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GUILLAUME DUVAL- "Le rétablissement de l’Allemagne s’est fait malgré Schröder et non grâce à lui"

Écrit par Lepetitjournal Cologne
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 26 mai 2013

Guillaume Duval, rédacteur en chef du magazine Alternatives Economiques, conteste dans son dernier livre, "Made in Germany. Le Modèle allemand au delà des mythes", l'efficacité des réformes Schröder. Pour lui, le succès de l'Allemagne se trouve ailleurs. Il a accepté d'expliquer ses propos au petitjournal.com/Berlin.

A la fin des années 1990, l'Allemagne faisait figure d'homme malade de l'Europe. Aujourd'hui, le pays affiche des performances qu'envient bien des pays de la zone euro. Croissance positive, bien que faible, taux de chômage inférieur à 6%, balance commerciale excédentaire de 157 milliards d'euros? Comment expliquer cette réussite ? Pour la plupart des commentateurs, la remontée spectaculaire de l'économie allemande est à mettre au crédit des réformes Hartz, mises en place sous la présidence de Schröder (SPD) entre 2003 et 2005. En libéralisant le marché du travail et en allégeant la fiscalité sur les entreprises, elles auraient permis au pays de réduire à la fois ses déficits et son taux de chômage.

"Schröder n'a pas assaini les comptes de l'Etat"

Dans son dernier livre, Made in Germany ? Le modèle allemand au-delà des mythes, Guillaume Duval, rédacteur en chef du magazine Alternatives Economiques, remet en cause cette version. Pour lui, le rétablissement de l'Allemagne ne s'est pas fait grâce à, mais plutôt malgré Schröder.
"D'abord, Schröder n'a pas assaini les comptes de l'Etat. Au contraire : sous sa présidence, la dette s'est accrue de 390 milliards d'euros. Le tout pour une succession de cadeaux faits aux plus riches et aux entreprises. Dans le même temps, le chancelier a exercé une forte pression sur l'investissement public, de sorte que l'Allemagne est aujourd'hui le seul pays de l'OCDE en situation de désinvestissement public depuis les années 2 000. L'investissement ne compense pas le vieillissement des structures. C'est aussi pour ça que le pays manque de crèches et de structures permettant aux femmes de concilier enfants et travail, d'où la faible natalité. Enfin, la pauvreté et les inégalités ont fortement augmenté, nuisant à la cohésion sociale".

"La flexibilisation du marché du travail n'a pas été utilisée"
Pour Guillaume Duval, les causes du rebondissement économique de l'Allemagne se trouvent ailleurs. Il dénombre ainsi trois facteurs ayant permis au pays de redécoller avant la crise et après le départ de Schröder.
"Les Allemands ont d'abord bénéficié de leur déclin démographique. L'Allemagne a perdu 500.000 habitants depuis 2000. A court terme, cela signifie bon nombre de dépenses privées et publiques en moins. Du coup, les prix de l'immobilier sont aussi restés stables, ce qui a permis aux ménages de supporter l'austérité.
Ensuite, les pays émergents ont acheté massivement des machines de qualité, spécialisation dans laquelle l'Allemagne excelle.
Enfin, après la chute du mur, l'Allemagne a pu se fournir en matières premières auprès des pays d'Europe de l'Est, qu'elle achetait autrefois en France à des coûts plus élevés".
L'économiste donne également trois causes qui ont permis au pays de mieux résister à la crise. Etrangères aux réformes Schröder, elles aussi.
"D'abord, la flexibilité du marché du travail à l'anglo-saxonne mise en place par Schröder n'a pas du tout été utilisée. Au contraire, les entreprises ont gardé leurs salariés, en ayant recours à la flexibilité interne : temps et chômage partiel, modérations salariales? Heureusement, car l'Allemagne a ainsi conservé sa demande intérieure, et quand la demande extérieure est repartie, les entreprises n'ont pas eu à embaucher et à former de nouveaux salariés.
L'Allemagne a aussi bénéficié, depuis 2009, de taux d'intérêt exceptionnellement bas, négatifs une fois l'inflation prise en compte. Une aubaine pour les ménages et les entreprises.
Finalement, la baisse de l'euro par rapport au dollar a accru la compétitivité de l'économie allemande hors de la zone euro. Les exportations ont bondi".
Il est donc inutile, et même suicidaire, selon Guillaume Duval, de se lancer dans l'austérité tous azimuts. La preuve : les pays européens, qui ont mis en place de telles politiques, s'enfoncent toujours plus dans la crise, sans même parvenir à réduire leurs déficits?

Guillaume Renouard (www.lepetitjournal.com/Berlin) jeudi 23 mai 2013

Savoir plus :
http://www.alternatives-economiques.fr/made-in-germany_fr_pub_1189_liv.html

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Publié le 27 mai 2013, mis à jour le 26 mai 2013
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