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Témoignage d’expat’ : Le retour après l’Australie, l’étape oubliée de l’expatriation

Quand nous partons à l’étranger, nous anticipons le départ, nous préparons chaque étape, nous nous projetons dans une nouvelle vie encore inconnue. Avant même de partir, des sentiments intenses, parfois contradictoires, nous traversent : l’excitation de l’aventure, l’appréhension de l’inconnu, et déjà la tristesse de quitter une vie familière et le confort qui l’accompagne. Une question se pose : comment les expatriés français vivent-ils réellement ce retour ? Mathilde et Emma nous répondent.

femme de dos haut jean bleu cheveux lâchés dans un aéroport avec une valise femme de dos haut jean bleu cheveux lâchés dans un aéroport avec une valise
Écrit par Cassandre Nizan
Publié le 12 janvier 2026, mis à jour le 4 février 2026

 

 

Mais si le départ occupe toutes les pensées, le retour, lui, reste souvent dans l’angle mort. Pourtant, il constitue une étape tout aussi décisive. Selon une étude sur le parcours des Français de l’étranger de retour en France (2019), entre 100.000 et 200.000 personnes rentrent chaque année en France après une période de mobilité internationale. 

Les sentiments à chaud suivant le retour 

Ça y est, le retour se précise. Les billets d’avion sont réservés, et soudain, tout devient plus concret. La boule au ventre, on imagine déjà les retrouvailles intenses avec toutes ces personnes laissées en France. Lors d’une interview pour Le Petit Journal, Mathilde, qui a travaillé en Australie dans le cadre d’un visa vacances-travail, confie : « Quand j’ai reçu la confirmation de mon vol retour, mon cœur s’est serré. Je voulais surprendre mes proches en rentrant sans prévenir. Toute la logistique occupait mon esprit, et mon retour à court terme m’extasiait. » Rapidement, l’euphorie laisse place à un sentiment plus trouble. « Les jours précédant mon départ, je me suis rendue compte qu’il s’agissait d’une fin, et que j’allais bientôt dire adieu à cette vie qui me plaisait tant. »

Quitter l’Australie devient alors un arrachement : « C’était un déchirement. C’était comme dire au revoir à une partie de moi. Je n’avais plus envie de rentrer en France. Je me disais, et pourquoi pas rester finalement ? » Selon l’enquête numéro 4 menée par le baromètre expat communication en 2024, le retour résulte d’un mélange entre choix et obligation. Si 42 % des répondants affirment que leur retour en France constitue un choix, 38 % le vivent comme une obligation. Principalement, les motifs professionnels motivent 43 % des retours tandis que les raisons familiales constituent 21 %. Mathilde estime qu’elle "a fait le tour de cette vie haute en couleur" et qu’il est désormais temps de se consacrer à sa carrière professionnelle. Pour sa part, Emma est retournée en France avec son conjoint après deux ans à l’étranger : « nous avons grandi, nous voulions de nouveaux projets et commencer à investir dans l’immobilier. Nous sommes revenus, car nous nous sentions loin de nos proches, mais, si l’Australie s’était trouvée plus près, nous serions restés ». 

Si les retrouvailles constituent un moment important du retour au pays, c’est la partie submergée de l’iceberg. La partie immergée peut amener son lot de tracas, de contraintes et d’incompréhension.

 

Du choc culturel inversé à la reconstruction de sa vie en France

Pour beaucoup, le retour en France est synonyme de retrouvailles et de simplicité retrouvée. Cependant, après plusieurs mois ou plusieurs années passées à l’étranger, on doit se réhabituer à un rythme de vie et à une culture qui, étonnamment, ne semblent plus tout à fait familiers. C’est l’expérience de nombreux expatriés lors de leur retour : le choc culturel inversé. Ce phénomène désigne le sentiment étrange de se sentir étranger dans un pays qu’on devrait connaître. Ne plus se sentir tout à fait à sa place, ne plus comprendre certains codes ou certaines habitudes qui nous ont longtemps façonnés.

Mathilde en rit aujourd’hui : « Quand je suis rentrée en France, je trouvais que tout allait vite. Certains comportements m’agaçaient. J’aime mon pays, mais j’avais l’impression de tout comparer aux expériences positives vécues en Australie, comme si le négatif n’existait plus là-bas. » Le retour agit parfois comme un miroir déformant : on ne se regarde plus soi-même de la même façon, et par conséquent, on ne regarde plus son pays comme avant.

Mais comment peut-on se sentir étranger dans son propre pays, celui où l’on a pourtant vécu une grande partie de sa vie ? Emma raconte ce décalage : « Nous éprouvions une grande joie à la perspective de revoir tout le monde, et, en même temps, nous ne nous sentions pas vraiment à notre place. Les conversations tournaient vite à autre chose que le voyage, alors que le voyage, c’était notre vie depuis deux ans. Il en résulte une forme d’incompréhension menant à de la solitude ». Ce sentiment de décalage est fréquent. Après avoir vécu selon d’autres rythmes, d’autres habitudes, d’autres codes, s’inscrire à nouveau dans un quotidien plus familier devient parfois difficile, ce qui peut mener à de l’isolement, voire de la dépression. Il faut alors se faire à l’idée d’une double transformation : celle que l’on a soi-même traversée, et celle de son entourage, qui a continué à évoluer en notre absence. Le retour ne signifie pas retrouver la vie laissée, mais en construire une nouvelle.

 

L’expatriée retrouve son quotidien en France, mais l’ennui, le choc culturel inversé et le sentiment de solitude rendent cette étape du retour particulièrement complexe. 

 


Rentrer en France après l’Australie, une autre expatriation 

Puisque rentrer ne signifie pas effacer le voyage. Pour beaucoup, il s’agit plutôt d’apprendre à lui faire une place dans une nouvelle vie moins spectaculaire, peut-être, mais porteuse de stabilité et de nouveaux projets. Pour Emma et Mathilde, la clé réside dans l’anticipation et la projection : se préparer mentalement au retour, se fixer de nouveaux objectifs, retrouver des activités stimulantes et, surtout, pouvoir en parler.

« On a besoin de raconter ce qu’on a vécu, même si tout le monde ne comprend pas toujours », confie Emma. Mathilde abonde : « Cette expérience fait partie de moi. Je ne veux pas reprendre ma vie d’avant, mais construire quelque chose de nouveau avec les leçons apprises. ».

Le retour marque aussi bien une transition que la fin d’un chapitre. Une période parfois déstabilisante, souvent invisible, mais profondément structurante. Car si l’expatriation transforme, le retour, lui, oblige à redéfinir ce que l’on veut faire de cette transformation.


 


 

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