

Bertrand Tavernier, le réalisateur de Capitaine Conan, L'Appât et L 627 est venu rencontrer jeudi dernier le public irlandais lors du 17ème Festival du film français de Cork, oùson dernier long-métrage Holy Lola était projeté. L'occasion de parler des festivals, de l'Irlande et de la question du téléchargement
Bertrand Tavernier au Festival du film français de Cork (photos: LPJ)
Le Petit Journal : Vous avez déjàmontréHoly Lola au festival de Dublin en novembre dernier. Vous arrivez tout juste du festival d'Edimbourgh, pour le présenter àCork. Quel est l'importance des festivals pour un film ?
Bertrand Tavernier : Les festivals ont un rôle important dans des pays oùles films étrangers -le cinéma français, le cinéma espagnol, le cinéma italien- ont de moins en moins de visibilité. Ce manque de visibilitéest un paradoxe au moment oùl'on construit l'Europe et oùles gens voyagent de plus en plus.
LPJ : C'est de la frilosité?
BT : Ce n'est pas de la frilosité, c'est de la panique ! C'est un renoncement intellectuel avec de graves conséquences ! C'est une manière d'être soumis de plus en plus àl'Amérique... La multiplication des festivals, comme celui de Cork, est donc une bénédiction. Et en même temps, cela veut dire que le travail sur un film ne se termine pas avec la sortie dans son propre pays. Je suis encore en train de travailler sur Holy Lola, près d'un an après sa sortie en France. C'est un peu épuisant quand on devrait passer àautre chose.
LPJ : C'est du temps que vous ne pouvez pas consacrer àvotre prochain projet...
BT : Efectivement. Là, je devrais être en train d'écrire un scénario, mais c'est impossible. Je n'ai pas le temps.
LPJ : Quel regard portez-vous sur le cinéma irlandais ?
BT : Dans celui que je connais, il y a un grand nombre de films que je trouve remarquables, ceux de Jim Sheridan par exemple. C'est un réalisateur que j'aimerais rencontrer un jour. Je suis un peu triste qu'il parte faire des films aux Etats-Unis, je trouve que sa place serait en Irlande. Les films irlandais de John Boorman sont également formidables. The General était un film magnifique.

BT : A partir d'un moment oùun film est volé, il peut l'être avant qu'il soit complètement terminé. Il peut être voléau laboratoire, avant qu'il soit mixé, avant qu'il soit étalonné, avant qu'il soit même complété. On a vendu une copie de Hulk oùil manquait la moitiéde Hulk...
LPJ : La moitiédu film ?
BT : Non, il n'y avait que la moitiédes effets spéciaux, il manquait tout le bas du personnage. Et les gens font du pognon avec ça ! Mais avec la moitiéde Hulk, ce n'est pas le film de Ang Lee. Il y a des films qui ont des images dégueulasses, granuleuses. Et après, ces copies sont vendues àcertaines chaînes de télévision privées dans des pays asiatiques par exemple. Moi j'ai vu au Cambodge des films piqués comme ça. Donc àun moment, on est obligéde demander une lutte contre tout cela. Même si cette lutte ne doit pas confondre les réseaux mafieux qui existent avec l'internaute qui va copier un film. Le cinéma, contrairement àla musique, n'a jamais demandéni la prison ni le pénal, mais il faut qu'il y ait une réglementation. Je ne vois pas pourquoi nos films seraient àla disposition des gens gratuitement. Il faut que les internautes comprennent qu'un film c'est 120 personnes qui travaillent et qu'il faut qu'il y ait une rémunération chaque fois que le film est projeté. Je suis tout àfait partisan d'un téléchargement légal qui ne soit pas onéreux.
Propos recueillis par Merrill GOUSSOT - 14 mars 2006
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Le 17ème Festival du film français de Cork était organisépar l'Alliance française de Cork : www.alliancefrancaisecork.com







