Lundi 20 septembre 2021

Yannick Durand, préparateur physique du club de foot de Sønderjyske

Par Clément Renisio | Publié le 25/07/2021 à 19:10 | Mis à jour le 25/07/2021 à 19:10
Photo : Yannick Durand
Yannick Durand entraîneur de football au Danemark

Pied gauche français, pied droit danois, frappe enroulée, pleine lucarne !

Rencontre avec Yannick Durand, préparateur physique français au sein de la section élite de football du club multi-sports Sønderjyske, établi dans sud Jutland et pensionnaire de première ligue danoise, où il officie depuis six ans. Il évoque pour nous son parcours en amont, puis au sein du club, et nous fait part de ses réflexions sur la pratique du sport de haut niveau au Danemark en miroir de considérations sur la France.      

 

C : Yannick, est-ce que tu peux te présenter succinctement et évoquer ton parcours académique et sportif en France ? Qu'est-ce qui t'a amené au Danemark ?

Y : J'ai trente-six ans, je viens de Bergerac, j'ai une compagne danoise, trois enfants. Après le bac, j'ai fait une licence en STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives), et j'ai préparé le CAPES en étant professeur d'EPS vacataire pendant 5 ans. J'ai enchaîné avec un Master en entraînement sportif pour compléter ma formation. Par ailleurs, j’étais athlète, sprinter. Après mon Master, j'ai rencontré ma copine via un travail d'animateurs qu'on faisait ensemble en France. On a eu une relation à distance pendant trois ans et puis finalement, j'ai eu l'opportunité de venir au Danemark pour terminer mon programme de Master. Donc la première idée, c'était de rester six mois et de revenir en France tous les deux, et puis les opportunités se sont présentées, le pays et sa culture m'ont plu, et ça fait maintenant dix ans que je suis au Danemark. Nous habitons à Kolding, mais c'est un peu les opportunités qui ont décidé pour nous. C'est une ville agréable, ensuite quand tu arrives, soit de Aarhus pour elle, soit de Bordeaux pour moi, ça fait un choc. C'est pas le même monde. C'est vraiment la culture danoise de province, les gens restent à la maison le soir, à dix-sept heures, tout est fermé, les restaurants mettent les derniers clients dehors à vingt-et-une heure. Il y a quelques bars, une boîte de nuit ou deux... Donc, quand tu es jeune, sans enfant... Mais bon, maintenant j'y habite depuis huit ans, j'ai trois enfants, c'est une ville parfaite pour nous.

 

C : Alors peux-tu me présenter ton poste actuel et me dire comment tu t'y es pris pour l'obtenir ?

Donc, j'ai travaillé pendant deux ans à Aarhus et Copenhague en habitant à Kolding. Je travaillais comme préparateur physique au sein d'un club de handball féminin professionnel, un club de football pro également et avec des jeunes talents danois. Mais les transports, c'était juste devenu trop et je souhaitais me fixer sur un site. Un poste s'est libéré au sein d'une académie régionale. Il faut savoir qu'au Danemark, ce sont les régions qui financent le développement de leurs propres talents et créent à cet effet des académies multi-sports. Il s'agissait d'encadrer les jeunes talents de onze à dix-neuf ans dans la pratique de sports à haut niveau à Haderslev (Jutland du sud), à savoir football, handball, golf, hockey sur glace, badminton. Rien à voir avec Sønderjyske, le club multi-sports professionnel au sein duquel je travaille actuellement. Mais il se trouve que les clubs de  foot au Danemark n'ont pas les moyens d'avoir leurs propres centres de formation, comme en France par exemple, donc ils sont rattachés à ces centre d'élite. Et donc à partir de 2013/2014, les jeunes de Sønderjyske étaient rattachés à cette structure et j'ai été préparateur physique de l'académie du club, des moins de quatorze aux moins de dix-neuf ans.  Finalement, au bout d'un an, par un concours de circonstances, le préparateur physique de l'équipe première a changé de club et Sønderjyske m'a proposé de reprendre son poste, que j'occupe depuis maintenant six ans au sein de l'équipe première.

 

C : Tu peux nous présenter brièvement le club ? Et en fait, quelle ville représente-t-il ?

Y : En fait, c'est le club de toute une région, le sud Jutland, Sønderjylland en danois. C'est comme ça qu'on se définit. C'est un club qui est basé dans une ville de vingt-mille habitants, Haderslev, et qui n'aurait aucune chance d'exister dans le monde professionnel. La seule manière de survivre, c'était de créer une structure multi-sports, à savoir handball masculin, féminin, hockey sur glace et football masculin. Les quatre clubs sont basés dans leurs villes respectives dans le sud du Danemark, mais sont réunis sous une bannière unique, à savoir celle de Sønderjyske. Ils sont gérés par la même équipe dirigeante et bénéficient de politiques sportives équivalentes.

 

C : Au vu de ton expérience, est-ce que tu pointes des différences structurelles ou de fonctionnement notoires entre le monde du sport professionnel, à fortiori le football, en France et au Danemark ?

Y : La plus grande différence est sans aucun doute d'ordre économique. À titre d'exemple, pour ce qui concerne nos infrastructures, on loue les terrains de la commune, donc rien n'est à nous. En France, les clubs pros sont très majoritairement propriétaires de leurs infrastructures. Donc on est dépendant d'une municipalité qui travaille au rythme d'une municipalité, alors que nous, en tant que club professionnel, on travaille tous les jours ouvrés, fériés et week-ends avec des échéances permanentes. Donc pour collaborer, c'est pas toujours évident et il faut arriver à combiner deux temporalités professionnelles assez différentes. Ensuite, au niveau de la ferveur des supporters, c'est encore un club assez récent, qui a une quinzaine d'années. Les fans se construisent progressivement, et viennent de partout. Quand je suis arrivé, il y avait juste deux tribunes dans le stade. Aujourd'hui nous évoluons dans un stade fermé à quatre tribunes depuis un an. C'est un stade de dix.mille places qui est plutôt bien rempli, à l'échelle danoise. Et le nombre de nos fans a tendance à s'élargir.dans la mesure où, lorsque les jeunes qui ont grandi ici partent étudier dans une grande ville du Danemark, ils restent fans de leur club de cœur. Quand on va jouer à Copenhague, on a presque davantage de fans que lorsque on joue à domicile. Ensuite, on reste un petit club, tranquille, sans pression. On a dix fans qui viennent assister à l'entraînement et sont contents quand les joueurs s'approchent d'eux... C'est pas le camps des loges du PSG ou la Commanderie de l'Olympique de Marseille. On a un repos, une confiance pour travailler. On est les seuls à se mettre la pression et à ambitionner de bons résultats. Depuis que je suis au club, on a réussi à faire un podium dans le championnat, on a remporté la coupe du Danemark l'an dernier, donc on sent bien qu'il y a de plus en plus d'attente autour de nous. Les fans commencent à parler de plus en plus de coupe d'Europe. L'engouement commence à monter. Mais sur ce point, il y a encore un immense fossé avec la France.

 

C : Quid justement de l'engouement, de la passion, de la culture de la compétition : C'est très différent de ce que l'on observe en France, non ?

Y : Je dirais que les jeunes danois grandissent dans un pays où l'équité est la valeur de base. Tout le monde a les mêmes chances. Tout le monde peut réussir, dans la définition que chacun se fait individuellement de la réussite, aussi bien sur le plan professionnel que familial. Chacun dispose des mêmes chances et des mêmes outils pour bâtir son existence et son avenir avec cette dimension de responsabilité individuelle. En France, on observe souvent qu'un grand nombre de sportifs de très haut niveau ont eu des parcours familiaux, personnels, économiques ou éducatifs compliqués. Au Danemark, ça n'existe pas. Ici, un grand nombre de jeunes rêvent de devenir footballers, comme partout dans le monde, mais beaucoup ne se rendent pas compte de ce que cela implique en termes d'entraînements quotidiens, de style de vie, de sacrifices, par rapport aux amis, à la famille. Les parents qui doivent aussi aider du point de vue logistique, pour conduire leurs enfants aux entraînements, accompagner aux compétitions. Donc du coup, cette grande force et ce bienfait incontestable du point de vue social que constitue l´équité au Danemark n'est pas utilisable dans le sport de haut niveau, qui est élitiste et sélectif par essence. C'est un paramètre qui n'existe pas dans ce domaine. Il faut juste écraser la concurrence et être le meilleur. En ceci réside la différence fondamentale entre le Danemark et la France de ce point de vue. Cela constitue une véritable difficulté ou une limite pour les jeunes danois qui peinent à atteindre le très haut niveau en sport.

 

C : Est-ce que finalement, on pourrait émettre l'hypothèse que la compétition et la concurrence acharnée sont un peu incompatibles avec les fondamentaux de la culture danoise ? Comment t'en accommodes-tu ?              

Y : Très clairement, les exigences et les lois du sport de haut niveau sont en complet désaccord avec la culture danoise qui par essence est très égalitaire, inclusive, douce. Et c'est assez paradoxal parce que j'adore ce pays à titre personnel, pour ma famille, dans la vie privée, mais en même temps du point de vue professionnel, en tout cas dans mon métier, ça rend parfois les choses plus compliquées. Toutefois, en tant qu'étranger, en venant d'un milieu différent, et d'une culture plus élitiste comme celle de la France, on peut aussi faire une différence. La rigueur que mon pays m'a inculqué peut s'avérer très intéressante ici dans mon travail. Le plus important, c'est de comprendre le milieu dans lequel on évolue, de s'y adapter, et de s'y fondre. Il faut accepter de rentrer dans ce moule culturel danois. Et quand je parle avec des étranger, je constate que soit, ils adorent, soit ils détestent le Danemark. Je crois pas qu'il y ait des gens qui restent neutres. Alors, à titre personnel, je prends beaucoup de plaisir dans mon métier et je crois m'être bien adapté. En même temps, j'adhère pleinement à un grand nombre de valeur danoises. Pour moi, je crois que c'est une force d'avoir compris le Danemark et d'avoir ma base, mon assise culturelle, en tant que Français. J'essaie de jouer avec ces deux atouts, ces deux cordes que j'ai à mon arc, pour savoir à quel moment tirer sur la corde danoise, à quel moment solliciter la corde française. J'essaie de jongler entre ces deux éléments pour fonctionner. Mais j'adhère globalement à tout ce que le Danemark propose, du point de vue sportif, mais aussi social, culturel... Oui, au modèle de société danois en fait.

 

 

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Clément Renisio

Parisien d'origine, je vis à Copenhague depuis dix ans. En couple avec une architecte franco-danoise, j'ai travaillé dans différents secteurs, parmi lesquels ceux du luxe, du marketing digital et du tourisme. Je suis père de deux enfants.
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