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MAX BÜSSER - Le génial entrepreneur de la M.A.D Gallery

Par Kyra Dupont Troubetzkoy | Publié le 08/12/2018 à 14:25 | Mis à jour le 08/12/2018 à 14:47
Max Busser

Après un début de carrière fulgurant chez Jaeger-Le-Coultre et Harry Winston, l’entrepreneur suisse Maximilian Büsser a créé sa marque MB&F (F pour Friends) avec laquelle il revisite tous les codes de l’horlogerie, puis ses galeries M.A.D (Mechanical Art Devices), véritables « coffres à jouets pour adultes ». Nous avons remonté le cours du temps dans celle qui vient d’ouvrir au Dubai Mall.

 

Lepetitjournal.com/dubai : Pourquoi avoir déménagé dans la Fashion Extension de Dubai Mall plutôt qu’Alserkal Avenue où vous avez ouvert en 2016 ?

 

Max Büsser : C’était une décision stratégique prise conjointement avec la famille Seddiqi.

Notre démarche initiale à Alserkal était d’ouvrir une galerie d’art. Les gens y déambulent pour voir des œuvres, mais durant les cinq mois d’été, on n’y croise pratiquement plus personne. Nous avons dix fois plus de trafic ici entre les clients qui connaissent la marque MB&F, ceux qui nous cherchent et les touristes. Beaucoup nous suivent sur Instagram, des amoureux de l’horlogerie qui suivent les complications, mais pas seulement. L’horlogerie a dépassé son statut de collectionneurs.

 

 

Les Seddiqi et vous, c’est une histoire de longue date ?

Lorsque j’étais à la tête de la branche horlogère de Harry Winston il y a 20 ans, nous étions à la limite du dépôt de bilan. Abdul Magied Seddiqi a cru en moi et m’a passé une énorme commande de 65 pièces. Il m’a fait confiance sans me connaître et notre croissance ensemble pendant sept ans fut formidable. En 2005, lorsque j’ai créé MB&F. Je suis venu le voir avec les dessins de la HM1 (Horological Machine 1). Son fils Mohammed et lui m’ont demandé combien je voulais qu’ils en commandent. Je leur ai proposé quatre pièces, mais j’avais un « petit » problème, je n’avais pas encore assez de fonds pour les produire ! Ils ont été un des six détaillants assez fous pour me verser 1/3 du montant de la commande deux avant la livraison. C’est la deuxième fois qu’ils m’ont aidé. Chaque fois qu’ils passent en Suisse, ils viennent à la galerie rue Verdaine et repartent avec quelque chose.

Un jour, Mohammed Seddiqi m’a dit : « On devrait ouvrir une galerie à Dubaï ». Je lui ai demandé si son but était de gagner de l’argent car je doutais qu’on y arrive. Je m’en souviendrai toute ma vie, il m’a répondu : « on ne va certainement pas gagner d’argent, mais Dubaï a besoin d’une M.A.D Gallery  !

 

Comment s’est prise la décision de venir à Dubaï Mall ?

En septembre 2017, nous nous sommes retrouvés devant la famille Seddiqi pour le débriefing des deux ans et mon dernier slide recommandait d’aller au Dubaï Mall, mais je ne l’avais pas encore affiché. Je leur ai demandé leur avis et Mohammed Seddiqi a dit : « Je pense que c’est le moment de déménager au Dubai Mall ». J’ai alors cliqué sur le slide et tout le monde a ri. Ce qui nous a considérablement aidé est cette extension, le puits de lumière naturel qui fait qu’on ne se sent pas du tout dans un centre commercial. Il y a un bon feng shui.

 

Combien de galeries comptez-vous maintenant à votre actif ?

Nous avons ouvert Genève en 2011, Taipei en 2014, Dubaï en 2016 et venons de faire le soft opening de Hong Kong la semaine dernière. Mon rêve serait d’en avoir sept ou huit dans le monde, mais mon plus gros défi est de trouver le bon partenaire local et les pièces d’art. Car la plupart de nos artistes ne peuvent pas ou ne veulent pas suivre le succès commercial. Au début, notre M.A.D. Gallery était un peu comme un orphelinat pour nos artistes. Presqu’aucune autre galerie ne s’intéresse à l’art cinétique ou mécanique. Du coup nos artistes n’ont jamais pensé qu’il peut y avoir un débouché, ils font juste ce qu’ils aiment faire et c’est aussi ce qui me plaît chez eux. Par exemple, la première fois que j’ai  rencontré Chicara Nagata, qui met trois à cinq ans à créer une moto et n’en avait jamais vendue une seule, je lui ai demandé de quoi il vivait. Il m’a révélé qu’il prenait des mandats de graphisme à côté pour survivre ; que sa femme l’avait quittée, qu’il n’avait plus d’amis, mais n’arrêterait jamais car c’était sa passion. Quand on a vendu trois de ses créations sur cinq, il m’a dit : « vous m’avez sauvé la vie ».

 

MAD gallery
Chicara Nagata

 

C’est à chaque fois une aventure humaine ?

Oui, je suis passionné de mécanique et de cinétique, mais ce qui m’intéresse c’est l’humain. Tout ce que je présente ne sert à rien. Ce qui a un but, une fonction ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse c’est l’art, la sublimation par l’humain, l’homme derrière chacune des pièces. Voyez l’artiste hollandaise que nous exposons en ce moment, Jennifer Townley, elle a appris la mécanique toute seule. Elle est complètement autodidacte, fabrique chacun des composants de ses œuvres, seule, dans son atelier. Elle fait l’apologie de la lenteur, ce qu’il est difficile d’expliquer à Dubaï. En art cinétique, le bruit des moteurs est trop souvent extrêmement dérangeant, mais chez elle, les œuvres bougent en silence. J’aime particulièrement Colorola (Photo ci-dessous). Elle a mis un an en tout à la réaliser, et pas moins de trois mois à peindre les 1400+ pyramides qui représentent les couleurs du paysage où elle vit près de Barcelone. Parce qu’elle l’a fait avec un tout petit pinceau sur trois couches. Quand je lui ai suggéré qu’un spray aurait pris moins de temps, elle m’a dit : « tu as raison, mais j’en avais besoin ». C’est une question d’intériorité.

 

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Jennifer Townley - COLOROLA

 

Vos artistes vous ressemblent ?

Ce sont des gens qui défrichent leurs territoires mentaux. Jennifer Townley ne reproduira plus ces œuvres et pourtant elle a parfois découvert de vrais concepts, mais cela ne l’intéresse pas, elle doit avancer vers autre chose. Je me retrouve complètement là-dedans. Dès que je dévoile une pièce horlogère comme la dernière HM 9 « Flow » sur laquelle on a travaillé quatre ans – inspirée par des ouvrages aérodynamiques des années 30 à 50 comme la W196 Mercedes, la Disco volante d’Alfa Romeo en 1952 ou l’avion P-38 Lightning de Lockheed, dont les ingénieurs étaient des artistes, pour laquelle je me suis tant passionné, je perds tout intérêt pour la pièce. Ce qui m’intéresse, ce sont les six créations sur lesquelles je travaille et qui vont sortir entre 2019 et 2023.

 

MAD Gallery
HM9

 

Combien de mouvements avez-vous créé depuis le début de MB&F en 2005 ?

Dix Horological Machines et cinq Legacy Machines. Et côté M.A.D. Gallery, nous avons exposé 25 artistes.

 

Quel mystère essayez-vous de percer ?

La quête du bonheur. C’est ce qui définit tout ce que je fais depuis 14 ans. Être fier de moi le dernier jour de ma vie. Pouvoir regarder en arrière et me dire que j’ai créé ce en quoi je croyais, que j’ai travaillé avec des gens avec qui je partage les mêmes valeurs, d’abord avec MB&F lorsque j’avais quelque chose à prouver, puis avec M.A.D Gallery où j’ai encore plus de plaisir à aider les autres. A 30 ans, c’était all about me, à 50, c’est le coming of age, le passage de témoin. Je suis étonnamment plus heureux lorsque la Gallery vend une pièce d’un de nos artistes plutôt qu’un de mes propre gardes-temps. Une belle vie n’est finalement une quête de fierté.

 

Qu’est-ce qui vous fascine ? L’ingéniosité humaine ? L’immortalité de la machine ?

Toute mon enfance je voulais être designer de voitures. Et a 18 ans, l’Art Center de Pasadena a ouvert une antenne européenne à 20 minutes de notre domicile. J’ai dit à mon père, « c’est ce que je voudrais faire ». Mais l’école coûtait 50 000 CHF/an et c’était il y a 33 ans. Je viens d’un milieu complètement middle class et mes parents n’avaient pas un centime. Mon père est devenu blanc. Il m’a dit, « laisse-moi un peu de temps, avec ta mère on sait que c’est ton rêve, on va trouver l’argent ». J’ai toujours été en opposition avec lui. Il était très strict. Je n’ai jamais eu droit à un « je t’aime », un « bravo », ou un « je suis fier de toi », mais il avait compris que c’était une vocation. J’ai finalement opté pour l’EPFL, par dépit, et qui a été un enfer pendant 5 ans. Je n’ai trouvé aucune humanité, aucune beauté dans ce cursus d’ingénieur. Et j’ai été sauvé par l’horlogerie. J’ai été sauvé par un homme, Henri-John Belmont, le Directeur général de Jaeger-le-Coultre qui m’a offert mon premier travail . Nous étions des fous, des rêveurs à une époque où l’on disait l’horlogerie morte. Nous défendions la beauté de ces pièces magnifiques et le talent de ces quelques artisans qui transformaient de l’acier et du laiton en œuvres d’art. J’ai trouvé dans cette maison une nouvelle famille, une raison d’être. J’étais fasciné par la mécanique artistique. C’est ce qui m’a sauvé. J’en ai fait ma vie depuis.

 

Quel est votre mantra ?

C’est aussi ma base-line: A Creative Adult is a Child who Survived. J’étais un enfant hyper créatif, mais bizarre, timide, je ne trouvais pas ma place au milieu des autres. J’ai voulu m’adapter et ça a fait de moi un adulte ennuyeux. J’ai retrouvé mon esprit à 35 ans. J’ai découvert qu’être bizarre, c’est ok. Aujourd’hui je me fiche d’être aimé de tout le monde. Quand j’ai lâché prise, c’est là que les choses sont arrivées.

 

Quels sont vos projets ?

La plupart des gens ont un objectif pour se rassurer. Je n’aurais à 20 ans jamais imaginé travailler en horlogerie, à 30 devenir le directeur général de Harry Winston, à 35 ans tout quitter pour créer ma marque, à 45 ans venir vivre à Dubai avec la famille. J’ai compris que ne pas savoir ce qui va arriver est formidable. L’incertitude est l’une des parties les plus géniales de ma vie.

 

En ce moment à la M.A.D Gallery, Fashion Avenue - Dubai Mall :

Exposition Jennifer Townley et les pièces de MB&F ainsi que d’autres artistes travaillant sur la mécanique et la cinétique.

 

A venir :

Dès le 14 décembre : exposition des œuvres de Gabi Wormann, sculptures d’insectes mécaniques

 

MAD gallery
Destination Moon 

 

 

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