Édition internationale

Dubaï en temps de crise : les résidents dénoncent clichés et désinformation

Alors que certains médias évoquent une ville « sous les bombes », de nombreux résidents de Dubaï décrivent une réalité bien différente. Entre vigilance, vie quotidienne qui continue et vague massive de désinformation, ils racontent leur quotidien et leur attachement à un pays qu’ils ont choisi. « Nous avons choisi ce pays, et nous sommes à ses côtés », résument-ils.

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Écrit par Marie-Jeanne Acquaviva
Publié le 5 mars 2026

Nous avons choisi ce pays, et nous sommes à ses côtés”, un point sur le ressenti et le quotidien réel des habitants de Dubai, loin des apparences et des titres racoleurs.

Depuis le début de la guerre en Iran les résidents de Dubaï se trouvent dans l’étrange situation de passer plus de temps et d’énergie à rassurer leurs proches et familles hors territoire, qu’à gérer leur vie quotidienne, ou leurs enfants en école à distance. Pire que les drones ou les missiles, la guerre de désinformation ? Il est temps de faire le point et de prendre le temps d’écouter les habitants de ce pays sans se laisser noyer par une vague sans précédent de désinformation, clichés et raccourcis.

 

« Dubaï sous les bombes », vraiment ? Nous avons pu nous entretenir avec quelques résidents et leur voix est unanime, oui la vie suit son cours, oui nous sommes attentifs et devons faire face à une certaine incertitude, mais oui nous nous sentons protégés:  

au début cela m’a fait sourire tant les images ou les posts partagés étaient loin de notre réalité, on a l’habitude de voir Dubaï caricaturé à la truelle par des pseudos journalistes avides de clics faciles mais aujourd’hui ce déferlement de de fake news, de mensonges purs et simples est devenu dangereux

nous confie Adeline Verdier-Velten, entrepreneuse française et résidente qui regrette en particulier que « aucun media français ne se soit donné la peine d’interviewer d’autres personnes que des influenceurs au discours abscons, ou des gens de passage sans aucune compréhension de la réalité du pays ». Il était pourtant simple constate-t-elle « de contacter l’ambassadeur, le consul ou des entrepreneurs locaux et francophones. » Oui la désinformation nuit : elle est une arme à part entière, et les résidents comme leurs familles et leurs proches restés en Europe ou ailleurs, tout comme les émiriens, en font les frais.

Il existe bien évidement une différence fondamentale entre focaliser l’ensemble de la communication écrite et visuelle sur des évènements amplifiés et déformés vers le pire, voire complètement faux, à l’exclusion absolue de tout le reste ou de la réalité vécue et ressentie des résidents, et constater et décrire avec objectivité une situation déstabilisante : il y a eu des impacts, des débris, on a entendu le passage des jets de l’armée, et deux fois une alarme du gouvernement nous invitant à rester à l’abri. C’est une situation qui peut engendrer de la peur, du stress mais qui est considérablement bien gérée, dans le calme et le respect.

« Still today, nowhere else I would rather be » Il est symptomatique de noter que contrairement au soi-disant exode relayé par les media, une part importante de la population de résidents fait au contraire des pieds et des mains pour rentrer à Dubaï par tous les moyens, postant abondamment des messages dans la ligne « même aujourd’hui, je ne me sens nulle part ailleurs autant en sécurité qu’aux Émirats, et je n’aimerais être nulle part ailleurs qu’ici ». Par la route depuis les pays du Moyen Orient, ou par les airs, que ce soit pour des raisons familiales ou professionnelles, mais aussi parce que ce sentiment d’être pris en charge, respectés, informés et protégés est profondément ancré dans chaque personne ayant choisi de tenter sa chance et de s’installer aux Émirats.

« L’immense majorité de ces résidents ne sont pas des influenceurs détachés de la réalité ou des milliardaires en exil fiscal, mais de jeunes entrepreneurs, des familles qui travaillent d’arrache-pied à des projets professionnels auxquels ils ont tout donné, tout investi et qui sont vraiment intégrés localement. Le mépris absolu et le manque d’objectivité flagrante avec lequel cette population est décrite m’a vraiment écœurée, encore plus si l’on a la décence de comparer ce que les populations qui sont-elles, réellement « sous les bombes » vivent…comment un journaliste digne de ce nom peut en toute conscience publier ce genre de titre avec ce que les civils de l’Iran, du Liban, de Gaza ou de l’Ukraine (on a le choix !) vivent au même moment ?!».

David O’Connor, résident irlandais depuis plus de 20 ans et chef des opération dans une entreprise majeure d’évènementiel, souligne « le sensationnalisme forcené et le manque de professionnalisme des médias occidentaux est diamétralement à l’opposé de la communication très claire du gouvernement des Émirats, autant que de la réalité de notre quotidien : depuis bien avant le début des hostilités nous savions que les risques inhérents au voisinage de l’Iran existaient, mais nous savions aussi que si un conflit se déclenchait les cibles ne seraient pas civiles mais militaires”. A ceci s’ajoute bien évidement le fait que les habitants des Émirats ont une confiance dans le gouvernement qui – contrairement à ce qui est abondamment relayé en ligne – n’est pas un sentiment que l’on peut acheter ou fabriquer : “les mesures du gouvernement et leur soutien concret pour la population civile ainsi que leur communication claire et constante en temps de crise – rappelez vous la gestion remarquable du COVID! - construisent ce sentiment année après année, ce n’est pas quelque chose que l’on peut “sortir du chapeau” pour des questions de communication: la population des Émirats est calme et résiliente exactement grâce à cela”.

We chose this country and we stand with it” : des milliers de personnes ont repris en ligne le post devenu viral (plus de 150k partages à cette date) « nous avons choisi ce pays et nous nous tenons à ses cotés”, sous sa forme originale mais aussi repris des milliers de fois dans des variantes et accompagnés de commentaires personnels de résidents, ou de journalistes, comme Maan Jalal : un auteur, journaliste et figure importante de la scène artistique culturelle du Moyen Orient, qui s’est exprimé avec nuance et sincérité à travers un post hier soir “Je suis né à Dubai, et toute ma vie elle a toujours été un des endroits les plus sûrs du monde. Même aujourd’hui, elle l’est encore” : on peut se sentir en sécurité et se faire du souci, ce n’est pas incompatible mais ce sont deux choses bien différentes. Lui comme tant d’autres, a été assailli de messages provenant des pays d’outre-mer, de l’Australie à l’Angleterre, et déplore la “frustration” ressentie devant “l’Occident qui diffuse la désinformation autant qu’il semble se délecter de la situation”.

Comme tant d’autres l’ont ainsi partagé sur les media, oui les résidents tout comme les Emiriens, reconnaissent un attachement fort à un pays qui a offert à ceux qui l’ont choisi “sécurité, opportunités et stabilité”, et il est bien difficile de comprendre depuis l’extérieur et sans se pencher avec professionnalisme sur les nuances de cette région, comment de “simples résidents” peuvent se sentir “à ce point patriotes” non seulement pour le pays de leur passeport, mais tout autant pour leur pays d’accueil. Ce sentiment de reconnaissance partagé par autant n’est ni de la naïveté, ni du déni, ni de la propagande. C’est un sentiment construit par une relation stable et confiante entre les habitants d’un pays et son gouvernement, et il est important de le diffuser.

L’ensemble de cette réflexion n’est absolument pas incompatible avec une analyse réaliste, fluide et constante de la situation. Même si sur le sol Emirien tout est très calme depuis 48 heures, il est évident que le contexte est volatile, et bien entendu nous recommandons et saluons le travail du Consulat et de l’Ambassade de France qui ont communiqué clairement et ont « accompagné nos compatriotes en situation de vulnérabilité » permettant à qui le souhaitait ou à ceux pour qui il s’agissait d’une nécessité absolue de rentrer en priorité en France.

Pour reprendre les mots de la communication de notre ambassade,

ensemble, restons vigilants patients et solidaires.

 

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