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JEUNES TALENTS AU MAROC - Laëtitia Decamps :"Je me suis promis de ne jamais abandonner"

Écrit par Parler Darija
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 25 février 2014

Jeudi dernier Laëtitia Decamps ouvrait son magasin de vêtements, Capuche, au Maârif. 
Dans cette nouvelle rubrique, la parole est donnée aux jeunes talents qui vivent et donnent vie au Maroc. Laëtitia, jeune franco-marocaine, est l'un de ces talents qui anime aujourd'hui le pays. Retour avec elle sur son parcours


Lepetitjournal.com: Pouvez vous nous raconter ce qui vous a amenée à faire du stylisme ?

Laëtitia Decamps: En sortant du bac, je ne savais pas quoi faire, alors j'ai commencé par des études très générales en marketing et commerce. Je suis entrée dans une école où j'ai rencontré la fille de Catherine Painvin, la créatrice de Tartine et Chocolat. C'est devenu ma meilleure amie, on a passé 10 ans collées l'une à l'autre. C'est une fille hyper créative, qui déborde d'idées. J'ai beaucoup appris à ses côtés, et ça m'a donné le goût de la création. J'arrivais à la fin de mes études mais ne voyais pas bien où j'allais. Je faisais des stages chez Lanvin, Lacroix, mais pas du côté qui m'intéressait, c'est à dire du côté de la création. J'étais du côté chef de produit, assistante et voyais juste combien de vestes on avait vendu dans le mois, quel modèle...J'étais frustrée de ne pas pouvoir penser l'objet. J'ai donc tout laissé tomber pour commencer une école d'art design, Créapôle. Cette école m'a permis d'unifier toutes les influences qui me nourrissaient et de créer mon style à moi. 


Le tissu était il déjà présent dans vos réalisations ? Vous saviez que vous vouliez travailler dans le stylisme ?

Non, je travaillais beaucoup sur l'existant à l'époque. Je m'explique: je détournais des objets du quotidien pour leur donner un autre sens ou je prenais une brique de lait et je la réalisais en porcelaine par exemple, des choses comme ça. Ma meilleure amie, Margaux, faisait l'ES Mode, je voyais un peu ce qu'elle faisait, je regardais mais j'étais dans les arts plastiques à cette époque. Puis j'ai fini mon école sans obtenir mon diplôme, ça a été une déception compte tenu du fait que j'avais gagné un concours, et puis c'était trois ans d'études, tout de même ! 


Qu'avez-vous fait après ça?  

Je suis venue ici en vacances. Mon père habite là et comme j'en avais marre de la plage toute la journée, je me baladais dans Derb Omar et je voyais tous ces tissus de partout, que l'on peut acheter au mètre. Le tissu était le matériau le plus accessible et le plus directement travaillable. Je n'avais pas besoin d'usines ou d'intermédiaire qui m'aide à la réalisation comme c'est le cas dans le design. Finalement, j'ai trouvé un couturier qui m'a fait mes premiers prototypes.

J'ai fini par rentrer à Paris mais n'avais rien à y faire car j'avais fini mes études. J'ai montré mes modèles à des copines et à ma grande surprise, l'une d'elle m'en a acheté. J'ai réfléchis et me suis dit que la seule chose qui m'attendait à Paris était d'être encore serveuse dans un bar le temps de trouver du boulot. Je suis donc revenue à Casablanca en me promettant de ne jamais abandonner et de continuer à créer mes propres pièces. 

J'ai commencé à faire des ventes privées à Paris parce qu'au départ, ma clientèle était plutôt là-bas, puis j'ai rencontré du monde ici et j'ai fait d'autres ventes chez moi. J'avais aménagé un showroom, puis j'ai monté mon site internet e-commerce qui s'appelle Capuche.ma. Après ça j'ai eu envie d'avoir une boutique pour que ça devienne plus stable, sérieux. J'ai cherché une boutique et pour le secteur, je me suis dit que l'on passe toujours par les Twins à Casablanca dans une journée. Je voulais quelque chose qui n'en soit pas trop éloigné. 

J'ai trouvé ce petit local, j'ai refait la peinture, le sol et après ça j'ai rencontré d'autres jeunes créateurs à qui j'ai proposé d'exposer leurs produits.


Quels sont vos projets à venir maintenant que vous avez réalisé celui d'ouvrir votre propre boutique ?  

J'aimerais ouvrir mon Colette à moi à Casablanca, que Capuche devienne le Colette de Paris. Je vois qu'il y a beaucoup de jeunes créateurs qui s'investissent aujourd'hui.
La plupart travaillent à côté et prennent de leur temps pour créer parce qu'ils sont passionnés. Je voudrais que les jeunes filles, lorsqu'elles viennent faire les magasins dans le quartier, après avoir fait Zara, Mango et compagnie, pensent à venir ici. Voilà, je voudrais garder l'esprit chaleureux de cette boutique, dans des dimensions plus grandes, mais toujours avec cette petite ambiance techno qui rappelle Berlin.


Est-ce que les choses s'annoncent bien depuis l'ouverture ?

Oui, j'ai déjà fait quelques ventes. C'est seulement le quatrième jour d'ouverture, mais je vois qu'il y a un intérêt pour la boutique. Je fais beaucoup de communication, notamment sur Facebook, Instagram, ça marche pas mal.


Qu'est ce que vous a apporté le fait d'être franco-marocaine dans cette expérience ?  

Ça a facilité les choses, je connaissais déjà la ville, tout ça et puis je n'aurais peut-être pas eu l'idée autrement. Mais je m'étais toujours dit qu'un jour je ferais quelque chose ici, j'ai toujours eu ça à l'esprit. Je suis autant française que marocaine mais cette culture me plaît beaucoup, j'y suis très attachée. Ca se ressent dans les vêtements que je fais. Mais tout est relativement plus facile ici aussi, à partir du moment où je me suis dit que j'allais ouvrir mon propre lieu, je me suis mise en quête d'un local. Trois jours plus tard je l'avais, la semaine d'après je repeignais et j'ai ouvert ! Tout est assez rapide ici. 


Quels sont les inconvénients ? Les obstacles que vous avez rencontrés ?  

Le seul problème ici c'est d'exposer. J'ai exposé un peu à "The Souk" à Marrakech en arrivant mais mis à part ces petits événements ponctuels c'est un peu fouilli parfois.
Et certains créateurs exposent dans des magasins mais on y trouve de tout, ça manque parfois un peu de cohérence, et ça se transforme en vrai souk. Pour ma part c'est important. Je ne prends que des créations qui correspondent à ce que j'ai envie de montrer, c'est à dire un univers féérique. Il faut que les réalisations collent à l'esprit "bonbon" de Capuche.

Louise Favel (www.lepetitjournal.com/casablanca) lundi 24 février 2014

Capuche 107 rue Abdellah Rajii - Maarif Casablanca
tél: 0633917519  

parler darija
Publié le 23 février 2014, mis à jour le 25 février 2014
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