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PHILIPPINE MOTAIS DE NARBONNE – Son regard sur la culture de la région

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 29/04/2018 à 07:02 | Mis à jour le 22/05/2018 à 09:57
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La scène artistique moderne et contemporaine Emirienne et du Moyen Orient est encore très (trop) largement méconnue et mérite qu’on nous prenne par la main et que l’on nous fasse découvrir les artistes qui la rendent si vivante. Justement, voici notre guide, Philippine Motais de Narbonne, une experte en tableaux et dessins anciens, toute jeune arrivée à Dubaï, qui s’est tout de suite lancée avec passion dans la découverte de ce nouveau marché. Écoutons-là nous raconter ses surprises et ses coups de coeur, et nous donner envie d’en savoir plus, et de sortir des sentiers battus

 

Lepetitjournal.com/Dubaï : Vous venez d’arriver à Dubaï, sans trop d’idées préconçues et vous posez un regard frais sur cette scène artistique qui n’est plus tout à fait émergente mais pas assez connue, selon vous qu’est ce qui explique la méconnaissance du public (local ou non)?

 

Philippine Motais de Narbonne : Le fait avant tout que très peu d’institutions dispensent des cours sur le sujet, on peut trouver des conférences ou des initiatives privées mais quasiment aucun Master ou Phd ou cours d’université ne se consacre à la scène artistique moderne et contemporaine du Moyen Orient, il est donc difficile en tant que néophyte ou qu’expert d’en avoir une vision globale et approfondie.

On parle surtout du contemporain local, même s’il existe une vraie volonté de communication scientifique d’autres instances comme par exemple Art Dubaï, qui cette année a fait un travail exceptionnel, en particulier avec la salle consacrée aux modernistes de la région, qui à elle seule valait la visite de la Foire (partie de l’exposition intitulée That feverish leap into the fierceness of life d’après le Manifeste du Baghdad Group for Modern Art, 1951. Shakir Hassan Al Said. – ndlr).

 

Comment avez-vous abordé ce marché ?

 

Tout d’abord en me formant, auprès du ministère du tourisme, afin d’obtenir les autorisations nécessaire pour devenir guide, puis tout simplement en étant muée par ma curiosité, mon envie d’aller à la découverte d’artistes nés aux Emirats ou qui y vivent et y travaillent : je suis allée à leur rencontre dans le cadre d’une étude sur le marché de l’art aux Emirats, qui même s’il est encore en cours d’élaboration, est soutenu par de grandes expositions, des foires (à Abu Dhabi, Dubaï et Sharjah), par l’action de galeries toujours plus pointues (à Dubaï, elles sont passées de 10 à 40 en 10 ans!), de maisons de vente (dont une présente depuis 2006), de collectionneurs (aujourd’hui ils sont de plus en plus nombreux) et d’artistes qui ouvrent la double voie de la valeur monétaire et de la valeur culturelle de leurs oeuvres.

 

Quels sont vos favoris, vos coups de coeur? Et comment détectez-vous leur importance si justement ils ne sont pas très visibles sur le marché de l’art mondial?

 

C’est une convergence de signes : comme par exemple le fait qu’une œuvre d’Ahmed Mater ait été vendue chez Sotheby’s en octobre dernier pour une somme très importante. Les collectionneurs qui s’intéressent à ce marché ne sont plus seulement des collectionneurs régionaux mais internationaux. Quant aux artistes que je suis, ils sont nombreux, il y a tout d’abord des artistes importants et déjà bien reconnus, considèrés comme les fondateurs de l’art contemporain aux Emirats dans les années 80 aux côtés d’Hassan Sharif, comme par exemple Mohammed Kazem (né à Dubaï en 1969), Mohamed Ahmed Ibrahim (né à Khor Fakkan en 1962), d’ailleurs il y a une exposition qui lui est consacrée en ce moment à la galerie Cuadro DIFC et à la Sharjah Art Foundation. Mais aussi Abdullah Al Saadi (né en 1967) et la poète et cinéaste Nujoom Al Ghanem (née en 1962 à Dubaï).

Tarek al Ghoussein
Tarek Al Goussein - Al Sawaber, 2015-2017.

 

Parmi la plus jeune génération je citerai Lateefa Bint Maktoum (née en 1985 à Dubaï), artiste photographe et fondatrice de l’espace Tashkeel (un ensemble regroupant des ateliers pluridisciplinaires, des espaces de travail et des galeries- ndlr), ou encore Hazem Harb (né en 1980 à Gaza) qui vit entre Rome et Dubaï, mais à son atelier à Alserkal. Tarek Al Ghoussein (d’origine palestinienne, né au Koweit en 1962, vit et travaille aux Emirats), Manal Al Dowayan (née en 1973 à Dhahran en Arabie Saoudite. Vit et travaille entre l’Arabie Saoudite et Dubaï), et enfin Ramin et Rokni Haerizadeh (deux frères nés à Téhéran en 1975 et 1978, vivent et travaillent à Dubaï)….

 

Et puis dans les artistes que je dirai émergents, je m’intéresse beaucoup au travail de Farah Al Qassimi, photographe (née en 1991 à Abu Dhabi), Nasir Nasrallah (né à Sharjah en 1984), Ammar Al Attar (photographe né à Dubaï en 1981), et Abdullah Lufti (né en 1993).

 

 

Impossible de ne pas remarquer en égrenant ces noms l’importance de la diaspora artistique : très nombreux sont les artistes qui se sont réfugiés à Dubaï fuyant les conflits de la region, comment expliquez-vous cet attrait?

 

Je pense que tout simplement Dubaï a toujours fait figure d’un havre de paix dans le Moyen Orient, un endroit aussi suffisamment ouvert pour accueillir les artistes de tous les pays et les valoriser avec sincérité et efficacité. Ils se sentent “comme chez eux” et trouvent ici les moyens de pouvoir travailler et vendre tout en étant accueilli par un public qui les regarde comme “leurs”, et non forcement avec l’étiquette de leur origine. À cet égard on peut dire que Dubaï a réussi un melting-pot artistique, sans demander à aucun de ces artistes émigrés de renoncer à ses propres racines. C’est une configuration assez unique.

 

Où peut-on vous trouver et profiter de vos conférences ou visites guidées ?

 

Je suis freelance et organise des visites et des conférences sur demande (en français), pour des groupes privés ou pour des institutions. Je travaille en particulier beaucoup avec L’Alliance Française : notamment dans le cadre de leurs « Rendez-vous du Lundi ». Une conférence sur « Le Musée Universel du Louvre Abu Dhabi, histoire et collections » est prévue le 1er mai 2018 de 10h à 12h et une dernière conférence viendra clore le cycle des « Rendez-vous du Lundi », le 5 juin à l’Alliance Française. Elle portera sur les expositions de l’été en France et à l’étranger, notamment Eugène Delacroix (1798-1863) au musée du Louvre, Kupka, pionnier de l’abstraction au Grand Palais , Né(e)s de l’écume et des rêves, les artistes et la mer du XIXème siècle à nos jours, au Musée d’art moderne André Malraux au Havre, Picasso – Donner à voir au musée Fabre à Montpellier et Les Portraits de Cézanne à la National Gallery de Washington. Enfin, dans le cadre de ces « Rendez-vous du Lundi », un cycle de conférence sur l’histoire de l’art est en prévision pour la rentrée scolaire 2018.

 

Comment joindre Philippine : à travers l’Alliance Française ou directement sur son téléphone au 050 292 0179

 

manal al dowayan
Manal Al Dowayan, Suspended Together - Standing Doves, 2012

 

 

 

1 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

Philippine dim 29/04/2018 - 07:27

Merci le Petit Journal

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