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SAPHIA AZZEDDINE – « La réalité est crue, ce n’est pas à moi de l’assaisonner »

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Écrit par Lepetitjournal Cologne
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 4 avril 2018

 

L’écrivain et scénariste franco-marocaine Saphia Azzeddine présentait mardi au festival lit.cologne son premier roman Confidences à Allah (Zorngebete en allemand). Avant la manifestation qui a eu lieu à l’Eglise St Georg, la romancière au style incisif a accepté de nous accorder une interview sans tabou


Lepetitjournal.com : Une église pour présenter votre livre Confidences à Allah… n’est-ce pas étrange ?
Saphia Azzeddine : Je trouve cela absolument fantastique ! J’adore les églises, c’est un lieu qui m’a toujours impressionné. Ca résonne et j’ai l’impression que c’est habité. De plus, j’adore être à la place du prêtre…

Confidences à Allah est votre premier roman publié en 2008. Comment est venue l’idée de ce monologue enragé et plein d’humour d’une jeune bergère du Maghreb qui tente de défier la misère ?
Ce n’était pas un processus mental, j’ai commencé à écrire très frénétiquement sans penser à un éditeur. C’était d’abord un scénario de film. J’ai rencontré dans mon pays, le Maroc, beaucoup de filles malheureuses, de filles mères. L’histoire est partie d’un tee-shirt Dior. Des copines assez aisées donnaient régulièrement des habits pour les pauvres que j’envoyais au Maroc. Six mois après, je suis tombée sur une fille qui portait un tee-shirt avec l’inscription « J’adore Dior » que j’avais envoyé. Tout est parti de là. J’ai voulu raconter l’histoire de cette fille sans en faire une victime.

Fait-il écho à votre histoire personnelle ?
Il y a forcément un peu de moi dans ce qu’elle dit et ce qu’elle pense, mais ce n’est pas du tout mon histoire. J’ai eu une enfance très heureuse, une adolescence et une vie plutôt douces. Si j’avais été la bergère qui se prostitue, j’aurais été la même. Je n’aurais jamais voulu être une victime et j’aurais essayé de me mettre Allah dans la poche plutôt que de l’imaginer en censeur. C’est un livre qui parle de foi et pas de religion, donc tout est permis. Dieu n’appartient à personne et elle décide de s’en faire un ami. J’envisage Dieu plus en lui disant merci que pardon.

Votre livre est un témoignage sur l’oppression des femmes au Maghreb et un réquisitoire contre l’hypocrisie patriarcale. Etait-ce votre intention première ?
Dans les pays musulmans c’est très hypocrite et il y a encore plus à faire au niveau des droits des femmes. Dénoncer l’hypocrisie était une intention. J’aime bien dire les choses et ne pas prendre de détours. Aujourd’hui, vous vous faites violer, au commissariat on vous demande pourquoi vous vous êtes retrouvée seule et si le violeur vous épouse, il ne sera pas emprisonné. C’est un pays que j’aime et je veux que ces choses changent. Le Roi a commencé symboliquement à changer le Code la famille pour les femmes, mais dans les mentalités rien n’a changé.

C’est un roman très cru où le sexe est omniprésent. N’avez-vous pas eu peur de choquer ?
Absolument pas. Par respect pour les femmes qui vivent cela, je ne veux pas arrondir les angles et mettre de la poésie là où il n’y en a pas. Il y a des choses bien plus choquantes. Je voulais dépeindre la réalité et la réalité est crue, ce n’est pas à moi de l’assaisonner.

Comment a-t-il été reçu dans votre pays d’origine, le Maroc ?
Il a été très bien accueilli. Malheureusement les livres coûtent chers et seule une élite y a accès. Dans la presse, il a été également bien accueilli, même par les journaux conservateurs car il n’y a absolument aucun blasphème dans mon livre. Les journaux conservateurs ont plus été choqués par les mots crus et l’image écornée du père.

Votre famille l’a-t-elle lu ? Comment a-t-elle réagi ?
Les vieux sont beaucoup plus modernes que ce que l’on croit et mes parents ont beaucoup aimé le livre. Mon père m’a dit : « il y a beaucoup de gros mots ! ». Je lui ai répondu que des chiens ne font pas des chats… c’est lui aussi quelqu’un de très direct.

Confidences à Allah a fait l’objet d'une adaptation théâtrale. Quel succès a rencontré la pièce ?
C’était fantastique ! La pièce a d’abord été jouée au festival Off d’Avignon en 2008, puis à Paris au Théâtre du Petit Montparnasse et au théâtre de la Gaieté Montparnasse. Je vais probablement le remonter cette année.

Vous avez quatre livres à votre compteur (Confidences à Allah, Mon père est femme de ménage, La Mecque-Phuket et Héros anonymes). Vous avez également réalisé votre premier long-métrage tiré de votre deuxième roman, Mon père est femme de ménage. Allez-vous plus vous investir dans le cinéma ?
Ce que j’aime d’abord, c’est écrire. Je rends d’ailleurs mon 5ème livre à mon éditeur après-demain. Maintenant j’aimerais adapter au cinéma Confidences à Allah. Je sais de quoi j’ai envie pour mon film et je me laisserai moins faire que pour le premier.

Propos recueillis par Magali Hamon (www.lepetitjournal.com/cologne) Vendredi 15 mars 2013
 

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Publié le 15 mars 2013, mis à jour le 4 avril 2018
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