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Frédéric Petit, député de la 7e circo, premier bilan et initiatives

Par Lepetitjournal Francfort | Publié le 13/04/2018 à 23:35 | Mis à jour le 16/04/2018 à 12:53
Photo : (Photo © Frédéric Petit)
Frederic Petit député Français de l'étranger

Frédéric Petit, député de la 7ème circonscription, a souhaité mettre en place une série d’ateliers portant sur le budget de l’Etat. Il sera notamment à Berlin le 16 avril, à Cologne le 17 avril et à Francfort le 18 avril*.

« Je n’utilise pas le terme de Français de l’étranger parce que je pense qu’il est ambigu. Le terme officiel c’est (…) « Français établis à l’étranger » et je suis convaincu qu’en fonction de la préposition utilisée « à ou de », le sens et la perception changent profondément. Je pense que nous sommes des Français à l’étranger qui aimons la France, notre pays, et souvent nos deux pays. Nous sommes intégrés à l’aventure de la nation française et non pas des Français de l’étranger qui auraient fui le pays. » - Frédéric Petit.

En juin 2017, Frédéric Petit, candidat Modem/En Marche a été élu député de la 7ème circonscription avec 62,9% des voix. Installé à Varsovie avec son épouse polonaise et ses deux enfants binationaux, Frédéric Petit a quitté toutes ses activités professionnelles antérieures pour se consacrer pleinement à sa mission de député des Français établis à l’étranger dans cette 7ème circonscription qui comprend l’Allemagne et 15 autres pays d’Europe centrale. Nous l’avons interrogé sur sa vision de la 7ème circonscription, sur ses 8 premiers mois en tant que député, sur les séminaires autour du budget de l’Etat qu’il a mis en place, et sur son rapport avec certaines politiques du gouvernement. 

Lepetitjournal.com/francfort : La 7ème circonscription est une circonscription très vaste, elle comprend 16 pays, dont l'Allemagne, et vous êtes basé en Pologne, réussissez-vous à être présent partout ?

Frédéric Petit : Ma circonscription a un avantage, elle a une unité dans le projet européen. Mon compte twitter s’appelle Cœur de l’Europe. Je considère que cette circonscription comprend les trois moteurs de l’Europe : l’Allemagne, les pays du V4 (pays d’Europe centrale) et puis les Balkans qui sont pour moi un enjeu européen majeur. Je pense que dans les 10 ans qui viennent, le véritable challenge va être d’intégrer les Balkans et d’y régler toutes les tensions qui existent encore grâce au modèle d’intégration européen et non pas par la guerre.

Je n’ai pas de permanence mais deux collaborateurs dans la circonscription. Ceux-ci peuvent parfois rencontrer les gens à ma place car je ne peux pas être partout. Nous agissons en fonction de ce qui se passe localement. Je me déplace pour assister à un événement et à partir de cet événement, j’ai des habitudes de visite qui tournent autour de trois piliers : la rencontre avec l’ambassadeur de France et ses services, avec les conseillers consulaires qui selon moi jouent un rôle d’élus locaux très important, puis je vais dans les établissements scolaires. Mes visites incluent aussi les instituts français, les entreprises, etc. Je ne suis jamais en permanence passive, mais je suis toujours dans des choses qui sont dynamiques.

Quelles sont selon vous les attentes des Français de cette circonscription ?

Je n’utilise pas le terme de Français de l’étranger parce que je pense qu’il est ambigu. Le terme officiel c’est « Français établis à l’étranger », et quand je vais vite je dis « Français à l’étranger » et je suis convaincu qu’en fonction de la préposition utilisée « à ou de », le sens et la perception changent profondément. Je pense que nous sommes des Français à l’étranger qui aimons notre pays, qui sommes intégrés à l’aventure nationale française, et non pas des Français de l’étranger qui auraient fui le pays. On est à l’étranger comme certains sont en France, et on est des Français comme les autres.

Je pense également qu’il y a une vocation européenne assez présente chez les Français de la 7ème circonscription, un certain souci de collaboration avec la France plus étroit que dans d’autres pays du monde, en particulier en Allemagne. Être dans une entreprise dans cette circonscription amène à se poser des questions différentes sur l’entrepreneuriat, sur les apprentis, sur les étudiants que lorsqu’on est en Afrique ou en Asie. Il y a des enjeux européens qui sont un peu particuliers. Bien sûr, d’autres enjeux concernent tous les Français à l’étranger, indépendamment de la circonscription à laquelle ils sont rattachés : les services consulaires, les écoles, la fiscalité, et il est important d’aller à la rencontre des Français et d’expliquer ou réexpliquer leur fonctionnement. Cependant je reconnais qu’il y a une énergie, une volonté de s’investir et de participer qui est peut-être plus forte dans ma circonscription que dans des circonscriptions très éloignées géographiquement ou politiquement de la France.

Vous avez été élu en juin dernier, quel est votre bilan de ces 8 premiers mois ?

C’est certainement trop tôt pour faire un bilan mais j’ai des impressions qui se dégagent en ce qui concerne la compréhension de ma mission : j’ai compris à quoi je servais, à quoi je ne servais pas, ce qu’était un député parmi les 577 existants. J’ai trouvé ma place dans la commission des Affaires étrangères, je suis rapporteur du programme budgétaire de la diplomatie d’influence etc. Le fait que je sois un Français à l’étranger représente un avantage certain car je témoigne de ce que je vois tous les jours, alors qu’un autre député élu dans l’Hexagone aurait peut-être vu ma fonction plus comme quelque chose d’exotique au sens propre. Donc je pense que c’est très bien et que ça apporte beaucoup à mes collègues. Je suis également parlementaire à l’OCSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, ndlr) ce qui est très complémentaire avec ma circonscription et je suis parlementaire à l’organisation de la francophonie également …

Par ailleurs, entre députés des Français a l’étranger – nous sommes 9 de la majorité au total - nous avons très rapidement créé un groupe de travail, presque comme une commission. Nos collaborateurs se voient toutes les semaines et nous nous voyons personnellement toutes les deux ou trois semaines. Nous travaillons en commun sur les grands sujets préoccupant les Français à l’étranger, ça n’existait pas avant, ça ne s’était jamais fait. On commence enfin à avoir une parole audible : on parle notamment de nos circonscriptions comme d’un 4ème territoire : il y a les territoires ruraux, les territoires urbains, les territoires d’outre-mer et puis nos territoires sans terres mais qui représentent malgré tout une partie importante de la République française. Les Français à l’étranger ne sont pas que des individus qui posent des problèmes, qui posent des questions, qui attendent quelque chose dans leur coin, ce sont des gens qui veulent participer à l’aventure nationale et qui peuvent apporter des solutions, qui ont un regard différent sur la nation et sur ce qui se passe en France.

Pour terminer sur ce bilan, il y a aussi les grandes lois annoncées lors de la campagne qui ont été votées et celles qui vont être introduites concernant notamment l’asile et l’immigration. Aujourd’hui je trouve que nous sommes engagés de façon beaucoup moins « godillot » que ce que l’on nous reproche très souvent. On s’engage avec beaucoup d’intelligence et beaucoup de réflexion, sur le programme présidentiel que l’on soutient. C’est quelque chose qu’on maintient même si le climat médiatique devient un peu plus rugueux. Je trouve que le gouvernement et la majorité restent fidèle à ce qu’ils avaient annoncé. J’ai de très bons échos quand je circule à travers la circonscription et c’est un bon enseignement pour ces 8 premiers mois.

Vous avez lancé une série de séminaires sur le budget de l'Etat dans plusieurs villes de la 7ème circonscription, dont un à Berlin le 16 avril, à Cologne le 17 avril et à Francfort le 18 avril. Concrètement quel est l'objectif de cette initiative ?

D’abord c’était une promesse de campagne que je maintiens : une partie des moyens mis à la disposition du député ne servent pas uniquement à voyager et préparer sa réélection. Ils permettent d’augmenter le degré de citoyenneté, le degré d’appropriation politique des citoyens de la circonscription. Selon moi, c’est comme dans les couples, j’aime bien cette image : on peut être très amoureux mais tant qu’on n’a pas parlé d’argent, ça n’ira pas beaucoup plus loin. Si on veut s’engager dans une relation, il faut aborder des discussions un peu triviales comme celles relatives à l’argent. Je pensais qu’il était important de donner les moyens aux gens de comprendre : ce n’est pas très complexe mais on ne peut pas faire n’importe quoi avec l’argent de l’Etat, et il est important de savoir comment cela fonctionne en France, quelles sont les procédures... Parfois, il nous est reproché de ne pas prendre 4 millions ici pour les mettre là, mais ce n’est pas aussi simple que ça.

L’objectif de ces séminaires est donc d’avoir un intervenant très neutre, très professionnel qui fait une partie d’explication et de vulgarisation pendant une heure suivie de questions du public auxquelles je réponds, ces questions pouvant être politiques ou techniques. L’écho est bon même si les participants sont un peu surpris au début. Vous avez un crayon et un cours polycopié, et un professeur de droit fiscal et administratif que vous ne connaissez pas qui vous fait un topo d’une heure. Ça peut surprendre mais quand je vois la qualité des questions qui sont posées dans la deuxième heure, et le fait que les gens restent débattre, je suis confiant. Des opposants sont parfois venus débattre mais les débats se font en termes très citoyens.

Cette initiative permet de ré-intéresser les citoyens à la politique donc ?

Sur mon site, l’onglet qui annonce ces séminaires s’intitule « Stop à l’abstention ». Ce n’est pas mathématique certes, mais j’ai l’impression que la démarche est comprise à 80-90 %. Il faut peut-être maintenant changer de sujet, s’intéresser à des sujets davantage axés sur l’Europe par exemple. Mais je pense qu’il est important de comprendre que je peux aider le citoyen dans sa réflexion, dans ce qu’il affirme, dans les positions qu’il veut défendre et qui sont parfois différentes des miennes. Ceux-ci se rendent compte que l’élu n’est pas en campagne 24/24 et essaie de réfléchir.

Le gouvernement d'Emmanuel Macron mène une campagne engagée sur l'égalité homme/femme, comment percevez-vous la France à ce sujet en comparaison avec les autres pays dans lesquels vous vous déplacez ? 

Ce n’est pas un de mes sujets prioritaires, car je fais partie d’une génération et d’un milieu professionnel où l’égalité homme/femme s’est faite beaucoup plus tôt que dans d’autres. J’étais dans un milieu un peu précurseur et donc j’ai eu très souvent des femmes patrons par exemple. Je n’ai pas l’impression qu’en France on était à la traine, par contre en ce qui concerne les violences envers les femmes, ça fait très longtemps que je suis sensibilisé, j’étais d’ailleurs aux premières loges pendant une quinzaine d’année de ma vie de par mon travail de travailleur social. C’est un problème qui n’est toujours pas réglé, il faut continuer à lutter, on est loin d’avoir gagné. A ce sujet, l’Allemagne est peut être plus avancée que la France, et encore... Parfois en effet, dans certains domaines, les Allemands sont en retard : l’Allemagne a encore des efforts à faire sur la reconnaissance du droit à travailler d’une femme qui a des enfants, cet aspect est en effet moins bien organisé dans la société allemande que dans la société française. Mais il y a des pays dans ma circonscription où les femmes rêveraient d’être en France, il faut le dire.

Comment concilier le progressisme de la politique d’Emmanuel Macron sur les questions des droits des femmes notamment avec une vie dans des pays où la loi n'y est pas favorable ? 

C’est vrai qu’il y a des pays, des endroits où c’est dur aujourd’hui d’être une femme. Il ne faut pas aller trop vite non plus, il ne faut pas systématiquement, dans quelque pays que ce soit, jeter le bébé avec l’eau du bain : par exemple, pour reprendre cette histoire de mère de jeunes enfants, lorsque j’étais en France, j’étais déjà partisan de certaines idées comme de favoriser l’allaitement maternel. Il existe des problèmes de distance à l’enfant en France qui n’existent pas dans d’autres pays où l’allaitement naturel est plus fréquent et soutenu. Il faut donc être prudent, il faut connaitre ce qui se passe à l’intérieur. Cependant, dans de nombreux pays, les droits des femmes ne sont pas respectés, l’égalité homme/femme est loin d’être une réalité. L’égalité homme/femme, quoi qu’en disent certains intégristes, c’est dans l’Evangile.

Sur ces sujets de société, j’essaie d’avoir un discours de vérité, très clair, où que je me trouve, mais également un discours très sobre, j’évite de les aborder dans des formes simplistes, ou en deux cents signes sur les réseaux sociaux…

Interview réalisée par Maxime Ollivier (www.lepetitjournal.com/francfort), samedi 14 avril 2018

*Retrouvez les dates des prochains séminaires sur le budget de l’Etat sur le blog de Frédéric Petit : http://frederic-petit.eu/

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1 CommentairesRéagir
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msafe mar 15/05/2018 - 13:29

Le terme territoires sans terres me semble un peu perdu. on utilisait souvent le terme de territoires d'outre frontieres ce qui , ce n'est qu'un avis, etait plus parlant. Concernant la preposition francais de ou à l'étranger, nous en avons argement discuté en 2004 lors du changement de nom de l'AFE. de l'etranger a ete choisi en reference à l'assemblée de Corse mais également parce que les touristes francais à l'etranger ne sont pas des Francais de l'etranger. En outre nombreux sont ceux qui ont toujours vécu à l'etranger et y sont meme nés. Mais cela ne change pas grand chose , voire rien. Les problèmes , particularités concernent aussi ceux qui rentrent en France et sont bien de l'etranger et plus à l'etranger. Pourtant leurs problemes lors du retour sont bien traités

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