

Le Bureau des affaires religieuses, entité sous la responsabilité du Ministère de l'Intérieur en charge du culte, a rendu public un projet de loi visant à réformer le sujet sensible de l'exercice du culte au Vietnam. Les principales autorités religieuses du pays, catholiques et protestantes en tête, ont fait part de leurs divergences face à cette réforme qui pourrait être votée au début de l'année 2016.
Ce projet de loi, constitué de 71 articles, est proposé par le Gouvernement afin, selon lui, d'aligner le régime juridique lié au culte suite à la nouvelle rédaction de la Constitution reconnaissant la liberté de croyance et de religion pour chacun, et de régler un certain nombre de problèmes pratiques ayant émergé ces dix dernières années (notamment en cas de dissolution d'une organisation religieuse ou de création d'un séminaire).
Plus que la réforme elle-même, c'est avant tout le maintien, voire le renforcement, du système actuel d'enregistrement obligatoire des religions qui est remis en cause. En effet, le cadre réglementaire actuel, principalement constitué de l'Ordonnance n° 18/2004/L/CTN relative aux croyances et à la religion en date du 29 juin 2004 et de son décret d'application n° 92/2012/ND-Cp en date du 8 novembre 2012, oblige les religions à se faire enregistrer auprès de l'administration.
Si, lors de l'adoption de l'ordonnance de 2005, ce système était apparu comme donnant un cadre à l'exercice du culte, certaines organisations religieuses ont estimé qu'il s'agissait d'une limite à la liberté de religion. En effet, actuellement, le processus d'enregistrement peut actuellement prendre jusqu'à 23 ans pour qu'une nouvelle religion soit reconnue par l'Etat et est dénoncé comme étant impossible à suivre en pratique. Il est apparu que peu d'Eglises, notamment protestantes évangéliques, se sont vues reconnaître officiellement par l'Etat et n'ont ainsi pas le droit d'exercer leur culte au Vietnam.De plus, le projet de loi prévoirait une ingérence plus importante de l'Etat dans la vie intérieure et religieuse des Eglises vietnamiennes, par exemple par la possibilité pour le Gouvernement de refuser la modification des statuts d'une organisation religieuse ainsi que par la possibilité pour l'administration de désigner les responsables religieux elles-mêmes dans certains cas.
Le Gouvernement n'a pas officiellement réagi à ces critiques. Il est cependant probable que le projet sera adopté sans modification majeure, notamment car celui-ci coïncide avec la politique gouvernementale depuis 1975 visant à intégrer les religions au sein du système et des valeurs vietnamiens, plutôt que de les laisser se développer au sein d'un système parallèle.
Jacques Delaunay (www.lepetitjournal.com/Hochiminhville) 17 Juillet 2015

