

La semaine dernière en France est sorti le film Mekong Stories, du réalisateur vietnamien Phan Dang Di. Le film avait été très remarqué à la dernière Berlinale (8 nominations !) et son réalisateur n'est pas un inconnu pour le public français: son précédent long-métrage, « Bi n'aie pas peur » avait été nominé à Cannes en 2010 et récompensé par la Semaine internationale de la critique.
Changement de décor pour Mekong Stories. Alors que « Bi n'aie pas peur » se déroulait en partie dans une fabrique de glace à Hanoi, Mekong Stories se situe à Ho Chi Minh Ville et retrace le parcours de plusieurs jeunes de la ville dans les années 2000.
Si le film n'est malheureusement plus disponible au Vietnam (le titre en vietnamien était Cha và con và et quelques cinémas de Ho Chi Minh Ville l'ont diffusé en décembre 2015), nous avons demandé à notre critique cinéma à Paris, de nous donner son avis sur ce nouvel opus de Phan Dang Di.
Le film s'ouvre sur une scène de déjeuner réunissant les protagonistes masculins du film. Vu, apprenti photographe de 20 ans ; son ami Wang, jeune « loulou » électrisé qui bidouille dans Saigon entre bars, petits trafics et revente d'alcool ; le père de Vu, la parole de l'ancien Vietnam, rappelant dans sa première tirade la valeur du travail et la vacuité de la vie artistique à laquelle aspire son fils.
Voilà le décor du film Mékong Stories. Saigon lors des années 2000, une ville bicéphale à l'image, sans doute, de la jeunesse vietnamienne. En premier plan des groupes de jeunes amis essayant de se défaire du contrôle des autorités, s'ouvrant aux cultures occidentales mainstream, ayant le souhait de profiter de la vie plus que ne l'on fait leurs parents, de célébrer la jeunesse, la découverte des corps, de s'adonner aux paradis artificiels et à la musique électronique dans les clubs standardisés d'une ville globalisée. En arrière-plan, ou toujours en hors champs, le poids des traditions, l'impossibilité d'assumer sa sexualité, le rapport inégal entre les hommes et les femmes et la dichotomie entre des buildings clinquants, omniprésents mais inaccessibles, et les gargotes et maisons de tôle du quotidien.
Les femmes du film, toujours de passage, sont au service des hommes, à l'exception de Van, qui tente avec difficulté de s'émanciper. Le regard de l'homme sur la femme est dur, lubrique, parfois irrespectueux, souvent indifférent. Van se sert de son corps pour exister, par la dance, c'est une jeune femme plus rebelle que les autres.
Les femmes passent dans le film. Les hommes fixent les plans, au cours des repas, des siestes, des pauses au travail.
Vu, Wang et Van hésitent, se cherchent, vivent de combines et tentent de jeter un regard nouveau sur leur quotidien.
On imagine le personnage de Vu comme un double du réalisateur, qui a beaucoup photographié la ville pour capter des moments réalistes et contemporains de Saigon. Le film offre une image documentée passionnante de la jeunesse Saïgonnaise, avec des moments très gracieux et des plans passionnés.
En revanche, la multiplication des images et la « sur-esthétisation » du film ne facilite pas toujours la compréhension du récit. Le film se brouille dans la surenchère d'images, souvent très belles, mais s'annulant aussi parfois.
Si, au début, on se laisse prendre dans ce film généreux et à la photographie impeccable, on se lasse petit à petit de l'enchaînement des images qui ne donne pas de prise au sujet choisi par le réalisateur. On attend une reprise du dialogue, une attention aux personnages mais cela ne viendra jamais vraiment. Le film reste trop à la surface du récit et est comme pris au piège par les plans séduisants.
On pense beaucoup à Wong Kar Wai et à Xavier Dolan dans un film très agréable à regarder. On regrette cependant quelques coupes et une attention au récit et à l'écriture des personnages qui aurait pu donner à Mekong Stories un minimalisme et un dénuement capable de toucher plus profondément le spectateur.
Bande annonce
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La presse vietnamienne en parle
Bi n'aie pas peur
Claude Michael (lepetitjournal.com/Hochiminhville) 28 Avril 2016

