Édition internationale

LIT.COLOGNE – Une soirée littéraire avec Marie N’Diaye

Écrit par Lepetitjournal Cologne
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 19 mars 2014

 

Marie N'Diaye était présente à la Kulturkirche, ce lundi 17 mars, pour le festival international de la littérature lit.cologne. Elle nous a présenté, pour l'occasion, son livre déjà paru en France mais qui sera publié en mai en allemand : Ladivine

La foule se dispute l'entrée à la Kulturkirche afin d'entendre Marie N'Diaye répondre aux questions de Catherine Debrabandère et les lectures de son nouveau livre. L'église est remplie et le public hétéroclite : des personnes âgées et des étudiants, des Français et des Allemands, des femmes et des hommes sont assis sur les bancs d'église.

Les lumières s'abaissent, Marie N'Diaye, Hannelore Elsner, sa traductrice allemande et Catherine Debrabandère, son interlocutrice, apparaissent enfin. À bientôt 47 ans, l'auteur semble encore très jeune, elle paraît également humble, calme et sa voix est claire.

"Le Prix Goncourt... un coup de chance !"

La soirée débute par une présentation de Marie N'Diaye et se poursuit par une interview. Écrivaine française d'origine sénégalaise, Marie N'Diaye a commencé à écrire très tôt. Elle se définit comme une "fille absolument ordinaire". À 17 ans, elle publie son premier roman Quant au riche avenir (Éditions de Minuit, 1985) qui fait d'elle une romancière déjà reconnue. Marie N'Diaye n'a pas fait d'études de lettres, elle confie s'être dit "si tu veux être écrivain, soit écrivain entièrement".
Depuis, elle a reçu de nombreuses récompenses, dont le prix Fémina pour son ?uvre Rosie Carpe (Éditions de Minuit, 2001) ou encore le prix Goncourt en 2009 pour Trois femmes puissantes (Gallimard, 2009) au sujet duquel elle dit : "le prix [Goncourt] n'a rien à voir avec le mérite, c'est un coup de chance, comme à un jeu de hasard. Je n'ai rien mérité". Au total, elle a écrit une vingtaine d'?uvres : romans, nouvelles, pièces de théâtre et livres pour la jeunesse.

En dépit de ses origines sénégalaises elle ne se rend que deux fois en Afrique et avoue avoir "réalisé à quel point [elle était] une étrangère là-bas". Dans son ?uvre, l'Afrique apparaît tard également : "Je n'ai trouvé la manière de m'approcher de ce continent il n'y a que quelques années : l'approcher à la manière d'une étrangère", car c'est ainsi qu'elle se voit au Sénégal : une étrangère. Par ailleurs, elle revendique sa nationalité française avec fierté. Elle n'a pas la double culture "et le regrette car avoir les deux cultures est une grande richesse".
L'entrevue est entrecoupée de lectures de textes extraits de Ladivine. Deux passages sont lus en allemand par Hannelore Elsner et le dernier en français par Marie N'Diaye elle-même. L'auditoire est véritablement pendu à ses lèvres.

En 2007, opposée à la politique de Sarkozy concernant l'expulsion des émigrés, elle part vivre à Berlin avec son mari Jean-Yves Cendré et leurs trois enfants. Elle y avait vécu un an en 1993 mais "l'ambiance y était lourde". Ce retour en Allemagne représente une réconciliation "avec un vieil ami". Pour Marie N'Diaye et sa famille "Berlin est et restera la ville la plus chère à notre c?ur". Elle y vit encore aujourd'hui.

Ladivine, une saga familiale

Ladivine, paru l'an dernier en français chez Gallimard, sortira le 1er mai prochain en Allemagne. Marie N'Diaye emprunte pour la première fois les chemins de la saga familiale évoquée sur quatre générations. Ladivine, mère célibataire de Malinka, porte à sa fille un amour sans limite. Malinka tente de fuir cette tendresse étouffante et déménage dans les environs de Bordeaux où elle change d'identité. Elle y épouse Richard Rivière avec lequel elle aura une fille : Ladivine, baptisée du nom de la mère reniée. L'histoire de chacune des trois femmes, abandonnées par les hommes, s'inscrit sur un fond mystérieux teinté de unheimlich, repris notamment par l'omniprésence mystique d'un chien tout au long du roman. "J'ai le goût des contes et des mythes depuis l'enfance, déclare Marie N'Diaye, mais je ne crois pas à la magie, j'ai un esprit cartésien". Ce roman explore les relations familiales, les rapports parents-enfants mais également le poids des origines. Selon Marie N'Diaye, "la tâche de l'écrivain est de montrer ce qui s'agite sous la surface des choses".

La soirée se clôt sur une dernière lecture de Hannelore Elsner. À en croire le nombre de visiteurs se pressant au stand de vente des livres, la version allemande de Ladivine devrait se vendre comme des petits pains et il n'a pas fallu longtemps avant que Marie N'Diaye ne conquière le c?ur des Allemands et ne s'assure un public Outre-Rhin fidèle.

Mathilde Baraut (www.lepetitjournal.com/cologne) Mercredi 19 mars 2014

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Publié le 19 mars 2014, mis à jour le 19 mars 2014
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