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CLÉMENTINE LEROUX - Une chercheuse française au Max-Planck-Institut

Écrit par Lepetitjournal Cologne
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 septembre 2017

 

Clémentine Leroux est une chercheuse originaire de la région parisienne. Elle a été sélectionnée pour les Trophées des Français à l'étranger du Petitjournal.com, dans la catégorie Prix du Public. Lepetitjournal.com Cologne est allé à sa rencontre sur son lieu de travail : au prestigieux Max-Planck-Institut. Votez pour elle jusqu'au 5 février !

Lepetitjournal.com Cologne : Bonjour, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? 

Clémentine Leroux : Je m'appelle Clémentine Leroux, j'ai 29 ans et je suis à Cologne depuis 2 ans. Je suis actuellement chercheuse en post-doctorat au Max-Planck-Institut en collaboration avec l'INRA-CNRS de Toulouse. C'est une unité du Max Planck Institut spécialisée dans la recherche en biologie végétale. Quatre unités axées sur les interactions, les plantes, la génétique, le développement et un peu l'écologie aussi. Elle regroupe de nombreux chercheurs du monde entier. Le Max Planck est un organisme privé, il existe plus de 80 centres sur l'Allemagne avec tous les domaines de recherche qui sont couverts, de la psychologie, la neurologie, la recherche animale, le sport, etc. C'est l'équivalent du CNRS en France, qui lui, est public.

Max Planck Institut - Benjamin Hardy
Comment aviez-vous eu vent du Max-Planck-Institut ?

C'est une des plus grandes unités de recherche internationale. Au niveau européen, c'est l'un des plus prestigieux, mais au niveau mondial aussi, ils publient dans de très grands journaux. Au niveau matériel, on est très bien lotis, les financements suivent. Quand on veut quelque chose, en terme d'équipement, on l'obtient assez facilement. Ils chercheront toujours à nous faciliter la tâche. Déjà si vous êtes recrutés, c'est qu'ils vous considèrent comme un très bon scientifique. Ils vous fournissent alors le matériel nécessaire pour conduire à bien vos recherches, puisque c'est aussi dans leur intérêt. Quand on publie, c'est leur renommée qui est en jeu. 

Quelle est la différence avec le travail de chercheur en France ?

Une abondance de matériel et de financement. Mais cela peut aussi être perturbant. Quand je travaillais à Toulouse par exemple, on avait peu de matériel, mais on pouvait faire beaucoup. Ici, je trouve qu'il y a beaucoup de gaspillage par exemple, et tous ne font pas attention.

Sur quoi portent vos recherches ?

Durant ma thèse, j'ai travaillé dans le domaine de l'épigénétique, tout ce qui est régulation de l'expression des génomes, qui sont dus à des modifications de l'ADN, de sa forme, sans que cela touche à sa séquence directe. (Modification post-traductionnel de l'ADN). Sur : comment ces modifications pouvaient réguler le développement floral de la plante ? J'ai découvert qu'il était plus impliqué dans l'immunité. De fil en aiguille, je suis arrivée dans le domaine de l'immunité de la plante. J'ai voulu me spécialiser, et c'est sur quoi porte ma candidature au CNRS à présent. J'aimerais relier ces deux domaines : l'épigénétique et l'immunité des plantes ensemble, ce qui est encore peu présent dans la recherche.

Clémentine Le Roux - Benjamin Hardy
Concrètement qu'est-ce que cela peut apporter dans la vie de tous les jours ?

 J'étudie une bactérie extrêmement dévastatrice dans les cultures subtropicales, mais aussi en Europe dans des plantes comme la pomme de terre, l'aubergine, la banane, le tabac, etc. et cela crée un pourrissement qui mène la plante à sa mort. L'idée est de bien comprendre comment la plante perçoit cette bactérie, et quelles réactions elle met en place pour se défendre. Ainsi on pourra agir face à ce problème, sans utiliser des OGM, mais plutôt des croisements entre des variétés qui seront plus résistantes.

Si un organisme comme Bayer ou Monsanto vous approche ?

Je suis totalement contre. Financièrement, c'est plus intéressant, mais moi j'ai décidé de dévouer ma carrière au public. Si à l'heure actuelle, je candidate pour rejoindre un poste au CNRS plutôt qu'un grand groupe dans le privé, c'est bien que je ne fais pas ça pour l'argent, c'est vraiment une passion.

Pourquoi le CNRS ?

À la base, j'ai eu une formation INRA. J'ai eu un coup de foudre à l'INRA de Toulouse quand j'y suis allée pour mon post-doctorat. Il s'avère que l'équipe que je compte rejoindre est au CNRS, donc l'avantage c'est de créer son propre profil (projet, auquel ils attribuent un poste au projet le plus intéressant) alors que l'INRA recrute sur profil (les projets sont déjà décrits et ils recrutent sur cette base). Ça me correspond plus, je pourrais vraiment faire ce que j'ai envie de faire.

(La différence : CNRS = toutes les disciplines de recherches scientifiques, INRA = agronomie, alimentaire, animaux, végétaux. Ndlr)

Pourquoi avoir participé aux Trophées des Français à l'Étranger du Petitjournal.com ?

Je me suis dis que l'année 2015 avait été un beau parcours, en ayant eu de belles publications. J'ai aussi pensé que c'était bien de représenter le métier. J'ai toujours cherché à valoriser la science, encourager les jeunes à s'y tourner, et notamment au niveau du rapport homme/femme. Ici, il y a peu de femmes. C'est pour moi un moyen de continuer ces buts.

Avez-vous tenté d'autres bourses, concours ?

Oui, j'ai obtenu la bourse Marie Curie (financement de 24 mois pour les recherches, matériels, voyages à l'étranger pour conférences ndlr). Je l'ai appris il y a deux semaines. Avant, j'ai candidaté à d'autres bourses, sans succès, mais grâce à mes publications, cela a joué en ma faveur. Mon CV est assez bon, donc cela permet plus de possibilités. Sinon, j'ai passé la première phase d'admissibilité pour le CNRS pour la première fois, je passe les oraux à la fin du mois.

Appréciez-vous l'Allemagne, Cologne ?

Clémentine Le Roux - Benjamin Hardy

Oui beaucoup ! Cela surprend certains de mes amis quand je leur dis que je préfère Cologne à Paris. C'est très apaisant, très calme, il y a moins de soucis. La seule chose qui me manque, c'est la famille. Je ne me verrais pas vivre ici plus de trois ans. Mais changer de pays oui.

Les États-Unis, l'Allemagne, que pensez-vous de cet attrait des chercheurs vers l'étranger, qu'est-ce que la France a raté ?

La différence, c'est qu'en France une loi empêchait d'enchainer plus de 3 ou 5 ans de CDD dans la fonction publique. Ce qui mettait beaucoup de gens dans des situations précaires, notamment ceux qui ne peuvent pas partir à cause de leurs familles, de leurs enfants déjà installés en France. Sinon oui, on a tendance à partir car financièrement, au niveau des équipements et de la liberté des expériences, c'est beaucoup plus attrayant. Et au niveau de l'emploi surtout, en France il n'y a quasiment aucun poste en CDD.

Comment vous sentez-vous par rapport à ça ?

J'ai la chance d'avoir un labo qui m'attend les bras ouverts, je n'ai pas le problème de me dire "comment je vais faire pour rentrer ?", mais ce n'est pas le cas de tout le monde.

Si vous aviez un message à adresser à la France par rapport à cela ?

C'est l'État qui gère les fonds. Plus il nous enlèvera des fonds, autant pour les étudiants que les chercheurs, universités comme centres de recherches, moins nous pourrons être compétitifs. Et au final, si nous ne le sommes pas, on nous financera moins. Et si on nous finance moins, nous serons moins compétitifs. C'est un cercle vicieux. Il faudrait établir des fonds corrects pour la recherche publique. Et équilibrer les budgets entre les différents centres de recherche. Ne pas allouer tout aux centres de recherche contre le cancer par exemple, et rien pour les autres. C'est dommage qu'il y ait une telle inégalité entre les centres.

Propos recueillis par Benjamin Hardy (www.lepetitjournal.com/cologne) Jeudi 4 février 2016

Soutenez Clémentine ... Vous pouvez voter ici jusqu'au vendredi 5 février !!!

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Publié le 4 février 2016, mis à jour le 8 septembre 2017
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