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Christophe-André Frassa - "Greta Thunberg est un épiphénomène"

Par Lepetitjournal Dublin | Publié le 03/02/2020 à 12:47 | Mis à jour le 04/02/2020 à 12:00
Christophe-André Frassa

A l’occasion de sa venue sur l’île d’Emeraude le mois dernier, le Sénateur Christophe-André FRASSA, Sénateur des Français de l’Etranger, a accordé un entretien à LePetitJournal.com Dublin. Le Sénateur s’est prêté au jeu de l’interview de façon franche et directe.

Bonjour Monsieur Le Sénateur. Pourriez-vous décrire votre rôle de Sénateur des Français de l’Etranger ?

Tout d’abord, c’est un rôle différent des autres Sénateurs. Nous avons un rôle d’élu de terrain et de proximité, en tant que parlementaire. Je voyage beaucoup à la rencontre des Français à travers la planète. J’étais il y a 10 jours par exemple au Liban et en Jordanie, la semaine dernière au Sénégal, hier à Londres, et je suis arrivé aujourd’hui à Dublin. Donc c’est un mandat où le contact avec les Français dans le monde est essentiel. C’est une des spécificités d’être un élu de proximité sur une zone aussi large : cela nécessite de beaucoup voyager. Et, parallèlement à cela, c’est aussi un mandat de parlementaire comme les autres, qui nécessite d’être présent à Paris au Sénat pour le travail en commission. Je suis actuellement rapporteur de la proposition de loi sur la lutte contre les contenus haineux sur internet, et je continue donc mon travail de rapporteur au sein de la commission des lois et en séance.

Je pense donc que mon rôle de Sénateur des Français de l’étranger consiste à associer au mieux ces deux nécessités de travail de parlementaire ainsi que d’élu de proximité, dans des journées qui, comme pour tout le monde, ne font que 24h ! Mon rôle est d’être au contact, de prendre le pouls de la communauté Française, de pouvoir faire remonter leur réflexion et auprès des pouvoirs publics les attentes, les inquiétudes, et aussi les bonnes pratiques pour certains pays, afin de pouvoir conserver le meilleur et de l’appliquer éventuellement dans un autre pays. A la fois élu de proximité et législateur, c’est un travail, complet, prenant et passionnant, qui n’engendre jamais la routine et qui permet de pouvoir travailler sur des horizons divers et variés.

 

Quels sont les thèmes sur lesquels vous vous êtes particulièrement intéressé qui concernent les Français en Irlande ?

En Irlande, ce qui m’a intéressé dans cette visite ce sont les rencontres que j’ai faites, notamment avec des Français travaillant chez IBM. C’était très intéressant de pouvoir échanger avec eux sur la Plus-Value des salariés français et de leur savoir-faire dans le tissu économique local, notamment dans une entreprise de la taille d’IBM. J’ai pu également rencontrer d’autres acteurs de cette vie économique, comme des Start Up et PME. C’était assez enrichissant pour moi de mesurer l’attrait que peut représenter l’Irlande pour des acteurs de ce genre, car, lorsqu’on parle de l’Irlande, on pense souvent à des grandes entreprises et aux GAFA. Mais outre ces grandes multinationales, il y a aussi toutes ces entreprises qui profitent de l’attrait économique de l’Irlande, qui sont créées par des Français et qui ne sont pas des géants de la technologie. Je trouvais intéressant de pouvoir échanger avec eux sur le choix de leur expatriation.

Également, ce qui est important pour moi, je suis retourné visiter l’Eurocampus de Dublin. J’ai pu avoir un échange très sympathique avec des élèves de 3ème et de Seconde, auprès de qui j’ai pu expliquer également mon rôle de Sénateur des Français de l’Etranger.

Enfin, j’ai observé que tous les acteurs économiques français – Chambre Economique, French Tech…- sont tous très bien liés et font la force de la présence Française en Irlande. Selon les derniers chiffres, les entreprises françaises génèrent près de 20 000 emplois chaque année en Irlande, ce qui n’est pas négligeable !

 

Quelles ont été vos actions vis-à-vis des Français en Irlande ?

Auprès des Français en Irlande, j’avoue ne pas avoir d’action directe. Il m’est arrivé de traiter des cas particuliers de demande d’intervention … Mais globalement, les Français d’Irlande ont eu davantage des interrogations par rapport au Brexit, avec des craintes, notamment en Irlande du Nord, sur les issues post-sortie, avec tous les scénarios possibles envisageables et envisagés.

Je crois qu’aujourd’hui, l’Irlande a échappé au pire avec l’Irlande du Nord. Les Irlandais sont passés à autre chose, négocieront comme les autres états ultérieurement avec le Royaume-Uni et verront après la sortie comment s’organiser.

Pour ma part, je n’ai pas été saisi de dossiers particuliers pour les Français en Irlande. C’est une communauté où les choses se passent plutôt bien, où des grands thèmes sont présents et communs à l’ensemble des communautés des Français à l’étranger, comme l’économie, le logement, l’environnement…  

 

L’écologie est un sujet particulièrement au cœur des échanges internationaux, que ce soit en Europe ou partout dans le monde, notamment par la représentation par le biais de Greta Thunberg. Quelle est votre opinion sur l’enjeu écologique et le changement climatique ?

Je vais vous dire, à mon sens, Greta Thunberg est un épiphénomène. Je ne sais si elle est la cause ou la conséquence du changement climatique... Mais elle n’est pas mon sujet. Il y a, à mon sens, des choses plus sérieuses sur le changement climatique et l’environnement qu’elle.

Je dirais qu’en Europe, on a un peu trop tendance à oublier qu’on est parmi les bons élèves ! On en a tellement fait pour les réduction des gaz à effet de serre et des émissions carbones, qu’on est toujours en train de s’auto-flageller en oubliant qu’on est certainement le continent qui pollue le moins, qui a la meilleure régulation et règlementation, qui a le plus investi dans la lutte contre le réchauffement, qui a les politiques les plus volontaristes… et je fais partie de ces gens qui en ont un peu marre qu’on passe notre temps à nous désigner comme responsable, alors qu’on sait très bien que les plus gros pollueurs sont en dehors d’Europe, à l’Est, à l’Ouest et au Sud !

En Europe, nous n’avons pas vraiment de leçons et de mauvais points à recevoir, mais plutôt à en donner. Cette tendance, un peu insupportable, à devoir se justifier de ce qu’on fait, alors que les bonnes pratiques sont chez nous, et que les mauvaises sont globalement plutôt répandues chez les autres, je trouve ça un peu lassant. On va chercher des exemples anecdotiques, dont tout le monde se moque, dans des pays improbables, sans regarder ce que nous avons chez nous. Pour venir en Irlande, j’ai pris une compagnie européenne éco-responsable, et on n’en parle pas de cette compagnie. On ne la met pas en valeur ! Les Français, et les Européens, adorent s’auto-flageller. Pas moi…

L’Ecologie, à mon sens, est une cause juste et nécessaire, mais nous devons regarder ce que fait notre pays, notre continent par rapport aux voisins avant de se donner des coups de fouets ! Je pense que sans les plus gros pollueurs – USA, Chine et Canada – la planète respirerait beaucoup mieux. C’est d’ailleurs pour cela que les discours de la petite, à mettre tout le monde dans le même sac, me fatiguent. Mais en même temps, lorsque l’on quitte l’école à 16 ans, on n’a pas eu le temps de faire les cours de philosophie sur le discernement.
 

Les crises s’ajoutent les unes aux autres, et chaque crise est personnalisée. Les tensions s’accumulent


Dans quel cadre êtes-vous venu voir les Français en Irlande ?

Tout simplement dans le cadre de mon mandat. Je voyage énormément, dans le cadre de mes fonctions, et il est important de répondre aux invitations de présidents d’association, mais aussi de venir à la rencontre des élus locaux, des conseils honoraires, de visiter les infrastructures. Les voyages sont programmés parfois en fonction d’événements particuliers – comme le gala de fin d’année de la communauté française en décembre en Egypte – et permettent de pouvoir rencontrer les acteurs de la communauté française à l’étranger, ainsi que de prendre l’ambiance de cette communauté tout au long de l’année.

 

En parlant d’ambiance, le climat politique actuel est plutôt sous tension. Quelle est votre opinion face à la défiance des gens face à la politique sur le sol national et à l’étranger ?

C’est une période vraiment tendue, de crise… On a une crise de confiance, une crise économique aussi, surtout en France. C’est une période compliquée car il y a une défiance vis-à-vis de la parole politique et de sa crédibilité, quel que soit l’étage auquel on se trouve. A l’étranger, nos compatriotes voient cette situation en France avec quelquefois incompréhension.

En France, et en Europe, nous bénéficions d’une situation plutôt privilégiée, contrairement à d’autres pays où la situation est beaucoup plus compliquée, avec des menaces terroristes et des climats hostiles. En France, et en Europe, il y a tout pour que ça marche, et on en vient à se demander comment on a pu en arriver au point où on ne peut plus discuter sereinement de problématiques, sans « foutre tout le monde dans la rue » - pardonnez-moi l’expression. On peut se demander, vu de l’extérieur, comme de l’intérieur, quand va-t-on en sortir ? Quand va-t-on pouvoir se mettre à une table pour discuter ?

Les crises s’ajoutent les unes aux autres, et chaque crise est personnalisée. Les tensions s’accumulent. On prend à partie le Président de la République. Au-delà de la personne – on l’aime ou on ne l’aime pas – la fonction ne compte plus. Il n’y a plus grand-chose qui est respecté et respectable aux yeux des gens. Tout dévie vers une tension où tout est mis sur un pied d’égalité. On peut s’en prendre au Président comme on s’en prend à quelqu’un qu’on attrape au collet par mécontentement contre ses propos pour le calmer. La parole s’est libérée pour tout, et il faut en arriver à porter plainte pour se faire entendre. Dès qu’il y a une manifestation, la police est présente car on sait qu’il va y avoir des débordements. Je trouve que c’est une situation qui est extrêmement malsaine !

Il faut arriver à remettre un débat apaisé, où les arguments s’opposent aux arguments, les positions aux positions, et arrêter de personnaliser à ce point-là les haines. Si nous n’y arrivons pas, c’est un schéma sans fin.


Entretien réalisé par Elodie Donatella pour lepetitjournal.com/dublin

 

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