

Vendredi, la première puissance économique de l'Europe rencontrait, en quart de finale de l'Euro 2012, une Grèce au bord de la faillite. Débiteur contre créancier. Il n'en fallait pas plus pour que des deux côtés la presse se déchaîne donnant à ce match des allures de combat politique
L'enjeu de la rencontre Grèce-Allemagne était loin d'être uniquement sportif. Si pour la presse allemande, la victoire signifiait une preuve éclatante de la suprématie économique et politique de Berlin, du côté grec, remporter ce match aurait été l'occasion inespérée de prendre sa revanche sur le pays de Madame Merkel.
Avant le match?
Quelques heures avant la rencontre sportive, la plupart des journaux allemands titraient sur une équipe allemande sûre de gagner. Ainsi, le quotidien populaire Bild n'hésitait pas à railler ouvertement l'Etat en faillite, titrant en une : "Bye bye, les Grecs ! Aujourd'hui, on ne pourra pas vous sauver !".
Pour le Tagesspiegel, pas de doute : "ça devient politique !". L'Euro 2012 n'a plus rien à voir avec la joyeuse manifestation sportive censée rassembler sous la bannière innocente du sport l'ensemble des pays membres. "Pour beaucoup de Grecs, le match ne va pas se jouer contre l'Allemagne de Joachim Löw mais contre celle d'Angela Merkel", écrivait le quotidien peu de temps avant le début du match.
Quand la politique s'invite dans les gradins?
Selon la Frankfurter Rundschau, la rencontre n'a fait qu'exacerber les sentiments nationaux des deux pays. Plus que sportif, il s'agissait avant tout d'un enjeu économique et politique sur fond de crise de l'euro. "Ce qui est en jeu dans ces quarts de finale, c'est de savoir qui a droit à sa place au sein de la zone Euro".
La Süddeutsche Zeitung n'a, quant à elle, pas manqué de souligner que la présence de la chancelière allemande dans les tribunes du stade de Gdansk constituait un symbole fort. Comme les autres dirigeants d'Europe occidentale, Angela Merkel a boycotté les matches du premier tour pour protester contre le maintien en détention de l'ex-Premier ministre ukrainienne, Ioulia Timochenko. "Il est possible qu'Angela Merkel ait souhaité signifié par son déplacement son désir de cohésion avec la Grèce.", déclarait le quotidien.
De son côté, la presse grecque était loin de prêter les mêmes bonnes intentions à la chancelière. "Elle n'a pas pu résister", écrivait le quotidien Ta Nea. "Il fallait que la chancelière s'en mêle. Non seulement elle a annoncé sa présence lors du match, mais elle a aussi invité le nouveau Premier ministre Samaras à venir la rejoindre à Gdansk !", s'emportait le journal de centre gauche.
Et après le match?
Vendredi, le miracle d'une Grèce victorieuse face à la surpuissante Mannschaft allemande, donnée largement favorite, n'a pas eu lieu. Les Grecs se sont inclinés 4 buts à 2 contre l'équipe de Joachim Löw déjà victorieuse contre le Portugal, les Pays-Bas et le Danemark.
Une victoire largement saluée par la presse allemande. "Plus rien ne nous arrêtera !", clamait le quotidien Bild au lendemain du match en ajoutant que "la victoire contre les Grecs était comme une deuxième chute du Mur". Le Tagesspiegel, quant à lui, n'a pas hésité à titrer "L'Allemagne sort la Grèce de l'Euro". Un titre pour le moins ambigu qui donne, une fois encore, une large place au sous-entendu politique. Selon la Frankfurter Rundschau, il s'agit ni plus ni moins d'une "victoire de l'ère moderne sur l'ère antique".
Seule la Tageszeitung se montre plus réservée déplorant l'exacerbation du sentiment national allemand et comparant la défaite grecque à "une issue dramatique de la crise de l'Euro".
Laurie Tierce (www.lepetitjournal.com/cologne) Jeudi 28 juin 2012
SOURCES
BILD : http://www.bild.de/sport/fussball-em-2012-polen-ukraine/joachim-loew/bricht-den-griechen-beton-halbfinale-wir-kommen-24782720.bild.html
Die Tageszeitung : http://www.taz.de/Nazis-bei-der-EM/!96011/
Die Süddeutsche Zeitung: http://www.sueddeutsche.de/sport/deutschland-gegen-griechenland-ein-doppelt-verzwicktes-viertelfinale-1.1389944
Die Frankfurter Rundschau: http://www.fr-online.de/em-2012-nationalmannschaft/deutschland---griechenland-moderne-besiegt-antike,16091426,16455944.html








