Édition internationale

DANIEL PENNAC - Rencontre avec un géant de la littérature française

Écrit par Lepetitjournal Cologne
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 12 mai 2014

 

A l'occasion d'un séjour en Allemagne pour présenter son prochain roman à paraître en langue allemande, le père de la tribu Malaussène s'est prêté au jeu de l'interview et a répondu avec modestie à quelques questions sur son ?uvre, Journal d'un corps, et sur lui-même

Daniel Pennac à l'Institut français de Cologne mercredi 7 mai (Photo : Institut français de Cologne)

Lepetitjournal.com/cologne : Depuis quand écrivez-vous ? Quand votre vocation s'est-elle déclarée ?

Daniel Pennac : J'écris depuis toujours, j'ai commencé à l'école. Quand j'avais douze ou treize ans j'écrivais les rédactions de mes petits camarades.

Le prix Renaudot a-t-il changé beaucoup de choses pour vous ?

Les prix ne changent rien vous savez, ce sont des institutions, c'est agréable, ça fait vendre un peu plus de livres mais il ne faut ni les désirer ni les refuser, il faut s'en moquer en fait?

Dans quel pays êtes-vous le plus lu (la France exceptée) ? Et en Allemagne ?

Mes romans sont bien vendus en Italie et celui qui s'est le plus vendu en Allemagne est Chagrin d'école je pense mais je n'ai plus les chiffres en tête.

Vous êtes né au Maroc, vous avez traversé divers pays durant votre jeunesse, ces pays vous ont-ils influencé dans vos ?uvres ?

Je suis né au Maroc tout à fait par hasard en réalité. Les voyages m'inspirent peu, ce qui m'inspire le plus dans mes ?uvres c'est mon quartier, c'est Belleville, là où habitent les Malaussène mais surtout où vit la Terre entière en fait.

Comment vous est venue l'idée de Journal d'un corps ? Ce roman est-il en rupture avec vos précédents écrits ?

Il n'y a pas tellement de rupture, j'écris ce que j'ai envie d'écrire au fur et à mesure où cela me traverse la tête. Les Malaussène, les livres pour enfants, Comme un roman ayant pour sujet la lecture, Chagrin d'école sur la peur, Journal d'un corps? Tout cela est très différent en réalité. Je traite des sujets que j'ai envie de traiter au fur et à mesure, mon prochain sujet porte sur la notion de durée par exemple.

Qu'est-ce qu'un journal d'un corps ?

C'est le contraire du journal intime. Le narrateur le léguera d'ailleurs à sa fille et il déteste faire psychologie sur lui-même. C'est le journal des sensations que nous éprouvons dans notre relation avec notre corps, si vous voulez une comparaison littéraire c'est l'équivalent physique du Livre de l'intranquillité de Pessoa qui écrit les sensations éprouvées par l'esprit.

Comment vous êtes-vous préparé à ce livre ?

J'étais avec un ami médecin et je me suis dit que ce bouquin que j'avais envie d'écrire sur le corps devait prendre la forme d'un journal. On a fait une liste des sensations (vent sur la peau, crotte de nez, cheville foulée?) et on a fait une description clinique de chacune. J'avais une énorme liste sans aucun intérêt littéraire. J'ai alors pensé que ce journal devait être un roman. Le roman est un genre parfaitement indéfini tellement il est polymorphe, mais très peu parlent du corps, j'ai donc décidé d'inverser la proportion.

Avez-vous craint la critique face aux sujets un peu « tabous » qui sont abordés dans ce dernier roman ?

Absolument pas !

Vous aimez beaucoup la lecture à voix haute, cela se rapproche-t-il du théâtre pour vous ?

Cela se combine avec le théâtre parce que les lectures à voix haute je les fais au théâtre justement. Je tourne en ce moment beaucoup en France et en Italie avec la lecture de Journal d'un corps. Mais je n'écris que peu de pièces de théâtre car les sujets me viennent sous forme de roman. Si un jour me vient un argument de théâtre j'écris une pièce de théâtre mais c'est très rare.

Quelles ?uvres, qui ne sont pas de vous, pourriez-vous recommander à nos lecteurs ? En déconseilleriez-vous d'autres ?

Je recommanderai Mars de Fritz Zorn. En ce moment je viens de lire un excellent roman français intitulé Réparer les vivants de Maylis de Kerangal aux éditions Verticales et le troisième ce serait un roman italien dont le titre français est D'acier écrit par une jeune femme (Silvia Avallone) et qui est d'une puissance absolument extraordinaire. Je ne déconseille aucune lecture, je ne suis pas critique littéraire et je ne me le permets pas.

Que pensez-vous de l'enquête de l'OCDE (2013) qui donnait la France comme pays le plus faible en littératie ? Que recommandez-vous pour susciter le goût de la lecture chez les jeunes ?

C'est quelque chose qu'on reproche aux jeunes depuis toujours. Quand j'étais professeur j'entendais déjà dire que les jeunes ne lisaient pas. Les adultes ont toujours reproché aux jeunes de lire moins qu'eux, mais ils ne disent pas par rapport à quand ni par rapport à qui. Si c'est par rapport au début du siècle c'est absolument faux et par rapport aux jeunes Américains par exemple c'est encore plus faux. Et il y a la question du temps consacré au net, à la télévision. A chaque fois qu'une technique nouvelle arrive on a peur qu'elle détruise tout ce qui précède mais, en réalité, c'est plus compliqué que ça. Pour ma part j'attends de voir avec curiosité ce qu'il en sera de la lecture, mais malheureusement ça n'arrivera que lorsque je serai mort !

Que feriez-vous aujourd'hui si vous étiez ministre de l'enseignement ?

Si j'étais ministre de l'enseignement, je chercherais systématiquement, parmi les deux millions de professeurs, les pédagogues créatifs. Je ferais une recherche réellement systématique. Je les écouterais, je les regarderais et je verrais ce que je peux en tirer.

Propos recueillis par Mathilde Baraut (www.lepetitjournal.com/cologne) Lundi 12 mai 2014  

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Publié le 11 mai 2014, mis à jour le 12 mai 2014
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