Les résultats du PASEC 2024 placent le Sénégal parmi les pays les plus performants en lecture et en mathématiques à la fin du primaire. Mais l’analyse des tendances montre un recul des acquis depuis le précédent cycle d’évaluation, dans un contexte partagé par plusieurs pays africains.


Réunis au King Fahd Palace de Dakar les 22 et 23 octobre, décideurs éducatifs, partenaires techniques et experts ont pris connaissance des résultats du PASEC 2024. Le Sénégal y affiche des performances supérieures à la moyenne des pays participants, en lecture comme en mathématiques à la fin du primaire. Mais la comparaison avec les précédents cycles montre un recul des acquis depuis 2019.
Une évaluation à l’échelle du continent
Le PASEC (Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la CONFEMEN) est une étude comparative internationale. Seize pays ont été évalués à trois moments de la scolarité : début du primaire, fin du primaire et fin du collège. Malgré son appellation, la collecte des données s’est déroulée en 2025, tandis que « 2024 » fait référence au cycle d’évaluation du programme. Pour la première fois, des questionnaires ont également été adressés aux parents d’élèves.
Des scores supérieurs à la moyenne
En fin de primaire, le Sénégal affiche la moyenne la plus élevée en mathématiques (540,1 points) et la deuxième en lecture (543,8 points), derrière le Gabon (595,8 points).
En lecture, 62,5 % des élèves sénégalais atteignent le seuil de compétence attendu, contre 38,5 % en moyenne dans l’ensemble des pays évalués. Seuls le Gabon (84,7 %) et Sao Tomé-et-Principe (57,3 %) comptent également une majorité d’élèves aux niveaux 3 ou 4. En mathématiques, la proportion atteint 59,6 % au Sénégal, contre 24,8 % pour l’ensemble des participants.
Au début du primaire, le score moyen des élèves sénégalais en lecture progresse de 557,1 points en 2019 à 596,2 points en 2025. En mathématiques, il recule légèrement, de 563,4 à 555,3 points.

Les langues nationales en question
En 2025, le Sénégal a évalué 45 % de ses élèves de début de scolarité dans une langue nationale (pulaar, sérère, soninké ou wolof) et 55 % en français. En lecture, les élèves évalués dans une langue nationale obtiennent 619 points contre 578 pour ceux évalués en français, soit un avantage significatif de 41 points. En mathématiques, l’ordre s’inverse, mais l’écart de 12 points n’est pas statistiquement significatif.
Le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Guirassy, voit dans l’introduction des langues nationales dès les premières années du primaire un levier pour consolider la lecture et la communication.
Dix ans d’évolution : un recul marqué depuis 2019 à la fin du primaire
Le PASEC permet de comparer les résultats de 2014, 2019 et 2025. Au début du primaire, la tendance est globalement positive : six des huit pays comparables progressent en lecture sur la décennie et aucun ne recule. Le Sénégal gagne ainsi 76 points en lecture et 40 points en mathématiques.
À la fin du primaire, le constat est différent. Aucun pays ne progresse en lecture sur la décennie. Entre 2019 et 2025, sept des onze pays suivis reculent en lecture et sept en mathématiques. Au total, huit pays sur onze perdent du terrain dans au moins une discipline. Le Burundi enregistre la plus forte baisse, avec une perte de 70 points en lecture et de 77 points en mathématiques entre 2014 et 2025.
Le Sénégal n’échappe pas à cette tendance. Après une hausse de 28 points en lecture avant 2019, il perd 32 points en lecture et 18 points en mathématiques entre 2019 et 2025. Sur l’ensemble de la période, le bilan demeure relativement stable. Le pays reste au-dessus de la moyenne des participants, mais la dynamique observée lors du précédent cycle s’est inversée.
Le rapport avance plusieurs hypothèses sans établir de lien direct de causalité. Parmi elles figure l’impact possible des perturbations scolaires liées à la pandémie de COVID-19. Les élèves évalués en fin de primaire en 2025 sont en effet entrés à l’école autour de 2020, au moment des fermetures temporaires d’établissements. Les auteurs soulignent également que les politiques éducatives des dernières années ont souvent davantage ciblé les apprentissages fondamentaux en début de parcours. La langue d’enseignement pourrait aussi jouer un rôle dans certains contextes nationaux.
Des inégalités importantes au sein des pays
Les responsables du programme ont insisté sur un point : le PASEC n’a pas vocation à établir un classement. Un constat ressort néanmoins de l’étude. Les écarts de performance entre élèves d’un même pays dépassent souvent ceux observés entre les pays eux-mêmes. Entre les 10 % d’élèves les plus performants et les 10 % les moins performants, l’écart atteint en moyenne 242,9 points en lecture à la fin du primaire.
L’origine sociale continue par ailleurs de peser fortement sur les résultats scolaires. L’écart entre les élèves les plus favorisés et les plus défavorisés atteint 128 points au Cameroun, 120 points au Togo et à Madagascar. Le Sénégal se situe à un niveau intermédiaire avec un écart de 74 points, tout en conservant un niveau moyen de performance relativement élevé.
Du diagnostic à l’action
Au-delà des chiffres, les responsables de la CONFEMEN ont insisté sur la nécessité de transformer les résultats en politiques publiques concrètes. Selon la présidence en exercice de l’organisation, le PASEC ne doit pas être perçu comme un verdict, mais comme un outil d’aide à la décision permettant aux États d’orienter leurs réformes éducatives.
Six pistes d’action ont été mises en avant. À court terme, il s’agit notamment de permettre aux élèves d’emporter leurs manuels à domicile, d’améliorer les conditions matérielles d’apprentissage et de renforcer les moyens de déplacement de l’encadrement pédagogique. À plus long terme, le rapport recommande de mieux diagnostiquer les acquis à l’entrée au collège, de développer les dispositifs de remédiation, de renforcer la formation des enseignants en lecture et de réformer l’enseignement des mathématiques, tout en orientant davantage les budgets vers l’amélioration des apprentissages.
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