux personnes à risque, tels que les toxicomanes ou encore les prostituées, tout en leur conseillant de faire des tests de dépistage.

Cependant, pour remédier au problème économique, le pays va devoir obtenir de nouvelles sources de financement et renforcer ses investissements ciblés dans les régions les plus touchées par le virus du sida et ainsi amener les différentes localités vietnamiennes à mettre en place un plan financier axé sur le traitement et la prévention de cette maladie. Le gouvernement a désormais pris ce fléau à bras le corps, reste maintenant à mobiliser le plus de monde possible pour que ce combat ne prenne pas fin en même temps que les aides internationales.

 

Valérie Péré (lepetitjournal.com/Hochiminhville) 11 Janvier 2016

Lepetitjournal Ho Chi Minh Ville
Publié le 10 janvier 2016, mis à jour le 6 janvier 2018
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