

(Photo: Barbara Vignaux)
«C'est maintenant ou jamais : les collectionneurs sont âgés, et lorsque l'un d'entre eux meurt, leur collection est parfois dispersée, ou tout bonnement jetée lorsque la famille n'est pas consciente de sa valeur. En outre, il s'agit d'un matériel ? les disques vinyle ? fragile, prompt à se briser.». Agé de 32 ans, Ignacio Varchausky est directeur artistique de TangoVia Buenos Aires, une association qui rassemble depuis 2002 des artistes, des chercheurs, des producteurs et des institutions culturelles pour la préservation, le développement et la diffusion du tango en Argentine et dans le monde. A ce titre, il est en charge de la conduite du projet Archivo Digital del Tango, qui vise à digitaliser ce patrimoine musical. Il est par ailleurs fondateur et membre du groupe El Arranque, fondateur de l'orchestre-école de tango Emilio Balcarce, producteur de disques et auteur de Los cien discos del tango, à paraître chez Retina cette année.
Un patrimoine menacé.
Pourquoi l'Archivo Digital del Tango ? Sur 100.000 enregistrements de tango effectués entre 1902 et 1995 (fin de l'ère analogique), moins de 20 % existent sous la forme de CD. D'ores et déjà, 3.000 enregistrements sont à tout jamais perdus? «Il s'agit de sauvegarder ce pan du patrimoine culturel argentin qui définit, en partie, notre identité nationale », explique Ignacio Varchausky. « C'est difficile, car le concept de mémoire, très flou en Argentine, est obscurci par notre conflit d'identité. Mais c'est essentiel, car à mon sens, le tango reflète le meilleur et le pire de l'Argentine ».
Or aucune institution privée ni publique ne s'est jamais consacrée à une telle tâche. Pis : dans les années 1950, les compagnies de disques locales ? souvent filiales de groupes américains ? ont sciemment détruit la musique nationale, folklore et tango, afin de faciliter l'introduction de la « nouvelle vague » musicale, en général pop et rock anglo-saxons. Elles ont d'ailleurs dû faire appel aux collectionneurs pour rééditer, dans les années 1970, les enregistrements antérieurs à la décennie 1950. Le patrimoine se trouve en effet dans les mains d'une centaine de collectionneurs, dont un gros tiers, le plus important, vit entre l'Argentine, l'Uruguay et le Japon. Une moitié d'entre eux environ collabore de bon c?ur au projet, l'autre moitié étant plus réticente.
Première étape.
Cela fait désormais trois ans que TangoVia Buenos Aires conduit le projet pilote de digitalisation du matériel, dont les fruits seront présentés aujourd'hui à l'Alliance française, à 19 heures. Plus de 6.000 documents ont déjà été traités, dont la discographie complète d'Alfredo Gobbi, Horacio Salgán, Astor Piazzolla, Aníbal Troilo et Ignacio Corsini, y compris des enregistrements réalisés à la radio ou en cercle privé, chez des amis. Au total, « beaucoup de matériel non commercial », indique Ignacio Varchausky : la bande sonore d'un programme de télévision intitulé « Welcome Mr Piazzolla » au retour du musicien des Etats-Unis le violoniste Gobbi jouant des mélodies, seul au piano bref, « beaucoup de choses très rares ».
Le parti pris est de réaliser une copie aussi fidèle que possible du matériel. A l'écoute, le résultat diffère sensiblement du son obtenu pour les CD commerciaux, lesquels, en modifiant le rythme ou en supprimant de nombreuses fréquences afin de réduire les bruits, ne laissent subsister qu'une « ombre » du son original (comme lorsqu'on parle avec la main devant la bouche).
Dès le premier juillet, des terminaux de consultation des documents numérisés seront accessibles au public à la Casa del Tango, dans le quartier d'Almagro. Par la suite, une partie des documents sera disponible sur Internet à de strictes fins de consultation. Seules des contributions individuelles ont soutenu le projet jusqu'à présent. Pour continuer, TangoVia Buenos Aires est à la recherche de soutiens publics ou privés supplémentaires.
Barbara Vignaux (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) mercredi 16 juin 2009
Plus d'infos sur www.tangovia.org















