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Face à Iván Duque, les ex-FARC sont plongés dans l’incertitude

Par Nicolas BAGGIONI | Publié le 10/08/2018 à 11:13 | Mis à jour le 10/08/2018 à 11:27
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Iván Duque, nouveau Président de Colombie depuis ce 7 août, avait promis durant sa campagne de modifier l’accord de paix. Alors que la majorité des anciens combattants de la FARC vivent  aujourd’hui “en paix” dans des camps de réincorporation, la plupart ne savent plus sur quel pied danser, certains même, redoutent une nouvelle guerre.

18h35. Camp de réincorporation d’Icononzo, à 130 km de Bogota. Le soleil se couche, et la température chute brutalement. Les quelques 300 ex-guérilleros rentrent un à un chez eux. Voilà plus d’un mois que le nouveau Président de Colombie a été élu. Iván Duque, du Centre Démocratique, n’a pas caché son souhait de réformer l’accord de paix de 2016. Au lendemain de son investiture, ce 7 août 2018, les anciens soldats sont perplexes quant à leur avenir. Faudra-t-il retourner dans la jungle, et reprendre le combat ? 

Lire aussi : Iván Duque, un nouveau President pour la Colombie

Telle est la question que se pose Manuel, qui jadis, s’occupait des mitrailleuses. “Je ne veux pas aller en prison. S’il le faut, on retournera vivre dans la montagne pour se battre, et poursuivre notre lutte.”

Si ce jeune père redoute de finir derrière les barreaux, c’est parce que le nouveau chef d’Etat avait émis l'idée, durant la campagne, d’emprisonner, pour un an minimum, les anciens chefs de la guérilla. Tout le monde n’est pas concerné : seuls les coupables de crimes graves, tels que les prises d’otages, les disparitions forcées ou de violences sexuelles, seront visés.

Une averse se lève sur le camp Antonio Nariño. Gair fume sa cigarette à l’abri des gouttes, accoudé à l'arène destinée aux combats de coqs. Pour lui, le problème est dans “la volonté de Duque de nous freiner dans nos avancées politiques.” En 2017, les Farc sont devenu un parti : “la Force Alternative Révolutionnaire Commune”. Iván Duque s’était prononcé contre leur entrée au Congrès. “Déjà que l’on ne reçoit pas assez de subventions de la part de l’Etat, alors avec la droite dure au pouvoir on va tout voir disparaître”, confie-t-il avant de partir rejoindre sa femme.

 

“Duque veut la guerre, nous voulons la paix”

La nuit est tombée. Jeanette regarde au loin les lueurs de la ville. Cette ancienne infirmière s’occupe désormais de planter des graines dans les champs, dans le cadre du programme de réincorporation civile mis en place par le gouvernement. “Duque veut la guerre, nous voulons la paix”, témoigne-t-elle, “Il veut tout changer alors qu’aujourd’hui on vit dans la tranquillité. Avant, dans la jungle, on avait peur de se faire bombarder à tout moment. Désormais nos enfants peuvent se rendre à l’école et avoir une vie normale.” 

Ce quotidien, elle ne veut pas le voir disparaître, et surtout pas “les 700 000 pesos que l’on obtient tous les mois.” Car comme l’a prévu l’accord, les anciens guérilleros touchent 90% du salaire minimum.

Orlando, lui, met de l’essence dans le générateur qui permet d’éclairer le petit village. Une balle en guise de collier, cet adolescent se rassure : “Je n’ai pas peur pour l’avenir, mais je n’ai aucune idée de ce qui va se passer dans les prochains mois..” 

En train de jouer au billard, sous le regard paternel du portrait de Che Guevara, entouré de symboles communistes, Alguerdo explique “qu’on en parle souvent entre nous de ce qui va se passer dans les mois à venir. Le problème c’est qu’on en a aucune idée. On ne sait pas à quoi s’attendre...” 

Il est minuit, l’ancien guerrier vient de gagner la partie. Ils sont tous prêts à aller se coucher. Avant de disparaître dans l’obscurité de la forêt amazonienne, l’homme, marqué par une cicatrice de guerre, rassure : “Tout ce que je sais, c’est que l’on va rester ici. On ne retournera pas se battre. Nous sommes désormais en paix, et nous allons le rester.

 

 

Nicolas Baggioni

Nicolas BAGGIONI

Reporter & community manager pour Lepetitjournal.com - Journaliste multisupports, il maîtrise l'écriture, le son et l'image. Passionné de géopolitique et d'actualité internationale, il parcourt le monde à la recherche de nouvelles histoires.
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