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LEPRE AU MAROC – L'association A.R.T soutient les malades

Par Parler Darija | Publié le 16/07/2013 à 22:00 | Mis à jour le 17/07/2013 à 07:53

 

Elisabeth Desveaux, Française installée au Maroc depuis plus de cinquante ans est l'un des fers de lance de la lutte contre la lèpre dans le pays. Lepetitjournal.com a rencontré cette dame au grand c?ur, fondatrice de l'Association de Réinsertion par la Tapisserie (A.R.T), qui donne encore aujourd'hui une grande partie de son temps, de son énergie et de son attention aux lépreux du Maroc.


La lèpre, une maladie qui fait peur
La lèpre est une maladie dermatologique spectaculaire et infectieuse. Elle est due au bacille de Hansen qui détruit les petits centres nerveux de la peau, provoquant des lésions cutanées, nerveuses et vasculaires pouvant entrainer d'immuables séquelles telles que l'amputation des doigts et des orteils, la paralysie des mains... Selon Elisabeth Desveaux "la lèpre est la maladie de la misère. Elle ne disparaitra qu'avec elle. Elle touche les personnes ayant des prédispositions génétiques, à savoir qu'elle concerne plutôt les personnes venant d'Afrique et d'Asie où il y a peu de contrôles sanitaires, et qui souffrent de malnutrition, de manque d'eau et de problèmes d'hygiène". La lèpre défigure et fait peur, d'autant que dans le Coran, elle serait apparentée à une punition de Dieu. D'où le rejet des malades et leur mise à l'écart.

Une vie à aider les malades
Qui entre chez Elisabeth et Hubert Desveaux est tout de suite attiré par les tapisseries qui décorent les murs de leur maison. De grandes scènes de l'histoire du Maroc, colorées et mises en valeur par un habile jeu de lumières. Et derrière une porte en bois ouvragée, telle une caverne d'Ali Baba, un bureau rempli de patrons, de fils et de dessins.

Pourquoi une femme, qui a l'époque n'avait que 22 ans, a-t-elle pu donner autant d'elle-même pour venir en aide aux malades atteints de la lèpre ? "Ça m'est insoutenable de voir ça !" dit Elisabeth, qui a été profondément touchée par la solitude, le désespoir et la souffrance physique et morale de ces malades.

Elle a tout d'abord commencé par aider un médecin, le docteur René Rollier, au centre d'hébergement pour lépreux d'Aïn Chock. Un jour où il voyait Elisabeth broder, le médecin lui fit remarquer que ces travaux d'aiguilles seraient un excellent exercice de rééducation des doigts pour les lépreux en voie de guérison. Séduite par l'idée, la jeune femme lance cette activité. Nous étions en 1969 et quelques années plus tard, un véritable engouement international se créera autour de ces tapisseries.
 
Le travail de l'A.R.T reconnu
Le travail d'Elisabeth Desveaux et son équipe a été reconnu en termes de rééducation des malades, d'action de réinsertion des lépreux dans leur famille et dans la société et enfin, en termes de qualité du travail de tapisserie.

Outre l'assouplissement des doigts contractés, cette activité de tapisserie a permis d'occuper des personnes désoeuvrées. Grâce à une formation exigeante, les malades ont appris à accomplir un travail remarquable, leur permettant de se réinsérer dans leur famille grâce à la rémunération de leur travail.

Une première association a été créée en 1972, qui commercialisera les ouvrages réalisés, au profit exclusif des malades. Plus tard, l'Association de Réinsertion par la Tapisserie prendra la suite et continuera à vendre au travers du monde entier des tapisseries, copie d'oeuvres anciennes ou contemporaines, et de haute qualité grâce aux fils de laine d'Aubusson, au savoir-faire des dessinatrices et à la méticulosité des brodeuses.

"La lèpre est là et bien là !"
Dans les années 1980, l'avancée médicale donnait l'espoir qu'en 2000, il n'y ait plus de lèpre. L' Organisation Mondiale de la Santé a fait une avancée spectaculaire en découvrant un médicament qui stoppe la contagion de la maladie chez le malade qui, s'il est pris en charge assez tôt, peut guérir sans séquelle.

Or à l'heure actuelle, il n'y a plus de centre hospitalier pour accueillir les malades au Maroc et les patients ne savent pas toujours suivre le traitement qui leur est prescrit à domicile. De fait, selon Elisabeth, "la lèpre est là et bien là" et, même s'il y a moins de malades de nos jours, elle sait que la maladie n'est pas classée et que pour l'éradiquer complètement, il faudrait un dépistage systématique dans les écoles et les mairies, notamment dans les campagnes où peu d'actions sont menées en ce sens.


Aujourd'hui, Elisabeth aimerait passer la main mais tant que la relève n'est pas assurée, elle refuse de s'arrêter. Et lorsqu'on lui demande ce qu'elle retient de son action auprès des lépreux, elle répond simplement : "la dignité de ces gens dans la souffrance. Ce sont des seigneurs !"

Lorraine Pincemail (www.lepetitjournal.com/casablanca) Mercredi 17 juillet 2013

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