

Plusieurs années se sont écoulées depuis la loi de 2005 sur le développement des structures d'accueil pour jeunes enfants, prévoyant la création de quelques 500.000 nouvelles places de crèche en Allemagne. Entre choc des mentalités et quasi inexistence des structures d'accueil, il était il y a peu encore difficile pour une femme de concilier vie familiale et vie professionnelle. Qu'en est-il aujourd'hui ? Petite enquête à Düsseldorf
L'Allemagne tente depuis plusieurs années de donner à sa politique familiale une nouvelle dynamique, sur la base de deux constats : une baisse considérable de la natalité et un taux de travail des femmes qui reste relativement bas au regard de la moyenne européenne. Corrélation entre ces deux phénomènes : le manque de structures de prise en charge des jeunes enfants (entre 0 et 3 ans). Si les femmes n'ont pas la possibilité de confier leurs enfants à des structures de garde, elles ne peuvent pas travailler. Ainsi se sont développées deux « catégories » de femmes allemandes : les femmes-mères ne travaillant pas ou peu; et celles ayant fait le choix de la carrière plutôt que de la maternité. Pour pallier à cela, la ministre de la Famille de l'époque, Ursula von der Leyen, proposait de porter en 2013 à 750.000 le nombre de crèches, permettant d'accueillir environ 30% des enfants de moins de 3 ans. 500.000 nouvelles places à créer donc, financées par l'état fédéral, les Länders, les communes?
L'offre de structures d'accueil augmente
Les dernières statistiques placent le Land de Rhénanie du Nord Westphalie bon dernier dans la course aux créations de nouvelles structures d'accueil. Actuellement 14% des enfants entre 0 et 3 ans y sont susceptibles de trouver un place. Loin des 30% annoncés d'ici à 2013... Cependant, une nette amélioration est à noter depuis la mise en place de cette politique en 2005. Le gouvernement régional vient de plus d'annoncer qu'il comptait investir davantage dans la création de places de crèche ou la formation d'assistant(e)s maternelles.
Düsseldorf fait partie des villes où l'offre de crèches s'est largement accrue ces dernières années. Il en existe de toutes sortes : des publiques, des privées (surtout catholiques, protestantes), des « Elterninitiatives » (groupement de parents à gestion communautaire), celles financées par les entreprises, etc.
C'est aussi le constat d'Ellen, jeune maman franco-allemande de deux petites filles, âgées respectivement de 3 ans et 9 mois. « L'offre augmente, et les parents ont de plus en plus la possibilité de confier leurs enfants en bas âge la journée. » Cependant, pour elle, les mentalités restent un peu à la traîne.
En Allemagne en effet, les principes traditionnels d'éducation sont basés sur l'idée que le jeune enfant doit se développer auprès de sa mère dans le cadre de sa famille avant d'être confié à des structures éducatives. « Une mère confiant son enfant de moins d'un an à une crèche, ce n'est pas banal », confie-t-elle. Les structures qui accueillent les « tout-petits » sont encore assez rares, même si la situation tend à évoluer. Ellen explique que les femmes qu'elle rencontre ont souvent du mal à comprendre qu'en France, il soit commun de confier son enfant de 3 mois à une tierce personne ou à une structure adaptée. La peur d'affecter le lien mère-enfant est une raison invoquée. Manon, la petite dernière d'Ellen, entrée à la crèche à l'âge de 8 mois, est la plus jeune de sa crèche, ce qui en France serait plutôt considérée comme une entrée « tardive ».
Pour Ellen, le fait que le nombre de structures d'accueil ait augmenté permet évidemment à plus de femmes de travailler, mais cela reste encore considéré comme une « nécessité » et non un désir. Si un couple confie ses enfants en bas-âge, c'est que financièrement ils doivent travailler tous les deux pour faire vivre leur famille. Ainsi se créer une sorte de catégorisation sociale, plutôt négative.
Alors, si la nouvelle politique familiale volontaire décidée par le gouvernement porte doucement ses fruits en termes d'infrastructures, reste que les mentalités mettront encore du temps à évoluer. Sans doute cette génération des « enfants des crèches » sera-t-elle la meilleure représentante de cette « nouvelle ère ».
Julie Corouge (www.lepetitjournal.com/cologne) Jeudi 18 novembre 2010










