VIRGINIE DEMARNE - La culture vivante

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 29/09/2018 à 18:00 | Mis à jour le 01/10/2018 à 08:00
virginie demarne

Le génie bienveillant qui se cache derrière les programmes culturels fantastiques de la Médiathèque de l’Alliance Française et ses fameux « parcours artistiques » c’est elle : Virginie Demarne, grâce à qui nombre de vos enfants ont pu prendre goût au spectacle, rencontrer de vrais artistes, jouer, danser, et repartir des étoiles plein les yeux. Ecoutons-la nous parler de sa passion et de son quotidien à Dubaï

 

 

Lepetitjournal.com/dubaï : Qu’est ce qui vous à amenée à Dubaï et à l’Alliance Française ?

 

Virginie Demarne : Arrivée il y a 4 ans comme tant d’autres “femme d’expat” en suivant mon mari et avec nos trois enfants, je quitte tout et laisse derrière moi un poste en tant que secrétaire générale de “La Filature” la scène Nationale de Mulhouse, un des dix plus grands théâtres de province, et toute une carrière au sein du théâtre subventionné, des scènes vivantes, des festivals où j’allais chercher mes spectacles pour la programmation de l’année. C’est ma première expatriation et c’est un choc bien sur, mais le premier choc c’est de ne pas travailler immédiatement (rires) ! Donc dès mes premières semaines, dès que possible et à peine les enfants scolarisés, je viens à l’Alliance Française pour prendre mes repères, et je rencontre par chance Bernard Frontero autour de nombreux cafés que nous allons partager. Lui aussi vient d’arriver, et c’est un peu une évidence, nous avons les mêmes envies de transmettre le gout de la culture, la francophonie, et cette excellence culturelle française. Bref, nous parlons le même langage. Nos projets prennent un peu de temps à se mettre en place, il faut bien une année d’adaptation à toute ma famille entre école, trajets, travail pour que tout s’installe, et entre temps je m’active auprès de ce qui était à l’époque “Dubaï Accueil” en étant hôtesse de quartier, petit à petit j’apprivoise la ville.

 

Comment vous lancez-vous, quelles sont vos premières collaborations avec l’AF?

 

Mes premières collaborations ont tout de suite été centrées sur la mise en œuvre des Parcours Artistiques, à l’image de ce que j’ai pu faire en Métropole, et en échos avec ce que Bernard Frontero a développé dans sa carrière et notamment lorsqu’il occupait le poste de directeur de la délégation art et culture de la DAAC de Nice. Ces parcours ont pour objectif principal d’ouvrir le spectacle vivant aux élèves, autrement dit tout ce qui concerne le théâtre bien sûr, mais aussi la danse, la musique et le cirque. Depuis 4 ans nous avons ainsi mis sur pied 5 résidences d’artistes (Théâtre, danse, musique, écriture et illustration) à l’Alliance Francaise avec nos partenaires privilégiés que sont le LFIGP, la SISD, le LLFP, et l’AFLEC.

 

Comment cela fonctionne : ce sont des sorties spectacles?

 

Non, c’est un peu l’écueil que nous souhaitons éviter. Chaque projet s’articule autour d’une équipe d’artistes et d’enseignants et d’un vrai travail en amont, d’un spectacle bien entendu et d’ateliers et de rencontres en aval. C’est un projet pédagogique complet. Avant le spectacle les enseignants vont recevoir le texte, du matériel, rencontrer les artistes, le metteur en scène, et après il y aura bien entendu un dialogue, des ateliers pour prolonger l’expérience et approfondir le ressenti des spectateurs. Le but n’est pas simplement “d’aller au spectacle” et d’y assister passivement, mais au contraire d’attiser la curiosité des publics, de donner à voir une démarche, un regard, donner les outils pour questionner le monde qui nous entoure, son environnement, ouvrir l’esprit des enfants à un questionnement empathique du monde.

 

Comment sélectionnez-vous vos artistes?

 

J’ai un carnet d’adresse et des contacts d’artistes que j’ai mis à la disposition de l’AF, et puis chaque année je me rends au Festival d’Avignon faire mon “marché’ et sentir l’air du temps. Nos partenaires sont tous les lycées francophones et lycées français de Dubaï mais nous souhaitons vraiment dépasser ce premier cercle et aller aussi vers les établissements qui simplement proposent un curriculum de français soutenu ou qui suivent le CNED comme par exemple JBS, ou DIA, et pourquoi pas à terme aller vers toutes les écoles publiques y compris émiriennes où l’enseignement du français va être réinstauré dans le cadre du Dialogue culturel Franco-Emirien.

 

Une rencontre, un spectacle qui vous a marquée plus qu’un autre?

 

Un de mes tout premier ici à Dubai ! J’ai fait appel à Thierry Bedaud, avec son spectacle “Un monde idéal”, qui est en réalité une mise en abyme, un théâtre dans le théâtre dans la mesure où il s’agit d’une vraie-fausse conférence sur le thème des inégalités dans le monde. Sa première réponse, je m’en souviens encore, lorsque je lui écrivais pour lui dire que j’aurais aimé le faire venir à Dubaï, fut une longue ligne de points d’exclamation! (rires) Pourtant il fut piqué par l’envie de relever le défi, et la représentation eu bien lieu devant les élèves de 5e/6e du Lycée Pompidou. Ces derniers n’étaient pas prévenu du caractère fictif de ce à quoi ils allaient assister, ils pensent donc aller à une “vraie “conférence. La comédienne arrive et se met a raconter les inégalités qui frappent notre monde, elle parle de la mortalité infantile, du sort des femmes etc.…le tout en montrant des cartes anamorphosées (c’est à dire des cartes où la taille physique des pays est proportionnelle à l’importance du phénomène étudié, en résulte un effet visuel très frappant - NDLR). L’audience est captive et visiblement touchée d’autant plus que la “conférencière”, débordée par ses émotions, se met à pleurer (c’est le point de basculement de la pièce). Bien entendu les discussions qui ont suivi ont été absolument passionnantes, car si le spectacle joue sur l’effet de réel, en revanche toutes les informations divulguées sont le fruit de recherches scrupuleuses et reflètent bien la réalité de notre monde. Le retentissement de cet “exercice mental” sur une classe composée d’une dizaine de nationalités différentes fut énorme et profond, provoquant un écho incroyable et beaucoup d’émotions.

 

Je pense aussi à notre rencontre exceptionnelle en mars dernier avec Tahar Ben Jelloun, et comment cette confrontation avec un incroyable penseur, un érudit ayant tout vécu ou presque, leur a montré la distance, la réflexion nécessaire à la mise en mot de leur propre richesse culturelle, cette multi-culturalité réussie, ce qui fait la beauté de Dubaï précisément, comment lui donner une portée philosophique en la pensant, en la transcendant et en l’écrivant : savoir la mettre en mot et en faire une richesse, savoir “être conscients” de leur réalité et savoir “ne rien accepter comme allant de soi”.

 

Quelles nouveautés à nous annoncer pour la saison à venir ?

 

Beaucoup de nouveautés ces 2 dernières saisons, tout d’abord la rénovation de notre salle de spectacle devenu Le théâtre avec un équipement exceptionnel notamment au niveau des projections cinéma qui nous permet de mettre en œuvre un partenariat fort avec la Comédie française et diffuser la captation vidéo de 4 à 5 spectacles tout récemment crées à Paris. Vous pourrez ainsi voir Britannicus, Lucrèce Borgia, la nuit des rois mis en scène par les plus grands et profiter des acteurs hors normes tous sociétaires de la comédie française.

Nous avons signé un nouveau partenariat cette année avec l’Opéra de Paris ce qui donnera l’occasion de projeter les premières de La Bohème, Carmen, Le lac des cygnes…. Le tout filmé par un des plus grands réalisateurs spécialisé dans le théâtre : Don Kent. A ne manquer sous aucun prétexte !

 

Pour ce qui est des conférences, nous initions un cycle sur l’histoire de l’art avec Philippine Motais de Narbonne, historienne de l’art remarquable.

À l’œuvre également un partenariat avec La Sorbonne Abu Dhabi pour un cycle histoire et archéologie avec en préparation une conférence sur les Nabatéens avec Ingrid Périssé -Valéro, chef du département d’archéologie et d’histoire de l’art. Sans oublier les Family day ou pour une journée vous pouvez bruncher et savourer les délices d’Odeon et ensuite assister à un spectacle de conte avec des artistes du monde entier venu spécialement pour ces journées arty en famille ! Premier rendez-vous le 20 octobre ! Bref de quoi occuper artistiquement vos soirées et journées !

 

Enfin pour ce qui est des parcours artistiques 2018/2019, nous aurons 4 équipes artistiques autour de projets théâtres avec David Lescot en octobre et Thierry Bedard en avril, un parcours danse avec un spectacle de David Bobée en février, et un projet écriture & illustration autour du Kamishibai en mars.

Nous irons à la rencontre des plus petits, en maternelle au plus grands jusqu’en seconde.

 

Lorsque vous sortez du théâtre, qu’est ce qui constitue aujourd’hui “votre Dubaï”, ce qui vous fait sentir heureuse, chez vous, dans ce coin des Emirats?

 

C’est aller à la recherche de la nature, entre le désert, la mer et la montagne, le plaisir ultime d’une nuit en camping en plein désert entourée d’amis et au coin du feu de camp, les marches en montagne au dessus de RAK, se sentir un peu au dessus du monde urbain et loin de la ville, aller respirer le large dans les fjords de Musandan…Mais j’aime aussi passer une soirée au Jetty Lounge les pieds dans le sable et les lumières des grattes ciels pleins les yeux : Dubaï c’est un peu de tout ça ensemble, et c’est ce qui rend la vie ici bien agréable!

 

 

 

 

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