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STOLLWERCK - La fin d'une longue tradition chocolatière colonaise

Par Lepetitjournal Cologne | Publié le 13/01/2015 à 00:00 | Mis à jour le 12/01/2015 à 17:45

 

Le départ définitif de l'entreprise dans les mois à venir marque la fin d'une tradition longue de 175 ans fortement ancrée à la ville de Cologne. La ville perd ainsi une de ses plus anciennes entreprises.

Une usine Stollwerck

A la mi-décembre, l'annonce de Jan Zuther, le porte-parole de Stollwerck, a crée la surprise. Il a acté le départ définitif de l'entreprise colonise pour Norderstedt, à quelques kilomètres au nord d'Hambourg, et ce ?dans les 3 mois à venir?. La production de l'entreprise y a déjà été transférée depuis 2005, et seuls l'administration et le département R&D avaient encore leurs locaux à Cologne.

C'est un coup dur pour la ville de Cologne qui perd ainsi un de ses plus beaux joyaux industriels. Petit retour sur l'histoire d'une entreprise au destin exceptionnel.

Premières années, premiers succès (1839-1876)

Fondée en 1839 par Franz Stollwerck, un boulanger originaire de Cologne, Stollwerck était alors une boulangerie située sur l'actuelle Cäcilienstraße (à Sudstädt). En 1843, Stollwerck commence la production de pastille pour la gorge, qui marque son premier succès notable. Le succès est tel que la boulangerie dispose à peine deux ans plus tard de 44 points de vente dans tout le pays. Ces années sont aussi marquées par des déboires judiciaires, les pharmaciens s'estimant concurrencés par la vente d'un produit médical par une boulangerie. Stollwerck obtient gain de cause et la ville de Cologne lui accorde le droit de vente de ses bonbons. En 1847, Stollwerck devient le fournisseur officiel du roi de Prusse.

En 1860, Stollwerck devient une chocolaterie, et vend également du massepain et du pain d'épices. Les années suivantes sont marquées par une profonde mutation de l'entreprise qui prend de plus en plus d'importance : Achat de deux usines à la Hohestraße en 1866, construction d'une usine de transformation de sucre à la Corneliusstraße en 1870, etc. L'entreprise dispose de très nombreuses installations dans le quartier de Südstadt et au centre historique, et dispose également depuis 1856 d'une salle de bal de 2 400 places, la ?Königshalle?.

Un automate

Internationalisation et reconnaissance internationale (1876-1914)

L'année 1876 est marquée par le décès du fondateur. Ses cinq fils prennent alors la direction de l'entreprise à tour de rôle et à des responsabilités différentes. L'un d'entre eux se distingue, Ludwig Stollwerck, le 4e fils. Il a l'idée de mettre au point un distributeur automatique de chocolat, ce qui devient le premier brevet allemand en la matière en 1887. Le succès de l'automate est sensationnel et l'on compte plus de 15.000 automates en 1893.
Cela permet à Ludwig de se consacrer pleinement à l'installation de l'entreprise aux Etats-Unis l'année suivante.

Après cela, l'entreprise assure son assise sur le marché allemand et américain tout en coordonnant l'implantation dans de nombreux autres pays. En 1900, les produits Stollwerck sont présents en Autriche-Hongrie, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, et aux Etats-Unis, et l'entreprise a gagné de nombreux prix internationaux.

Une entreprise rattrapée par l'Histoire (1914-1945)

Lors de la première guerre mondiale, la production de l'entreprise est très sévèrement réduite en raison des pénuries de cacao. Les déficits sont tellement importants que l'entreprise doit se débarrasser de 70% de son patrimoine immobilier et renoncer à la production dans de nombreux pays.
L'entrée en bourse en 1923 marque le début de la période la plus sombre du chocolatier. En effet, en 1929, c'est la plus grande banque de crédit d'Allemagne, la Disconto, qui détient la majorité des parts de l'entreprise. En raison de la crise économique, celle-ci se fait acheter par la Deutsche Bank, entrainant Stollwerck avec elle.

Cette acquisition se révèle être catastrophique pour l'entreprise, à laquelle on demande d'abandonner sa politique d'entreprise familiale, de changer sa gamme de produits et de viser à être toujours plus rentable. En 1931, la famille Stollwerck est contrainte de céder davantage de parts de l'entreprise, et ses membres quittent les fonctions de décision. Stollwerck n'est alors plus une entreprise familiale.

C'est à ce moment-là que Karl Kimmisch, le directeur financier de la Deutsche Bank, et accessoirement futur beau-frère de Goebbels, prend les pleins contrôles de l'entreprise tout en restant au conseil de surveillance de la Deutsche Bank. Kimmisch souhaite faire de Stollwerck une entreprise nationale-socialiste modèle et accentue encore les contraintes imposées à l'entreprise.

La phase de transition (1945-1972)

Les années suivantes, l'entreprise se relève doucement des dégâts moraux et matériels causés par la guerre (le bombardement de Cologne par les alliés a privé l'entreprise de ses infrastructures historiques à Cologne). C'est Richard Stollwerck, le petit-fils du fondateur, qui reprend le flambeau.
Au début des années 70, Stollwerck est un acteur majeur de l'industrie chocolatière et rachète d'autres entreprises comme Sarotti ou Sprengel. Cependant, des difficultés financières obligent Richard Stollwerck à céder la direction de l'entreprise en 1972 à l'actionnaire principal, un chocolatier colonais du nom d'Hans Imhoff.

Hans Imhoff

L'ère Imhoff, le nouvel âge d'or de Stollwerck (1972-2002)

Le nouveau propriétaire rénove profondément l'entreprise tout en conservant le côté familial de Stollwerck. Des investissements importants sont réalisés dans les infrastructures, l'ancienne usine au Severinviertel est vendue à la ville de Cologne, et l'entreprise déménage à Porz-Westhoven.
C'est en 1993 que le Musée du chocolat de Cologne voit le jour à l'initiative de Stollwerck, une vitrine parfaite pour les produits de l'entreprise. En 1995, le succès de Stollwerck est tel, que l'entreprise est leader sur les marchés hongrois, polonais et russe.

L'après-Imhoff (2002-2014)

En 2002, Hans Imhoff n'a pas d'héritier et cède Stollwerck au groupe suisse Carry Callebaut, qui la revendra neuf ans plus tard au groupe belge Baronie, l'actuel propriétaire.

Loic Henry (www.lepetitjournal.com/cologne) Mardi 13 janvier 2015



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