

Gérard Couvreur, directeur de publication et créateur d'"Agriculture du Maghreb"(photo LPJ Casablanca).
Si en France la presse professionnelle agricole est l'une des plus florissantes en nombre de titres, au Maroc, c'est l'inverse. Agriculture du Maghreb remplirait à lui seul, pour l'instant, les besoins d'information agricole d'un pays qui compterait environ 15 millions de paysans, dans le sens social du terme, sur une population totale de 32 millions d'individus.
Ce mensuel a été créé par un Parisien, ancien journaliste du magazine agro-alimentaire Fruits et Légumes Distribution qu'il a créé, et qui existe encore. Lors de ses reportages réalisés au Maroc depuis plus de 20 ans pour différentes publications, Gérard Couvreur a constaté que le Royaume manquait d'un support de presse spécialisé dans ce secteur. "C'est un constat que j'ai fait au début des années 1990 dit-il,mais l'époque n'était pas encore propice à cela. Le bon moment est arrivé 15 ans après".
Agriculture du Maghreb tire aujourd'hui entre 10 et 12 000 exemplaires chaque mois, avec une diffusion nationale et gratuite. La rédaction est composée de dix personnes, dont huit ingénieurs agronomes-journalistes. Ce magazine tout en couleur est impressionnant par sa pagination, une centaine de pages en moyenne, et l'importance des espaces publicitaires. Logique pour un mensuel agricole gratuit unique au Maroc, et qui intéresse aussi bon nombre de sociétés françaises ou basées en France. "La moitié de nos annonces sont en effet françaises confirme Gérard, nous avons une régie publicitaire en France très active, près de Marseille".
"Un marché à l'export très brillant"
Agriculture du Maghreb est d'abord une revue professionnelle des filières fruits et légumes et céréalière. Ces secteurs agricoles sont dynamiques au Maroc, un pays bien connu des Français pour ses agrumes estampillés "Maroc"comme les oranges, et les tomates, production leader des exportations maraîchères marocaines. "Ce pays a un marché à l'export très brillant souligne Gérard, et un marché intérieur encore inorganisé, avec des marchés de gros qui sont lents à évoluer...".
Ce paradoxe agricole marocain est sans doute nourri par le manque de structures professionnelles dignes de ce nom. Malgré la présence d'un Crédit Agricole du Maroc, ici, point de Chambre d'agriculture ni de puissants syndicats comme en France, qui ont contribué à mettre en place des filières très dynamiques sur le marché intérieur par exemple. "Ici il n'y a rien, tout est encore à construire"se lamente Gérard.
Quant à la coopération agricole, qui a développé l'agriculture française au début des années 1960, elle est quasiment absente au Maroc. "L'organisation de la filière huile d'Argan sous forme de coopérative est une bonne voie à suivre poursuit Gérard. Il y a une dizaine de coopératives sérieuses dans ce secteur, et qui donnent un revenu aux femmes".
La sienne est par ailleurs Marocaine. Gérard est devenu un Français pleinement intégré au Maroc, au point d'avoir oublié que Noël se célébrait le 25 décembre. "Quand ma fille qui vit en France m'a souhaité un joyeux Noël, j'ai eu un moment de surprise. Moi j'avais l'Aïd El Kebir en tête, et non Noël...". Pas de doute, la direction d' Agriculture du Maghreb est devenue marocaine !
Didier BOUVILLE (www.lepetitjournal.com - Casablanca) mercredi 16 janvier 2008







