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TEMOIGNAGE DE MERIEM – "Je vends du porc mais ce n'est pas pêché car je n'ai pas le choix"

Par Parler Darija | Publié le 10/09/2013 à 22:00 | Mis à jour le 07/08/2019 à 04:54
Photo : (ensemble crédits photos: L.P)
meriem porc maroc

Casablanca, le quartier Oasis. Au milieu des étals, celui de Meriem, Marocaine musulmane de 44 ans, qui vend du porc et différents plats depuis ses 20 ans. Lepetitjournal.com a rencontré cette femme au métier singulier qui a su, au fil du temps, se faire une place dans un monde essentiellement masculin.


Lepetitjournal.com : Meriem, que vendez-vous ?
Meriem : Dans ce marché, je vends du porc, jambon, saucisses, côtelettes, rôtis etc... ainsi que différentes pâtisseries, gâteaux et plats salés tels que paëlla, pastilla, tartes et quiches. Tout est fait maison et je me lève à 4h00 tous les matins sauf le lundi, mon jour de repos.
 

Pourquoi avoir choisi ce métier ?
Si je vends du porc, c'est parce que je n'avais pas le choix et pas d'autres ressources. A un moment de ma vie, je n'avais même pas de quoi me nourrir, j'étais divorcée avec deux enfants de bas âge. J'ai eu l'opportunité de travailler ici et je ne pouvais pas refuser. Dans le Coran, il est dit que si tu n'as pas le choix, ce n'est pas un pêché de vendre du porc. Donc, dans ma tête je me dis que ce que je fais n'est pas pêché.


Comment votre famille a-t-elle réagi?
Les réactions de ma famille ont été variées. Ma mère m'a dit "tant que tu gagnes ta vie, pourquoi pas puisque tu ne voles pas les gens". Nous sommes 6 frères et s?urs et seul l'un de mes frères n'a pas été content. Au début, il ne voulait plus venir manger chez moi. Il est allé voir un Imam qu'il lui a dit que cela ne devait pas lui poser de problème et que c'était mon affaire, entre Dieu et moi. Par la suite, il a accepté de venir à la maison. En fait, j'ai une famille ouverte.
 

Votre travail vous plait-il ?
Je n'aime pas trop mon travail mais je gagne ma vie et j'aime les clients. Je suis fière lorsque l'on me commande un plat à emporter car cela veut dire que l'on me fait confiance. Pour moi, bien travailler, c'est être honnête, souriante, ne pas tricher sur la qualité de la marchandise et son prix. C'est une question d'éducation. Lorsqu'on est honnête, déjà avec soi-même, alors on se sent bien !

Est-ce difficile de travailler dans ce milieu masculin ?
Travailler dans ce marché n'a pas été facile. J'y travaille depuis 24 ans et nous ne sommes que trois femmes dans un monde d'hommes, Khadija travaillant depuis toujours avec son père à la droguerie, et une nouvelle femme qui fait de la cuisine à l'autre bout du marché. On ne se voit pas beaucoup. Pour travailler ici, il faut être dure, vigilante, avoir du caractère, être sérieuse et ne pas se laisser faire. Au début, les hommes me testaient et voulaient me faire passer pour une mauvaise femme mais je me suis défendue et aujourd'hui, ça va bien et je suis respectée. D'autant plus qu'ils ont vu leur intérêt car j'amène beaucoup de clientèle européenne au marché, une clientèle fidèle et qui m'apprécie. Pendant un an, j'ai été obligée de fermer ma boutique et cela les a fait beaucoup réfléchir car il y a eu une baisse de la clientèle. Ils ne me disent rien sur mon travail parce que cela les arrange.

Nous sommes en plein Ramadan, qu'est-ce que cela signifie pour vous ?
Pour moi, ce n'est pas une période de fête. C'est un moment dans l'année où les gens doivent se tourner davantage vers Dieu. C'est une obligation et cela fait partie des 5 piliers de l'Islam, les autres étant : croire en Dieu et son prophète, faire la prière, donner aux pauvres une partie de ses économies et faire le pèlerinage à la Mecque.
J'ai toujours fait Ramadan depuis mes 14 ans et il faudrait une décision venant de la bouche d'un médecin pour m'empêcher de le faire. Mais j'ai encore le courage pour cela.
J'aimerais beaucoup me rendre à la Mecque. Mais cela coûte au moins 70.000 Dhs (NDR: soit environ 6300 euros). Je ne peux donc pas y aller pour le moment et surtout pas avec l'argent gagné ici car c'est de l'argent venant de la vente du porc. Je ne peux me le permettre puisque le porc est interdit dans la religion musulmane. Il me faudrait l'autorisation d'un Imam. Mais malgré cela, je crois que je ne le ferais pas...

A quoi ressemble votre vie aujourd'hui ?
J'ai 44 ans, suis divorcée et j'ai deux enfants : Mon fils Yassine est ingénieur et ma fille Sabrinn poursuit ses études pour devenir négociatrice. Ils habitent tous les deux en France. J'ai moi-même eu mon bac.
Aujourd'hui, je n'ai aucune amie. Les gens ont toujours profité de la gentillesse de ma mère alors dans la famille, on a fini par vivre tous ensemble et on reste entre nous. Mes souvenirs d'enfance sont douloureux.
A 18 ans, je me suis mariée avec un européen catholique qui s'est converti à l'Islam. Je pensais que j'allais pouvoir être à la fois musulmane et moderne mais ma vie n'a pas été celle dont je rêvais et je me suis trompée sur mon mari qui n'était pas affectueux et sur qui on ne pouvait pas compter. Il est parti du jour au lendemain, on a divorcé par la suite.
Mais quand on a la foi, on dépasse les montagnes. J'attends ma deuxième chance. Sur Terre, ce serait savoir que mes enfants ont réussi même si je n'ai pas eu beaucoup d'argent pour les élever. Sinon, j'aimerais à ma mort être accueillie au Paradis par Dieu.

Lepetitjournal.com: Où puisez-vous votre foi ?
Je la puise surtout dans le souvenir de ma mère. J'ai eu la chance d'être élevée par une mère qui était très pratiquante. Elle a réussi à aller à la Mecque en économisant dirham après dirham. Cela a été une grande joie pour elle. Ma mère est tout pour moi, même si elle n'est plus là aujourd'hui.

Quels sont vos projets d'avenir ?
Tout d'abord, j'aimerais arrêter de vendre du porc. J'aimerais mieux ne faire que de la cuisine, préparer des plats, faire de la pâtisserie.
Je ne veux pas que mes enfants m'aident, c'est ma fierté ! Sauf pour une chose : Me payer mon pèlerinage à la Mecque. Ça, j'aimerais vraiment...

Quels conseils donneriez-vous aux femmes marocaines?
D'abord, je remercie 1.000 fois Sa Majesté le Roi Mohammed VI car grâce à lui, la femme est vue autrement aujourd'hui.
Les femmes doivent croire en ce qu'elles font et garder leurs convictions. D'une façon générale, les Marocains sont très aimés dans le monde entier car ils ont réussi à forger leur place.

Lorraine Pincemail (www.lepetitjournal.com/casablanca) Mercredi 11 septembre 2013

Meriem
Stalle 21-22 marché Oasis - quartier Oasis
Boulevard Abderrahim Bouabid, en face de la Poste

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