Édition internationale

MOULAY ALAMI - Directeur de Jazzablanca édition 2014 !

Écrit par Parler Darija
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 27 mars 2014

Le Jazz s'invite à Casablanca du 29 Mars au 3 Avril 2014. Lepetitjournal.com a rencontré pour vous Moulay Alami, directeur du Festival Jazzablanca.

Lepetitjournal.com : Monsieur Alami, comment devient-on directeur de Jazzablanca ?
Moulay Alami :
Je faisais des études de mathématiques à Montpellier, et j'ai été choqué en arrivant dans le métro à Paris, de voir tout le monde derrière un livre. J'avais l'impression que, quand on parlait de pays sous-développés, c'était cela aussi : la proximité à la culture. Je trouvais génial le fait d'être proche des livres, des journaux gratuits : cela permet aux gens de lire partout, de ne pas s'ennuyer, d'être au courant de tout, gratuitement. Quand je suis rentré, j'ai voulu lancer un journal gratuit au Maroc ! J'ai commencé par être journaliste en freelance pour l'Économiste et chez TelQuel, j'ai démarré mon business plan pour mon projet, et je me suis lancé dans le commercial pour pouvoir maîtriser à la fois le journalisme et le commercial. Finalement, le projet n'a pas abouti... J'ai monté 4sponsoring, une boîte de sponsoring culturel, et nous avons bossé entre autre sur Jazzablanca ! Alors, j'ai décidé que j'allais changer tout ça !

Jazz, d'accord. Mais pourquoi Blanca ? 


Casablanca, pour moi, c'est un port : Il a été construit comme tel, or un port est censé accueillir des gens du monde entier. La ville a perdu un peu ce rôle de plateforme internationale. Mais pour moi, il est possible de construire un festival de jazz à Casablanca qui rayonne un peu partout dans le monde. On peut être un carrefour de toutes ces cultures. Cette année, nous sommes tournés vers le Sud avec des groupes africains, vers l'Est avec des jazzmans arabes, libanais, tunisiens, des européens et des américains : il nous reste plus que l'Asie qu'on n'a pas encore touchée ! C'est pour cela que nous avons choisi cette place des Nations Unies pour les concerts publics : c'est un beau symbole pour Casablanca, ville cosmopolite et ouverte vers les autres. Il faut casser nos barrières internes pour s'ouvrir, et un festival a ce rôle : s'ouvrir à l'autre. La place des Nations Unies a cette particularité d'être un lieu où il y a des sièges de banques, de grandes entreprises, des gens qui travaillent : il y a une mixité qui se fait. C'est pour cela que les concerts seront à 17h, pour profiter justement du flux, des gens qui sortent du bureau, de la vieille ville, de la médina à côté. Un mélange qui va se faire naturellement. Cela fait partie de notre objectif de créer une proximité, même si c'est bref, et de mélanger les gens, sans barrière.


C'est pour cela également que la parade est gratuite ! Et il y a les concerts publics cette année ! Nous essayons de pousser nos sponsors à aller vers le grand public, en étant moins élitiste et en essayant aussi d'avoir une programmation très diversifiée. Le choix des artistes se fait par coup de coeur : nous avons une liste de centaines de groupes, et essayons d'avoir 5 ou 6 styles différents pour proposer un festival le plus large possible. C'est une matrice de données qui nous fait parvenir à une programmation.

Avec cette gratuité nouvelle, le festival reste-t-il rentable ?
C'est compliqué de monter un festival à Casablanca, dans le sens où la culture n'est pas encore le moteur essentiel du développement. En Europe, et notamment en France où il y a l'exception culturelle, les investissements qui sont placés dans la culture montrent une volonté politique de développer les choses ! Ici, je ne sais pas si notre ministère a le budget d'une grande entreprise locale : il panse ses plaies chaque mois pour trouver des financements pour des artistes locaux. Ce n'est pas évident. Nous ne sommes pas du tout subventionnés et ce ne sont que des entreprises privées qui croient au projet et qui l'accompagnent. Après, ce sont les places de concert qui permettent difficilement de rééquilibrer la balance. En fait, il faudrait vendre des places à 1000DHs, et faire complet tous les soirs pour rentrer dans nos frais. Donc ce n'est pas pour demain !


On nous fait régulièrement des remarques quant au prix des places... Mais nous n'avons pas d'infrastructures, donc on doit tout monter. Et non seulement nous payons le même tarif que les européens, mais en plus on paie des taxes. 11% de taxe d'importation, en plus de la TVA qui touche toutes les devises au Maroc. Donc les artistes reviennent plus chers... Rien que l'aménagement de l'Hippodrome nous coûte quasiment un million de dirhams. Donc, si on divise sur 5 concerts, l'artiste n'est pas encore arrivé et nous avons déjà dépensé 250 000 dirhams par soir. A partir de là, c'est difficile de faire des prix à 100 DHS...


La contradiction au Maroc, c'est qu'on nous dit que nous sommes trop chers, mais les places en VIP sont complètes avant les places en tribune. La solution serait de monter une association pour avoir des subventions publiques, d'autres institutions disponibles, ou taper à la porte des institutions étrangères. L'ambassade des États-Unis joue le jeu notamment, en nous permettant de financer des cachets d'artistes américains, ou à forte résonnance américaine comme Maître Brass Band sur la Corniche, ça sonne très Nouvelle Orléans ! Mais allez sur le site internet pour avoir la programmation complète ! Et venez nombreux ! 


Manon Kole (www.lepetitjournal.com/casablanca) Jeudi 27 mars 2014


parler darija
Publié le 26 mars 2014, mis à jour le 27 mars 2014
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