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ABDULQADER AL RAIS, le peintre-pionnier des Émirats Arabes Unis

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 13/10/2018 à 19:03 | Mis à jour le 13/10/2018 à 19:34
Abdulqader Al Rais

Une rencontre exceptionnelle aujourd’hui au Petit Journal, dans l’atelier personnel d’Abdulqader Al Rais, l’artiste Emirien à qui l’Institut du Monde Arabe vient de consacrer une importante rétrospective, organisée par l`Autorité pour la Culture et les Arts de Dubai.

Abdulqader Al Rais est à la fois un pionnier et une icône de la scène artistique des Emirats Arabes Unis. On retrouve ses œuvres aux murs d’un nombre impressionnant de palais privés et de bureaux gouvernementaux, sans compter les fresques et les travaux de commande (comme les voitures du métro de Dubaï que vous avez peut-être croisées en 2015). Cheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum, vice-président et souverain de Dubaï, et Cheikha Salama Bint Hamdan Al Nahyan, sont tous deux de fervents collectionneurs de son travail. L’exposition exceptionnelle de l’Institut du Monde Arabe à Paris retrace toute sa carrière depuis ses premières œuvres exécutées au Koweït dans les années 60, jusqu’aux toutes dernières toiles réalisées spécifiquement pour l’Institut du Monde Arabe.

 

Pourtant, malgré l’ampleur de la reconnaissance qui accueille son travail, c’est un homme d’une grande modestie et d’une grande douceur qui nous accueille en nous offrant sur un plateau le jus délicieux des mangues de son jardin, dans un vestibule et un atelier croulant sous les toiles empilées les unes sur les autres, sur cadres ou encore en rouleaux, les yeux encore pétillants d’une joie sincère à son retour de Paris :

 

Qui ne se réjouirait pas de la chance de voir tout son travail exposé ainsi dans un musée exceptionnel : c’est une exposition qui met les Emirats au cœur de l’Europe, à la portée de tant de personnes qui ne pourraient autrement venir nous connaître, c’est le rêve de tout artiste et vraiment l’accomplissement d’une vie. Même le bâtiment est incroyable, et on reconnaît bien l’architecte du Louvre AD dans l’audace et la beauté des formes

 

La rencontre avec l’ancien ministre Jack Lang, en charge de la rétrospective qui lui est consacrée l’a également marqué : « c’était merveilleux de le rencontrer, et si les circonstances étaient professionnelles aujourd’hui je peux dire que cette relation est devenue une amitié, et si Dieu le veut nous devrions nous revoir d’ailleurs très bientôt. Notre « rencontre » date en réalité de 2013 dès les premiers échanges culturels avec la délégation d’Art Dubaï - qui fait un travail incroyable - et qui lui remit alors une de mes peintures, ce qui lança le dialogue et la discussion entre nous. C’est avec beaucoup de fierté et de joie que j’ai vu la surprise et l’admiration se peindre sur son visage lors de la visite de l’exposition », une relation sous le signe de l’appréciation mutuelle évidente et qui devrait donner lieu à d’autres fructueuses collaborations dans le futur.

 

Son atelier frappe par son caractère intime : un chariot avec du matériel en vrac et de nombreuses couleurs, quelques pinceaux prêts à servir, sa palette encore fraîche zébrée d’un large éclat de jaune lumineux, puis des souvenirs exposés dans une petite vitrine, et des toiles par dizaines entreposées contre tous les murs, parfois de très grands formats sur chevalet comme cet immense paysage désertique en cours d’exécution, ou des toiles de ses débuts beaucoup plus anciennes comme ce portrait d’un jeune enfant assis dans la rue, en attente de restauration, ou encore la fameuse série d’aquarelles sur papier, cataloguant les portes anciennes traditionnelles typiques des Emirats dont Abdul Qader Al Rais fait voltiger devant nous les larges feuilles avec enthousiasme… Partout un jeu vibrant sur les couleurs en transparence, une franche luminosité, un travail sur le symbolisme emprunt de poésie.

 

ABDULQADER AL RAIS

 

La comparaison avec les grands maîtres de l’impressionnisme et du symbolisme vient d’ailleurs naturellement à l’esprit : le jaune et le bleu de Chagall ou de Monet, l’opulence de Klimt mêlant sur ses toiles lui aussi calligraphie et formes géométriques,

Klimt qui a été très important pour moi, tant dans son usage des couleurs que dans le symbolisme de ses toiles

Autodidacte en grande partie, Abdul Qader Al Rais a peint presque toute sa vie, simplement à l’écoute de son inspiration, « la peinture coule dans mes veines », et s’il s’est interrompu pendant quelques temps dans les années 70, l’envie ne tarde pas à être plus forte: lors d’un voyage aux Etats Unis, il a le souffle coupé devant les paysages grandioses qu’il traverse en voiture, et l’urgence de se remettre à peindre est telle qu’il va chercher partout une boutique de Beaux-Arts avant d’embarquer pour le vol du retour, pour pouvoir passer le trajet à dessiner et faire les esquisses qui marqueront son retour à la peinture.

 

Ainsi c’est toute une vie condensée dans les quelques dizaines de mètres carrés de cet atelier :

lorsque j’ai débuté dans les années 60 il n’y avait littéralement aucune œuvre picturale accessible dans cette région, quelques fresques dessinées sur les murs de Bastakiya, quelques dessins importés d’Inde - je me souviens en particulier du tableau d’un paon - mais sinon il n’y avait rien

 

De cette solitude forcée Abdulqader Al Rais regrette le manque de compétition, au sens positif du terme « une saine émulation entre pairs, l’excitation et l’envie de progresser et d’évoluer ensemble, les amitiés et les influences liées à un groupe d’artistes, voilà quelque chose qui m’a manqué. On peut se sentir très isolé lorsqu’on se retrouve seul au sommet, non pas forcément parce qu’on est meilleur que tous les autres, mais parce qu’il n’y a littéralement personne d’autre… » Et de cet isolement naît aussi une mission : « oui il y a un sens de responsabilité, une  implication profonde dans la naissance et dans l’évolution et le développement d’une nation à laquelle je me sens inextricablement lié : rendez vous compte, j’ai commencé à peindre avant la fondation de l’Union ! Et je peins encore aujourd’hui ».

 

Aujourd’hui Abdulqader Al Rais est très impliqué avec la jeune scène artistique émiratie, que ce soit des artistes inspirés par son travail ou tout simplement des peintres qui ont besoin de son soutien, il n’est jamais avare de rencontres, au fil des expositions de groupes ou individuelles. L’occasion d’observer une scène artistique « qui a tellement changé que j’ai vraiment peine à croire que cela ait été possible : dire qu’aujourd’hui il y a plus d’une soixantaine de galeries entre Dubaï et Abu Dhabi ! »

 

Ce qui ne l’empêche pas de continuer à « peindre Dubaï » au moins « deux ou trois fois par an ». En ce moment il travaille d’ailleurs sur « une grande pièce de plus de 2m par 1.50m, une grande aquarelle, une technique mixte, mêlant abstraction et impressionnisme. J’aimerais peindre encore le « nouveau Dubaï » il y a tant à voir. » Abdul Qader Al Rais a une relation presque filiale avec ses toiles, on devine un homme empreint d’une grande foi, et d’une grande gratitude pour le don qu’il a pu ainsi exploiter sa vie durant. Les toiles qu’il a vendu au fil des années « lui manquent » et il lui est arrivé plusieurs fois de devoir se séparer de certaines « à contrecœur », en espérant les revoir au gré des expositions ou rétrospectives. Il se souvient en particulier d’un « autoportrait de jeunesse, avec une chemise rose, qui évoque mille souvenirs » et qu’il « aimerait tant revoir ».

 

C’est aussi avec la même douceur et la même lumière dans les yeux qu’il nous montre des toiles de sa fille ou de son fils : nulle trace de condescendance ou de supériorité, seule demeure la joie simple d’avoir su transmettre une passion, et la même humilité qui place son travail et les toiles de ses enfants à égalité : une dynastie de peintres, voilà quelque chose de rare, et signe d’un artiste au talent bien vivant tout en étant dépourvu d’ego - chose plus rare encore !

 

Plein de projets animent encore Abdulqader Al Rais dans un futur proche, que ce soit pour pousser son rêve d’un musée aux Emirats, ou continuer à alimenter la collaboration culturelle Franco-Emirienne, dont il redit à quel point cela l’enchante de voir l’art « ouvrir un dialogue international, au fond si naturel : nous artistes utilisons tous les mêmes pinceaux, les mêmes pigments, pour tous nous exprimer de la façon qui nous est propre et en même temps accessible à tout un chacun »

 

ABDULQADER AL RAIS
Marie-Jeanne Acquaviva et Abdulqader Al Rais 

 

Rétrospective Abdulqader Al Rais dans le cadre du dialogue Franco-Emirien pour la Culture à l’institut du Monde Arabe à Paris jusqu’au 21 Octobre 2018

 

ABDULQADER AL RAIS

 

 

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