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NADINE KANSO, l’artiste qui aime en arabe

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 28/07/2019 à 01:00 | Mis à jour le 19/08/2019 à 15:54
nadine kanso

Une artiste arabe, une femme arabe, une photographe arabe, une designer arabe, une joaillère arabe, Nadine Kanso est tout cela à la fois, et si l’adjectif “arabe” est répété c’est qu’il est au coeur même de sa démarche artistique : C’est en voulant affirmer son identité en même temps qu’elle s’affirmait en tant qu’artiste qu’elle a réalisé en fait la fusion de ces deux impulsions : créer une œuvre qui parle d’une arabité “du coeur”, joyeuse, esthétique, fière et séduisante. Rencontre avec cette femme aux mille facettes et aux doigts d’or.

 

Lepetitjournal.com/dubaï : Vous êtes - entre autre - la créatrice derrière la ligne Bil Arabi (littéralement “en arabe”), des bijoux - ravissants- qui jouent avec la calligraphie, l’alphabet, les symboles et les mots arabes, une ligne qui existe depuis une dizaine d’année et que vous avez créée en arrivant à Dubaï. Racontez nous vos débuts ?

 

Nadine Kanso : Je suis arrivée à Dubaï en suivant mon mari, comme tant d’autres. Je suis libanaise et nous avons d’abord vécu au Canada que j’ai adoré : un pays d’émigrants qui vous fait immédiatement sentir accueilli, accepté, intégré d’où que vous veniez et sans le moindre préjugé… un peu comme Dubaï! Puis nous avons passé quelques années à Prague (car mon mari est d’origine Tchèque), une ville magnifique, chargée d’histoire, très belle mais très froide (dans tous les sens du terme !), difficile d’accès, fermée… disons que pour une fille “du Sud” ce fut une expérience moins plaisante. Lorsque mon mari reçoit une offre pour venir travailler à Dubaï, cela ne faisait pas partie de nos plans, mais je suis enthousiaste, cela arrive au bon moment pour moi, mes enfants sont petits - un est né au Canada et l’autre à Prague - je suis ravie de revenir “à la maison” (rires)

 

Comment vous sentez-vous en retournant au Moyen Orient?

 

En arrivant j’ai envie de retravailler, l’ambiance n’est pas la même qu’aujourd’hui, c’était il y a près de 20 ans : la vie à Dubaï est encore très simple, on vit dans une toute petite communauté, tout le monde se connaît, le bouche à oreille circule vite et c’est une communauté très active, très dynamique. Je commence à travailler donc comme photographe pour des magazines, puis à mi-temps pour MBC TV - je coordonne un de leurs shows - et je travaille donc avec une productrice. Celle-ci connaît aussi mon côté plus artistique et elle me pousse à participer à une exposition de groupe qu’elle monte pour le V&A Londres (Victor & Albert Museum). Au début je suis réticente : je n’ai pas assez d’œuvres à montrer, pas de corpus cohérent, je ne suis pas à la hauteur… mais elle me pousse dans mes retranchements, en continuant à me dire « vas-y, lance-toi, tu vas trouver une solution, sois créative”. C’est aussi dans ma nature, d’accepter le défi, et de prendre toute expérience comme un occasion d’apprentissage… Donc je me lance!

 

De quel genre d’exposition s’agit-il?

 

C’est donc une exposition de groupe intitulé “Arabise Me” pour laquelle je vais développer un travail que j’intitule “Meen Ana” (Qui Je Suis). Nous sommes au lendemain du 9/11, l’ambiance est très sombre autour du monde arabe, de la communauté, de la culture et même de la langue arabe… Il y a un amalgame généralisé dans la presse internationale et dans la majorité des consciences pour être honnête, c’est un triste moment de notre histoire où pour presque tout le monde « arabe = terroriste » et je veux essayer, avec mes pauvres moyens de designer, d’artiste,  de commencer à changer le point de vue du monde sur tout cela, sur “qui je suis” précisément. C’est ambitieux (rires) mais je sens que c’est important pour moi, et pour beaucoup d’autres personnes autour de moi, et pour le monde.

 

Qu’est-ce que vous choisissez d’exposer?

 

Je travaille donc sur une série de portraits que j’ai shooté à Dubaï, un ensemble de personnes toutes arabes mais toutes d’origines différentes. Elles ont toutes entre les mains des panneaux que j’ai calligraphié, en arabe, avec des phrases ou des expressions comme “parle-moi en arabe”, “j’aime en arabe” etc.. j’ai retravaillé aussi chaque photo avec des collages. L’exposition est très bien reçue, l’impact est fort, celui que j’espérais : relancer le débat sur l’identité arabe commune, sur la fierté que l’on peut éprouver à être arabe, à se dire arabe.

 

Et à partir de là vous avez envie d’en faire plus?

 

Oui, je me pose tout de suite la question : comment est-ce que je peux diffuser ce message de façon plus rapide, vers une audience plus large… Je commence par imprimer des coussins, des écharpes - avec toujours ces phrases en arabe dont je me suis servie pour l’exposition, mais j’ai envie de quelque chose de plus visible, et aussi de plus durable. C’est à ce moment-là que je commence à travailler sur les colliers. Bien entendu les colliers avec le prénom - même en arabe existent depuis longtemps, je dirais une 60aine d’années, mais moi je vais utiliser les lettres de l’alphabet arabe, et je commence par en faire une bague. Elle attire l’attention de la personne en charge de Saüce (une chaîne de concept store) qui me pousse à lui présenter toute une ligne de bijouterie qu’elle souhaite vendre dans ses boutiques. C’est un autre défi, dans lequel je me lance. La première chose qu’il me faut trouver c’est un nom… et ce sera Bil Arabi, littéralement “en arabe”, plus direct c’est impossible (rires)! En tout cas c’est le début de ma marque, il y a près de 12 ans…

Nadine kanso

 

Aujourd’hui, quel regard posez-vous sur cette aventure?

 

Beaucoup d’apprentissage, beaucoup de plaisir et de fierté aussi. Je crois que mon rêve s’est réalisé dans la mesure où je pense que le message de tolérance et d’appropriation de cette identité arabe est vraiment quelque chose que transmet mon travail, de façon forte et légère à la fois : c’est un bijou, on peut n’y voir que la beauté de la forme, mais c’est aussi bien plus, à chacun de le porter selon son coeur. Pour moi l’important est qu’il soit porté, et qu’il soit le messager d’une forme d’unité : L’identité arabe, l’écriture arabe ne devrait pas être confondue avec l’identité islamique. Que l’on soit musulman ou pas on peut parler, écrire, penser en arabe, on peut aussi simplement être touché par la beauté de la calligraphie et du graphisme arabe. Et les deux identités (musulmane et arabe) devraient pouvoir coexister sans être systématiquement superposées. En cela je pense que mes bijoux sont en tout cas ce que l’on appelle en anglais a conversation piece, c’est à dire qu’ils enclenchent un débat, une discussion, une curiosité… et c’est exactement ce que je souhaitais, en plus du succès dont bien évidemment je ne peux que me réjouir aussi…

 

Qu’est-ce que Dubaï a apporté à ce projet et à votre expression artistique en général?

 

Dubaï has been good to me comme on dit! (Dubaï s’est montrée généreuse envers moi, ndlr), le fait que ce soit une nation si jeune, que j’ai pu vivre au Moyen Orient tout en m’émancipant de Beyrouth, que j’ai pu grandir presque en même temps que les Émirats cela m’a donné à la fois beaucoup d’espace, d’énergie, ce sentiment de faire partie d’un petit groupe de pionniers, de ces designers locaux pour qui tout était possible, pour qui énormément de portes s’ouvraient… la sensation très claire qu’ici sky is the limit (rien n’est impossible, ndlr), que si vous avez une idée et que vous êtes passionné par votre projet, foncez et rien ne vous arrêtera. C’est vraiment une ville qui est tout sauf stagnante, elle est en mouvement perpétuel, et  vous emporte avec elle : il faut bouger avec la ville ! Et c’est une énergie fantastique.

 

Qu’est-ce que vous vous souhaiteriez pour le futur?

 

Je ne suis pas quelqu’un qui planifie beaucoup. J’aimerais continuer à développer ma photo mais c’est un travail plus lent bien sûr, pas du tout sur les mêmes rythmes et échéances que la marque de bijoux. Et puis je pense que la vie est courte et qu’il faut profiter et apprécier au maximum ce qu’elle vous offre… c’est aussi pour cela que je n’ai jamais voulu développer et faire grandir ma marque autrement que de façon organique et spontanée : pas de gros investisseurs, pas de franchises ou autre… je veux avoir le temps de vivre justement, ne pas devenir l’esclave d’une marque ou d’une entreprise… c’est aussi pour ça que je fais beaucoup de collaborations : objets de design (comme ce paravent qui reprend le motif des yeux que j’ai dessiné), vêtements, meubles ou autre : j’adore dire oui à des projets et collaborer me permet d’explorer d’autres modes créatifs tout en gardant mon indépendance, et de ne pas étouffer sous les responsabilités non plus : j’ai le meilleur des deux mondes, je reste créative et curieuse et je ne me retrouve pas à gérer de trop grandes structures.

Nadine kanso

 

Qu’est-ce qui aujourd’hui après toutes ces années fait “votre Dubaï”

 

J’adore DIFC, ce n’est pas forcément pour tout le monde mais j’adore l’ambiance, j’y ai ma galerie, les restaurants sont fantastiques. J’aime aussi me promener sur la plage… Mais ce que fait vraiment mon Dubaï ce sont les gens. C’est cette communauté d’amis et de personnes extraordinaires qui fait que je m’y sente vraiment chez moi. Il existe un proverbe arabe qui dit que الجنة بلا ناس ما بتنداس

Si le paradis était inhabité, on n’aurait même pas envie d’y mettre les pieds 

c’est exactement ça: ce sont ses habitants qui font Dubaï, et ceux qui m’y entourent et que j’y  rencontre qui font que Dubaï est ma maison.

 

Pour admirer votre collection de bijoux ?

 

Nous avons des corner chez Bloomingdales, au Lighthouse, également chez  Saüce Rocks and Tryano et aussi avec le site Ounas, mais le plus simple est de prendre contact avec notre équipe via notre Instagram.

 

Bil Arabi by Nadine Kanso
Jewelery reflecting both personal & cultural messages, Say it Wear it in Arabic. #bilarabilove | Since 2006 
Orders: +971505700712 / info@bilarabi.ae

website: http://www.bilarabi.ae/ 

twitter: https://twitter.com/bilarabi_ae 

instagram: https://www.instagram.com/bilarabi/

La page Facebook

 

Vous pouvez aussi admirer une des pièces de Nadine conçue spécialement pour l’exposition Nomadic Traces - Journeys of the Arabian Script au Warehouse 421, l’exposition est jusqu’en juillet. Cliquez-ICI pour plus d'info.  

 

 

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