L’arrivée de Monzo, le rachat annoncé de PTSB par le groupe autrichien BAWAG et les ambitions encore retardées de Revolut redessinent le secteur bancaire irlandais. Pour les Français installés à Dublin, les choix se multiplient surtout pour les opérations du quotidien. Le crédit immobilier reste, lui, largement dominé par les établissements traditionnels.


Longtemps concentré autour d’AIB, Bank of Ireland et PTSB, le marché bancaire irlandais commence à changer de visage. L’arrivée officielle de Monzo en avril 2026 ajoute un nouvel acteur numérique, tandis que le rachat annoncé de PTSB par le groupe autrichien BAWAG marque une nouvelle étape dans la restructuration du secteur après la crise financière.
Faut-il pour autant parler de révolution bancaire ? Pas encore. Pour les Français installés en Irlande, ces mouvements apportent davantage de choix pour gérer un compte courant, partager des dépenses ou épargner. Mais dès qu’il est question de crédit immobilier, de dépôt d’espèces ou de services en agence, le marché reste beaucoup plus traditionnel.
Monzo choisit l’Irlande pour son entrée dans l’Union européenne
Déjà bien connue au Royaume-Uni, Monzo a officiellement ouvert ses services au public irlandais le 14 avril 2026. L’Irlande devient ainsi son premier marché dans l’Union européenne.
La banque avait obtenu quelques mois plus tôt une licence bancaire irlandaise, avec une autorisation de la Banque centrale européenne et une supervision assurée par la Central Bank of Ireland. Elle dispose également d’une équipe et de son siège européen à Dublin.
Sur le site irlandais de Monzo, l’établissement présente plusieurs offres sans frais mensuels de tenue de compte : compte personnel, compte joint, compte professionnel et compte pour les enfants. Les clients reçoivent un IBAN irlandais et peuvent gérer leurs paiements, virements, cartes et différentes enveloppes budgétaires depuis l’application.
Les dépôts éligibles sont protégés jusqu’à 100 000 euros par personne et par établissement dans le cadre du système irlandais de garantie des dépôts. Cette protection distingue une banque agréée d’un simple établissement de paiement ou de monnaie électronique.
Pour un nouvel arrivant, l’IBAN irlandais peut faciliter certaines démarches quotidiennes, comme le versement du salaire ou la mise en place de prélèvements. Il ne dispense toutefois pas des contrôles d’identité et de résidence demandés lors de l’ouverture du compte. Ces démarches font partie des points à anticiper lorsqu’on prépare son installation en Irlande.
PTSB prépare son passage sous pavillon autrichien
Presque au même moment, le 14 avril 2026, PTSB annonçait avoir accepté une offre de rachat formulée par BAWAG. Le groupe bancaire autrichien propose environ 1,62 milliard d’euros pour acquérir la totalité du capital de la troisième grande banque de détail irlandaise.
L’opération doit permettre à l’État irlandais de céder sa participation de 57,5 % et de récupérer environ 931 millions d’euros. Cette sortie refermerait l’un des derniers chapitres financiers de la crise bancaire, quinze ans après le soutien public apporté à PTSB.
Le rachat n’est toutefois pas encore définitif. Le 30 juillet 2026, les actionnaires de PTSB ont approuvé l’opération avec plus de 91 % des voix exprimées. Cette étape franchie, la transaction reste soumise à la validation de la Haute Cour irlandaise et aux dernières autorisations réglementaires. Sa finalisation est toujours attendue entre le quatrième trimestre 2026 et le début de l’année 2027, selon les dernières informations publiées par BAWAG.
Pour les 1,3 million de clients de PTSB, aucun changement immédiat n’a été annoncé. Les comptes, cartes, prêts et crédits immobiliers continuent de fonctionner normalement. La banque maintient également son réseau de 98 agences.
BAWAG ne découvre pas complètement le marché irlandais. Le groupe est déjà présent dans le pays avec MoCo, une marque spécialisée dans les crédits immobiliers et les produits d’épargne. Son objectif affiché est de donner à PTSB davantage de moyens pour concurrencer AIB et Bank of Ireland, qui restent les deux poids lourds du secteur.
Revolut fait toujours attendre les candidats à l’achat immobilier
Revolut occupe déjà une place importante dans les habitudes des résidents irlandais. Paiements entre amis, cartes virtuelles, opérations en devises, comptes d’épargne ou prêts personnels : l’application est devenue un réflexe pour une partie de la population, notamment chez les jeunes actifs.
Le groupe peine cependant à franchir une étape essentielle pour devenir un concurrent complet des banques traditionnelles : le crédit immobilier. Revolut prévoyait initialement de lancer ses premiers prêts immobiliers irlandais en 2025, avant de repousser cette échéance.
Au 24 août 2026, Revolut n’avait toujours communiqué aucune date de lancement public pour ses crédits immobiliers en Irlande. Des pages juridiques consacrées au produit figurent désormais sur son site irlandais, signe que sa préparation se poursuit. Le groupe n’a cependant publié ni offre commerciale complète ni calendrier officiel pour les particuliers.
En mars 2026, ses dirigeants refusaient déjà de communiquer une nouvelle date, selon The Irish Times. Revolut continuait alors à travailler sur le produit et à analyser les premiers résultats de son offre développée en Lituanie.
Pour un Français souhaitant acheter un logement à Dublin, la conséquence est simple : malgré la multiplication des applications bancaires, le choix d’un crédit immobilier reste principalement concentré autour des banques traditionnelles et de quelques prêteurs spécialisés. Dans un pays où le logement représente déjà une part considérable du budget, cette différence n’est pas anecdotique. L’Irlande figure toujours parmi les pays les plus chers de l’Union européenne.
Un marché plus concurrentiel, mais pas encore complètement ouvert
Les départs d’Ulster Bank et de KBC avaient réduit le nombre de grandes banques de détail présentes en Irlande. AIB, Bank of Ireland et PTSB ont depuis récupéré une grande partie de leurs anciens clients, renforçant la concentration du marché.
Monzo, Revolut, N26 et les autres acteurs numériques exercent désormais une pression réelle sur les frais, les applications mobiles et la rapidité des paiements. Leur influence est cependant moins forte sur les crédits immobiliers, les services aux entreprises, les dépôts d’espèces ou l’accès à un conseiller en agence.
Le secteur bancaire irlandais ne s’est donc pas transformé en marché totalement ouvert en quelques mois. Il entre plutôt dans une période de recomposition où les clients peuvent associer plusieurs établissements : une banque traditionnelle pour le salaire ou le crédit immobilier, et une application bancaire pour les dépenses quotidiennes, les voyages ou les transferts internationaux.
France et Irlande : deux marchés à des stades différents
En France, les banques en ligne sont installées depuis plus longtemps et proposent généralement une gamme plus large de services. Pour un couple ou des colocataires, il est notamment possible d'ouvrir un compte commun auprès d’une banque traditionnelle ou d’un acteur numérique.
Les clients français peuvent aussi trouver des cartes bancaires gratuites, souvent sous conditions d’utilisation, de revenus ou d’encours, ainsi que des produits d’épargne, d’assurance-vie ou d’investissement. En Irlande, les acteurs numériques se sont d’abord développés autour des paiements, des comptes courants et des opérations en devises.
La comparaison ne doit cependant pas se limiter au prix de la carte. La garantie des dépôts, la disponibilité d’un IBAN local, les frais de retrait, le service client, les possibilités de déposer des espèces et les conditions liées à la résidence fiscale restent des critères importants dans les deux pays.
Ce qu’un Français en Irlande doit vérifier avant de changer de banque
L’arrivée de nouveaux acteurs permet de comparer davantage d’offres, mais aucune banque ne répond automatiquement à tous les besoins. Avant d’ouvrir ou de transférer un compte, mieux vaut examiner quelques points concrets :
- les frais mensuels et les éventuelles conditions de gratuité ;
- la présence d’un IBAN irlandais ;
- les frais de retrait et de paiement à l’étranger ;
- la disponibilité d’un compte joint ou professionnel ;
- la protection applicable aux dépôts ;
- les moyens de contacter le service client en cas de fraude ;
- la possibilité de déposer des espèces ou des chèques ;
- l’accès futur à un prêt personnel ou à un crédit immobilier.
Pour les nouveaux arrivants, le plus prudent reste souvent de conserver l’ancien compte pendant la transition. Cela laisse le temps de transférer le salaire, les prélèvements et les paiements réguliers sans découvrir, un lundi matin, que le loyer est resté coincé entre deux applications.
Monzo apporte donc une nouvelle option crédible, BAWAG pourrait donner davantage de poids à PTSB et Revolut continue de préparer son offre immobilière. Pour les résidents, le changement sera progressif : davantage de concurrence dans la banque du quotidien, mais encore peu de bouleversements dans les produits financiers les plus structurants.










