INTERVIEW – Cécilia Goloboff, chargée de la diffusion du français dans quatre régions, dont la Catalogne

Par Lepetitjournal Barcelone | Publié le 29/06/2015 à 22:00 | Mis à jour le 09/02/2018 à 06:32

Attachée de coopération pour le français auprès de l’Ambassade de France en Espagne depuis 2011, Cécilia Goloboff assure la promotion et la diffusion du français dans plusieurs régions de l’est de l’Espagne. Après avoir occupé ce poste durant quatre ans, elle revient sur le bilan de ses actions, notamment en Catalogne.

cecilia goloboffLepetitjournal.com : Vous êtes attachée de coopération pour la diffusion du français en Aragon, Catalogne, dans les îles Baléares et dans la communauté Valencienne. En quoi consiste votre rôle exactement, notamment en Catalogne ?
Cécilia Goloboff (photo lepetitjournal.com) : L’attachée de coopération pour le français de la zone est de l’Espagne est en charge de quatre Communautés autonomes : Aragon, Catalogne, Iles Baléares et Pays valencien. Notre mission comporte plusieurs axes. Nous faisons le lien entre les autorités éducatives françaises (Rectorats des Académies) et les autorités éducatives régionales en ce qui concerne la mise en place d’accords bilatéraux, ce qu’on appelle la coopération décentralisée, entre deux régions des deux pays. Ces accords stipulent les modalités d’échange en formation générale mais également de plus en plus en formation professionnelle, aussi bien pour des professeurs que pour des élèves, des formations conjointes (en Aragon et Catalogne, le programme de l’apprentissage du français à travers les sciences “La main à la pâte”, par exemple).
Pour chaque communauté autonome, nous travaillons avec nos interlocuteurs dans les Consejerías (équivalent des ministères de l’éducation locaux). Ici en Catalogne, c’est le Departament d’Ensenyament de la Generalitat. Voici pour le premier axe.
Ensuite, nous coordonnons le développement de la formation des professeurs de français, dans le système public en priorité mais aussi dans le système privé, ainsi que la formation des professeurs de DNL (Discipline non linguistique) c’est-à-dire l’enseignement de toutes sortes de matières, mais en français.
Un troisième axe, qui est très important pour nous, est le développement du BachiBac, qui est une certification qui a été décidée au niveau des deux ministères d’éducation entre la France et l’Espagne.

Comment se développe le BachiBac en Catalogne ?
En ce qui concerne la Catalogne, le BachiBac (Batxibac en Catalogne) a été implanté en 2011, ce qui coïncide avec mon arrivée à ce poste. Cette année-là, 25 élèves se sont présenté aux épreuves. En 2016, ils seront 200. Le projet est donc en pleine expansion, puisqu’il y avait 3 établissements avec des sections BachiBac en Catalogne à l’origine, et que pour la rentrée 2015 on en comptera une quarantaine. Le service de coopération éducative et linguistique de l’Ambassade de France participe à la formation des professeurs de ces sections BachiBac, notamment concernant les cours d’histoire car le modèle d’enseignement français et très différent du modèle espagnol.

Qu'en est-il du DELF ?
Toujours concernant la Catalogne, le DELF scolaire [Diplôme d’étude en langue française, ndlr, dans sa version scolaire, c’est-à-dire avec l’implication des autorités éducatives locales)] connaît lui aussi un succès foudroyant. Une convention a été signée au plus haut niveau des autorités éducatives, en janvier 2014, entre le Secrétaire des politiques linguistiques du Departament d’Ensenyament, Joan Mateo, et le directeur de l’Institut français d’Espagne, Alain Fohr. Pour la première année pilote, en  Catalogne, nous avions fixé le nombre maximum de candidats à 500. Pour la session 2015, nous avons élargi le nombre possible d’inscriptions et ce sont 1.400 candidats qui se sont présentés. Le Departament d’Ensenyament demande d’augmenter ce nombre à 3.000 pour la session de 2016 ; je ne suis pas certaine qu’il sera atteint, mais il est certain que la croissance du nombre d’inscrits est considérable depuis la mise en place de cette convention. Ce projet est important car il est le reflet de notre coopération bilatérale : il implique les autorités éducatives locales, car les épreuves des examens se déroulent dans des établissements catalans. Ces centres de passation des épreuves sont rattachés aux centres d’examens français, qui sont l’Institut français et les Alliances françaises de Gérone et Granollers.
 
Que pouvez-vous me dire au sujet de l’évolution et du fonctionnement du BachiBac depuis 2011 ?
La première chose que je peux vous dire, c’est que parmi les quatre régions dont je m’occupe, le BachiBac est pour l’instant présent en Catalogne et aux Baléares, mais sera également implanté en Aragon à partir de la rentrée 2015. Les programmes de littérature du BachiBac changent tous les deux ans, voire trois. Le programme d’Histoire reste le même. Il y a une commission binationale qui se réunit une fois par an, pour décider des contenus du projet. Les établissements qui intègrent le BachiBac sont répandus sur toute la Catalogne, de la frontière avec la France à la frontière avec la Communauté Valencienne. Le fait que le BachiBac se développe beaucoup en Catalogne montre bien l’intérêt des autorités éducatives à ce que les élèves obtiennent une certification qui leur permette d’étudier dans un pays francophone.
Concernant les chiffres, je les ai déjà cités pour la Catalogne. Aux Baléares, pour la première session, en mai dernier, 5 élèves se sont présentés aux épreuves et on en attend une quinzaine pour 2016.

Existe-t-il d’autres programmes de ce type ? D’autres sections bilingues par exemple ?
Justement, en Catalogne et dans la Communauté Valencienne il n’existe pas de vraies sections bilingues. En Aragon, il en existe 36 et elles se portent très bien. Aux Baléares il en existe 8. La raison de cette différence entre ces régions est une décision des autorités éducatives : en Catalogne, l’argument est que le catalan est déjà une langue obligatoire dans l’enseignement public. Il ne reste donc assez d’heures dans l’emploi du temps des élèves pour mettre en place des sections bilingues. Il y existe cependant des sections comportant des DNL,comme cela a été dit  précédemment, qui sont des disciplines autres que linguistiques (mathématiques, géographie, philosophie) enseignées en français.

La montée du désir indépendantiste en Catalogne a-t-elle une répercussion sur l’enseignement du français et la manière qu’ont les Catalans de percevoir notre langue ?
Je ne me hasarderai pas à parler de questions politiques telles que celles-ci, mais selon moi, une des raisons du développement des “produits” tels que le Batxibac ou le DELF scolaire vient du fait que depuis la crise, les autorités éducatives ont pris conscience d’un point important : la maîtrise du catalan, de l’espagnol et de l’anglais ne suffit plus pour un jeune Européen d’aujourd’hui. Si l’on veut s’ouvrir à l’international, et avoir la possibilité de partir étudier ou travailler à l’étranger, le français fait très souvent la différence. Par exemple, lors d’un entretien d’embauche, être bilingue anglais est un avantage considérable, mais le fait de savoir parler français est toujours un plus. Le français est devenu la langue de la négociation. Quand bien même l’anglais domine aujourd’hui les décisions internationales, les partenaires francophones y assurent un rôle prépondérant. Il est vrai que lorsque je suis arrivée en 2011, la situation du français n’était pas la même qu’aujourd’hui en Catalogne. pour ma modeste part, je me suis employée à mettre en relief le voisinage linguistique, culturel et géographique des deux langues. C’est l’une des idées que je véhicule lors de mes discours et interventions : il est relativement facile pour un catalan d’apprendre le français. Et plus facile et rapide également d’obtenir pour un jeune espagnol une certification internationale d’un bon niveau en français comme el DELF. C’est dans ce sens que nous disposons d’un avantage par rapport à nos confrères allemands, par exemple.

Que tirez-vous comme bilan de vos quatre années passées à l’Institut français de Barcelone ?
Le bilan est globalement positif.
En ce qui concerne mes relations avec nos interlocuteurs du Departament d’ensenyament, tissées au fil du temps et régulièrement, elles sont excellentes et permettent de travailler ensemble en plusieurs domaines. Par ailleurs, un travail formidable a également été accompli avec l’Association des professeurs de Catalogne (l’APFC). Nous avons bâti avec elle des journées de formation, ainsi qu’un festival organisé à Manresa qui attire 850 personnes non-francophones chaque année. Il est très touchant de voir qu’un événement de ce type, de chanson française, attire tant de visiteurs, pour la plupart non francophones. Dans la Communauté valencienne, la coopération avec les associations de professeurs de français aussi bien à Castellón qu’à Valencia a permis de mettre en place des journées de formation pour les professeurs qui ont rencontré un grand succès. A l’Institut français-antenne de Barcelone, nous avons mis en place depuis deux ans un ciné-club jeunesse et nous avons dépassé les 2.000 spectateurs. Depuis 2013, un film français sous-titré en espagnol est diffusé gratuitement chaque mois. Toujours au sein de l’Institut, nous organisons des ateliers thématiques autour du conte et de la BD pour les élèves des établissements scolaires de Catalogne en coopération avec la médiathèque. Enfin, en juillet, nous formerons pour la deuxième année consécutive 40 professeurs des établissements publics de Catalogne à l’habilitation pour devenir  examinateur du DELF scolaire. Par ailleurs,  60 professeurs de français vont participer à des cours centrés sur la société moderne française et l’évolution de la langue.
En formation professionnelle la collaboration entre la Catalogne, Montpellier et Toulouse s’est intensifiée. Une délégation composée de directeurs d’établissements et des chefs de travaux de Catalogne a visité ces deux villes en mars dernier pour rencontrer leurs homologues français. Ceci va donner lieu à des échanges d’apprentis, de pratiques, etc. Ce volet est particulièrement intéressant car il concerne directement les relations bilatérales transfrontalières. De même, les accords de coopération bilatérale signés dernièrement entre l’Aragon et l’Académie de Bordeaux ou les Iles Baleáres et l’Académie de Lyon vont dans le bon sens.
Sur un plan personnel, ce fut un plaisir de travailler dans cette région qui très attachante et où j’ai pu bâtir des liens aussi bien professionnels que personnels.

A partir de la rentrée prochaine, vous travaillerez au Brésil. Est-ce pour effectuer le même poste ?
Oui, c’est pour le même poste mais avec une dimension de coopération universitaire également, et avec neuf Etats, au lieu de quatre communautés comme ici. Cela concerne tout le nord-est du Brésil. La situation s’annonce très différente là-bas, notamment parce que la deuxième langue étudiée au Brésil après l’anglais est l’espagnol, et non pas le français.

Propos recueillis par Alexia RICARD (www.lepetitjournal.com – Espagne) Mardi 30 juin 2015
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