Édition internationale

Lamine Diawara : la terre comme univers

Lamine Diawara est un homme qui a placé la terre au centre de son univers. Il la travaille, la guérit, en prend soin et lui fait porter du fruit afin de nourrir et soigner. Il la rend à son rôle premier. Et entraîne dans son sillon, des apprenants désireux de cette science primaire. Entre prise de conscience, voyages de formation aux Usa et travail à la pénibilité avérée, entretien avec un homme qui n’abandonne pas.

Ramassage de matériaux immatures pour la construction d'une pile de compostRamassage de matériaux immatures pour la construction d'une pile de compost
Écrit par Irène Idrisse
Publié le 27 octobre 2026, mis à jour le 28 octobre 2026
Apprenant au repos

 

 

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Mouhamadou Lamine Diawara familièrement appelé Lamine ou Diawara. Je fus professeur, directeur diplômé de collectivités éducatives. Avant tout cela, j’ai été Éclaireur du Sénégal. Dans le Scoutisme, j’ai occupé toutes les fonctions pour finir comme staff  du Bureau Africain du Scoutisme du Bureau Mondial du Scoutisme, en qualité de Directeur du Centre Opérationnel de Dakar, couvrant l’Afrique de l’Ouest.

 

 

« Avec l’évolution, les choses se sont dégradées et les problèmes de santé sont devenus des menaces pour les humains. »

 

Vous êtes connu comme « l’homme qui œuvre dans le bio ». Comment avez-vous pris conscience de l’importance de ce domaine ?

L’humanité a commencé, pour se nourrir et s’alimenter, selon les régions du monde, par la cueillette avant d’apprivoiser les plantes et certains animaux.  À cette époque, avant de maîtriser le feu et son énergie, le bio – qui n’est pas nouveau – a servi, à cultiver et à produire des aliments sains dans des sols sains. A cette époque, les aliments étaient stockés dans des greniers.

Avec l’évolution, les choses se sont dégradées et les problèmes de santé sont devenus des menaces pour les humains. Et l’agriculture aussi a connu une évolution dangereuse affectant l’environnement, les écosystèmes et en conséquence tout le règne vivant et minéral.

 

Vous êtes-vous spécialisé en la matière ? Et où ?

Avec mon vécu d’ Éclaireur et mon expérience sur le terrain, avec les entretiens avec les populations rencontrées, j’ai pris conscience de la gravité de la terreur pesticide et des menaces sur l’environnement.

Afin d’apporter une contribution pour renverser la tendance, dans le cadre de mes relations, j’ai eu l’opportunité d’aller aux USA, à Willits, en Californie, pour apprendre et me spécialiser en agriculture bio intensive, en 2012 , AU CENTRE EA (Ecology Action).

 

Repiquage de citronnelle

 

Vous alliez l’enseignement et la terre en donnant des cours avec travaux pratiques dans vos champs. Pouvez-vous nous expliquer comment cela se passe concrètement ?

Pendant que j’étais encore en service au Ministère de l’ Éducation, enseignant dans des lycées, je ne formais que pendant les weekends et les jours non ouvrés.

Avec mon épouse, qui a fait la même formation que moi, aux USA, nous formions des volontaires seulement. Puis, nous avions animé un club environnement d’un lycée à Dakar, pendant des années, ce qui leur a voulu une coopération avec des institutions (Ambassade, institution de recherche).

J’ai eu la chance d’enseigner le bio dans une université privée avec neuf étudiants jusqu’au BTS.

Les membres de notre Association d’Agriculture (Association Oasis Grow Bio-Intensive ont été soit formés soit initiés, approximant une vingtaine de membres.

Dans la Région de Kaolack, nous avons formé 90 hommes, femmes, jeunes femmes et jeunes hommes de 08 villages.

De même, un groupe 90 personnes, composé de femmes, jeunes femmes et quelques hommes a été formé à Mbour.

Nous avons formé également des Éclaireuses et Éclaireurs du Sénégal venus de cinq Régions du pays, soit 20.

 

Préparation de planche

 

Une estimation du nombre d’élèves passés par vos classes ?

Approximativement, il faut compter 220 élèves formés soit à notre Centre Fankanta d’Agro Écologie à Keur Massar.

 

Vos élèves sont limités au Sénégal ou proviennent-ils d’autres pays ?

Pour le moment, ils sont limités au Sénégal. Mais nous avons enregistré une apprenante de la Guinée Conakry et un autre du Mali. Nous attendons l’occasion de les recevoir.

 

Avez-vous noté un changement quant à la prise de conscience de tout un chacun - spécialement la jeunesse - par rapport à l’importance du bio ?

Oui, c’est pourquoi les gens se manifestent maintenant. Ils savent que c’est ce que nous consommons qui nous rend malades. Mais ne savent pas comment trouver ce qui est sain et bon pour la santé. Mais, en plus, ils ne sont pas formés pour en produire.

 

Placement

 

En quoi consistent vos cours ?

Nous avons 8 modules que sont :

  1. La préparation profonde du sol en préparant les planches selon la méthode du double-bêchage ;
  2. La construction de piles de compost pour obtenir des rendements supérieurs en évitant les engrais chimiques
  3. La plantation dense, serrée
  4. Les plantes affines : certaines plantes poussent mieux quand elles sont à proximité de certaines plantes
  5. La culture du carbone
  6. La culture de calories grâce à la culture de tubercules
  7. La production et l’utilisation de graines bio
  8. La méthode de jardinage complète qui permet d’utiliser toutes ces techniques

 

Vos cours consistent en des séquences de combien de jours ?

Nous n’avons pas de schéma classique : pour des élèves et étudiants, c’est en fonction de leur disponibilité et cela peut conduire jusqu’à 2 mois.

Pour des travailleurs du public et du privé, c’est la même durée de 3 mois étalés selon leur disponibilité. Il nous est arrivé d’accompagner des apprenants en « classes multigrades» à cause de leur disponibilité.

 

Récolte de bananes

 

« Il faut continuer à se battre pour contribuer à l’amélioration des conditions des communautés sur cette terre sur laquelle la vie est éphémère. »

 

Le métier que vous avez choisi est-il aisé ?

Ce métier, comme tout métier, est difficile. Mais il est très réconfortant. Car voir des gens intéressés progresser et se confier sur leur vision et projet est très encourageant.

Toutefois, il y a, parmi les apprenants, certains n’ont pas de terre ou des facteurs de production au complet.

« La menace des grandes firmes se profile à l’horizon car elles envisagent de produire des légumes et fruits sans graines pour affamer le monde et le coloniser le monde par le ventre. »

Pourquoi ce besoin de transmettre ?

La transmission est le seul moyen de conserver des connaissances et des pratiques à condition de savoir le faire avec la méthode appropriée. La menace des grandes firmes se profile à l’horizon car elles envisagent de produire des légumes et fruits sans graines pour affamer le monde et le coloniser le monde par le ventre. C’est en cours du reste avec les semences de types F1 et F2.

Il faut continuer à se battre pour contribuer à l’amélioration des conditions des communautés sur cette terre sur laquelle la vie est éphémère.

 

« Jusqu’ici, c’est  sur financement propre que  nous fonctionnons. »

 

En tant qu’enseignant, regrettez-vous que l’introduction au travail de la terre ne soit pas systématiquement inscrite au programme scolaire ?

C’est une grave erreur pour deux raisons majeures :

  1. La majorité des enfants et des jeunes passent beaucoup de temps dont ils sortiront sans qualification ;
  2. La pratique de l’agriculture bio est un avenir  assuré pour nos communautés à condition de mécaniser et de motoriser notre système agricole.

Quels sont les plus grands déboires que vous avez subis ?

Il faut dire que c’est le manque de partenaires pour faciliter les opérations et développer notre centre de formation ; c’est comme ne pas vouloir encourager le développement du bio. Jusqu’ici, c’est  sur financement propre que  nous fonctionnons.

 

Vous êtes un enseignant à la retraite, votre travail actuel est ardu. N’avez-vous jamais eu envie d’abandonner ?

Jamais n’est pas scout. Avec la patience et la persévérance, un jour viendra. Tant qu’il y a vie, il y .a espoir. L’espérance est notre crédo.

 

Désherbage

 

Que représente la terre pour vous ? Quel rapport entretenez-vous avec elle ?

La terre est un élément vital dans la vie d’un homme, tout comme l’eau, l’air et l’énergie.

En plus de ses nombreuses fonctions (habiter, communiquer, cultiver), elle porte l’histoire, la culture et l’identité d’une communauté.

Un dernier mot ?

Rien de possible sans nourriture ni alimentation saine. Alors, un appel à tous les acteurs et toutes les bonnes volontés pour aider et accompagner notre Association et ses semblables pour la défense du bio.

 

 

Et maintenant…

Que tous ceux qui sont munis, accordent plus d’attention aux acteurs que nous sommes pour une plus grande vulgarisation du bio avec tout ce qui va avec : conservation, transformation, commercialisation, magasins de stockage, chambres froides.

 

Votre plus grande déception

L’incompréhension presque générale de la valeur du bio malgré des discours laudateurs.

Votre plus grande joie

Que les gens commencent à reconnaître la valeur du bio pour les êtres vivants et la biodiversité.

Votre plus grande réalisation

La somme des sessions de formation organisées et qui ont inspiré d’anciens élèves déjà établis dans la production et la commercialisation.

Votre plus grand espoir

Le bio a de l’avenir devant lui car les gens seront obligés de changer et de faire du bio leur choix.

 

Et si c’était à refaire ? (Referiez-vous la même chose ?)

Absolument oui, car c’est la seule voie de salut pour nos communautés.

 

Merci

 

Contacts Diawara Lamine :

  1. Téléphone : +221/ 77 400 44 45
  2. Email : mldiawara1@gmail.com
  3. Site web : oasisgrowbiointensive.org
Publié le 28 octobre 2026, mis à jour le 28 octobre 2026
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos