

Que vous soyez étudiant fauché, écolo convaincu, que vous souhaitiez rencontrer de nouvelles personnes ou tout simplement faire des économies, et si vous vous laissiez tenter par le Food-sharing ? Si le covoiturage, le coworking, l'office sharing , le couchsurfing, l'échange d'appartement et le troc de vêtements sont désormais entrés dans les m?urs et font partie de notre quotidien , l'économie collaborative, en anglais sharing economy ou collaborative consumption s'est étoffée depuis quelques années d'une pratique qui séduit de plus en plus : le don alimentaire ou Food sharing.
Les initiatives se multiplient ces dernières années en Allemagne et notamment dans la ville de Cologne qui fait figure de bon élève en la matière. En 2011, le réalisateur Valentin Thurn originaire de la ville réalise l'excellent documentaire Taste the Waste dans lequel il dénonce les 90 millions de tonnes de nourriture propres à la consommation qui seraient selon un rapport de la Commission Européenne gaspillées chaque année au sein de l'Union, dont la moitié de fruits et de légumes, soit près de 130 milliards d'euros qui finissent chaque année à la poubelle. Un comble quand on sait que plus d'un milliard de personnes dans le monde souffrent de la faim. En Allemagne le gaspillage alimentaire est estimé à environ 80kg par personne sur une année autrement dit 235 euros jetés à la poubelle annuellement. Pour ceux à qui les chiffres ne parleraient pas, les 6,7 millions de tonnes de nourriture gaspillées chaque année en Allemagne permettraient de remplir aisément 3 fois la cathédrale de Cologne. De quoi faire réfléchir.
Le don comme acte militant
Suite à ce constat Valentin Thurn s'associe à d'autres fervents pourfendeurs du gaspillage alimentaire, dont Stefan Kreutzberger , auteur notamment du livre Les exterminateurs de nourriture ("Die Essensvernichter ") en vue de la création d'un site permettant le don d'aliments entre particuliers : https://foodsharing.de/ était né.
Le principe du site est simple. Seule formalité requise, s'inscrire à l'aide d'une adresse mail. Ensuite le Food saver ou encore Food sharer comme on appelle les adeptes du Food sharing, sont invités à proposer ou rechercher des paniers alimentaires dans un périmètre choisi puis à entrer en contact avec la personne le mettant à disposition.
Pour Kerstin, professeur d'anglais à Cologne conquise par le principe, le Food sharing est à la fois un geste militant et un moyen de rencontrer des gens et pourquoi pas de nouer des amitiés avec des personnes désireuses comme elle de s'engager pour des causes sociales et environnementales et qui souhaitent contribuer au vivre mieux en société. Selon elle il s'agit d'une "solution rapide, facile à mettre en ?uvre, gratuite, sensée, inclusive et responsabilisante pour le consommateur pour lutter contre le fléau du gaspillage alimentaire".
Le Food sharing revêt donc également une dimension sociale en plus des aspects économiques et nutritifs de la démarche. Ainsi il n'est pas rare d'être invité à des ateliers cuisine ou des diners organisés par d'autres food savers avec pour thème par exemple des astuces pour cuisiner ses restes. La jeune femme déplore cependant que le concept ne soit pas plus largement répandu. La faute selon elle à une certaine passivité des consommateurs, jeter prenant moins de temps que de trouver des alternatives.
En effet si elle est depuis longtemps séduite par le concept au point de tenter de l'importer au sein de son immeuble, elle rapporte que l'argument le plus souvent avancé par les sceptiques est l'idée que certains profiteraient de ce système sans jamais y contribuer.
La jeune femme n'est pas de cet avis "Le Food sharing est par essence un acte gratuit qui vise à éviter que des aliments propres à la consommation finissent à la poubelle si personne ne les consomme. Il n'y a pas d'attentes à avoir envers les autres food savers, l'important c'est que ces aliments ne soient pas gaspillés. Enfin? Un sourire lors de l'échange est toujours appréciable", ajoute-t-elle.

Un bref coup d'?il aux statistiques publiées sur le site internet de l'association nous apprend que les Colonais sont particulièrement réceptifs à cette initiative puisque juste après Berlin il s'agit en Allemagne de la ville où le concept fonctionne le mieux. A l'échelle nationale ce n'est pas moins d'1,6 million de tonnes de nourriture qui auraient ainsi été sauvées.
Outre le don entre particuliers, le Food sharing se décline également dans la ville de Cologne sous la forme de Fair teilers, ces drôles de réfrigérateurs ou d'étals libre service disséminés dans la ville dans lesquels les Food savers peuvent déposer les aliments qu'ils souhaitent offrir à la communauté et où chacun peut se servir. Ces Fair teilers peuvent se trouver chez des commerçants ou associations partenaires de l'initiative comme par exemple à Allerweltshaus ou Colabor à Ehrenfeld, au Café chaos de Lindenthal. On les découvre également dans des jardins comme au Gemeinschaftsgarten Neuland à Bayenthal , le campus Garten de Sülz et les Vorgarten de Kalk et Nippes ou chez des particuliers dont les coordonnées sont indiquées sur le site internet de l'initiative. Attention cependant, la viande, le poisson ainsi que les ?ufs cuits ne sont pas acceptés en raison des conditions strictes de conservation auxquelles ces aliments sont soumis. De plus si la plupart des Fair teilers sont accessibles librement 24h/24, 7 jours sur 7, certains sont soumis aux horaires d'ouvertures des lieux dans lesquels ils se trouvent.
Vous trouverez ainsi sur le site Foodsharing.de ainsi que sur la page Facebook du groupe des informations sur les différents Fair teilers de la ville et sur leurs contenus en temps réel. Les Food savers sont en effet invités à informer la communauté via facebook , twitter et le site internet de l'initiative des aliments qui viennent d'y être déposés.
Camille Ippolito (www.lepetitjournal.com/cologne) Lundi 7 septembre 2015
Pour plus d'informations sur le Food sharing, les prochaines rencontres et les initiatives auxquelles vous pouvez participer , rendez-vous sur https://foodsharing.de/, la page facebook http://www.koeln-kann-nachhaltig.de et le site colonais de l'initiative Slow Food Movement.
Pour visionner le travail de Valentin Thurn : http://www.thurnfilm.de/


