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INTERVIEW - Jean-Bastien Urfels, candidat "Debout la République" pour la 5e circonscription

Écrit par Lepetitjournal Barcelone
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

Des origines germano-andalouses par le père, italiennes par la mère : Jean-Bastien Urfels, 33 ans, se décrit volontiers comme un petit-fils d'immigrés. C'est en 2007 que cet enseignant d'histoire-géographie s'expatrie à son tour et s'installe à Castelldefels, en Catalogne. Proviseur-adjoint dans un établissement français proche de Barcelone, il affiche une sensibilité certaine sur les questions de l'accès à l'enseignement pour les Français de l'étranger. Mais il défend aussi un engagement des députés de l'étranger sur des thématiques qui dépassent le simple périmètre local, questionnant notamment le rôle de l'Union Européenne.

(Photo DR)

Son engagement politique remonte à ses années d'étudiant. C'est en 2001 que le déclic se produit pourtant, avec un engouement pour le chevènementisme, puis l'animation d'un comité du "non" à la Constitution européenne en 2005, et enfin le ralliement au mouvement de Nicolas Dupont-Aignan, "Debout la République", par lequel il a été investi pour la 5e circonscription en début d'année. Il propose un patriotisme républicain et humaniste.
Les élections législatives se tiendront à l'étranger les 3 et 17 juin prochains, et permettront pour la première fois aux Français de l´étranger d´élire onze députés

Lepetitjournal.com : Quelles sont à votre sens les principales attentes des Français de la circonscription ?
Jean-Bastien Urfels : Je pense que nos compatriotes sont principalement préoccupés par la crise et ses conséquences. Il est urgent de soutenir l'activité économique de la zone, parallèlement à un accompagnement social des Français qui vivent dans des situations difficiles. Les Français s'intéressent de près au soutien que peut apporter la France à ses ressortissants, dans un moment pénible. C'est particulièrement vrai pour deux points : la scolarisation des enfants et l'accès à l'emploi.

Pouvez vous développer ?
Prenons l'emploi : il y a en Espagne, au Portugal, un grand nombre d'expatriés qui sont des créateurs d'entreprise, mais qui ne bénéficient que d'un support très limité de la part de nos institutions. Je pense qu'il ne faut pas se contenter de soutenir les grandes entreprises qui exportent, comme c'est peu ou prou le cas actuellement. Il faut s'inspirer du modèle asiatique et décliner des actions spécifiques, destinées à aider aussi les petits entrepreneurs, les artisans, qui créent de l'emploi, de la valeur ajoutée et du lien avec la France, souvent dans des conditions de grande solitude. Concrètement, je pense qu'un véritable travail d'accompagnement devrait être réalisé par notre réseau consulaire, pour garantir un service minimum gratuit à ces personnes, dans les domaines linguistiques, administratifs ou juridiques notamment. C'est une mesure qui serait non seulement créatrice d'emploi, mais aussi propice à stimuler le dynamisme de notre communauté expatriée.
Concernant la scolarisation, la Prise en Charge (PEC) des frais de scolarité lancée par Nicolas Sarkozy est en train de décevoir de plus en plus. Face à la hausse constante des frais de scolarité, cette aide ne couvre plus de façon satisfaisante les besoins des familles les plus fragiles. De fait, elle a plutôt été pensée comme un cadeau aux grandes entreprises, qui avaient pour habitude de prendre à leur charge les frais de scolarité des enfants de leur personnel détaché. Je suis partisan d'utiliser la même enveloppe budgétaire et de la destiner aux bourses, en assouplissant ainsi les critères d'attribution de ces dernières. On gagnerait beaucoup à définir des critères d'attribution de bourses plus ouverts, mais aussi véritablement transparents pour les familles, qui pourraient être en mesure de calculer simplement leur aptitude à bénéficier, ou non, de ces aides.
Enfin, je suis bien placé pour constater que l'on ne peut séparer la question du coût de la scolarité, de celle de l'attractivité de nos établissements. Si, comme c'est le cas aujourd'hui, le nombre d'inscriptions continue à baisser, les frais de scolarité se répartiront sur un plus petit nombre, qui devra supporter des coûts toujours plus lourds.

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D'autres mesures qui pourraient faciliter le quotidien des Français de la circonscription affectés par la conjoncture ?
Il existe plusieurs pistes de réflexion. Notamment sur la question de la fiscalité. Certains prétendent créer une fiscalité qui pourrait peser sur les Français de l'étranger : pourquoi pas, mais si on déclare ses impôts en France, alors il faut avoir accès à l'ensemble des services publics. Personnellement, je suis partisan d'un impôt de citoyenneté : tous les Français qui vivent à l'étranger devraient déclarer leurs revenus en métropole et s'acquitter auprès de la France de la différence ? si différence il y a - qui existe entre l'imposition locale et l'imposition française, ce qui leur permettrait de bénéficier des mêmes prestations que dans l'Hexagone. En Espagne, l'imposition est globalement comparable à celle qui a lieu en France, ce ne devrait pas être très complexe.
Autre point que je considère primordial, c'est celui des retraites : en Espagne, il faut cotiser 15 ans pour ouvrir ses droits à la retraite. Un Français qui cotise pendant 14 ans puis quitte le pays, aura tout perdu. Je suis partisan de la création d'un parcours européen de retraite, pour le moins entre Etats ayant même niveau de prélèvements sociaux. Ce serait une solution qui permettrait de prendre en compte les cotisations versées dans chaque pays, à l'heure de calculer le montant de la prestation. Encore une fois, entre la France et l'Espagne, ou la France et le Portugal, on parle de pays qui ont une forte tradition d'échange de populations.

Quels sont les sujets que vous souhaiteriez traiter en priorité au Parlement ?
Je crois qu'il faut rendre à la France sa souveraineté, sa liberté. Aujourd'hui la France n'a plus de marge de man?uvre, on prétend vouloir la lier au destin de l'ensemble des Etats de l'UE. C'est à mon sens une erreur. La France doit participer à une réorientation profonde de l'Europe, en instaurant une Europe à géométrie variable. Il s'agit de préparer l'Europe de demain, car aujourd'hui nous sommes en train de couler celle d'hier.
Les députés sont ceux qui doivent faire pression pour orienter la politique de la France. Je ne crois pas que le rôle d'un député, fusse-t-il des Français de l'étranger, doive se limiter à faire des propositions au niveau local. Au contraire : en tant que représentant des compatriotes expatriés, on est d'autant plus en mesure d'avoir une vision qui porte loin, qui ne s'arrête pas seulement sur le pas de sa porte.
La question est à mon sens, l'incapacité de l'UE à défendre l'économie et le modèle social de pays comme l'Espagne ou le Portugal, qui sont aux premières loges de la crise et qui, eux aussi, sont pris dans le carcan européen. Aujourd'hui, soyons clairs : on ne peut pas proposer un programme purement local pour les Français de l'étranger, alors que le pacte européen de discipline budgétaire prévoit que les budgets nationaux soient contrôlés par l'UE. Je crois que l'on mérite une autre Europe, les Français qui vivent dans la 5ème circonscription aussi.

Comment va se dérouler votre campagne ?
Je représente un parti naissant et ne dispose par conséquent que de très peu de moyens. Ma campagne sera financée en majorité sur mes fonds personnels et vous comprenez bien que mes déplacements seront limités. Je crois qu'un des enjeux particuliers de la circonscription, c'est que beaucoup de Français ne sont pas atteints par le débat. Nous avons affaire à une population jeune, souvent connectée à Internet et je pense qu'à travers le Web, on peut développer des plateformes qui permettent de changer un peu la manière de faire de la politique. Pour ma part, je compte développer une page Internet avec un forum, où je proposerai des rencontres virtuelles thématiques. En France, la campagne se fait sur les marchés, ici c'est différent. Mais tant mieux : on va pouvoir sortir les gens du débat à chaud, les entrainer sur d'autres supports que la sacro-sainte télé et peut être aborder des aspects plus profonds.
Afin de mener cette campagne à bien, je tiens également à souligner mon association avec Norman Ledoux, qui va être mon suppléant. Norman avait d'abord souhaité se présenter en tant que candidat indépendant. Il s'est dans un premier temps rétracté pour des raisons qui lui appartiennent. J'ai fait sa connaissance, nous avons évoqué les convergences de nos points de vue et nous sommes assurés que nous étions l'un et l'autre sur la même longueur d'onde. Nous avons décidé de porter ensemble cette candidature gaulliste, républicaine et humaniste en dehors de la pensée unique et sans tomber dans le piège de l'extrémisme.

Avez-vous envisagé un éventuel ralliement pour le second tour ?
Je laisserai, si le cas se présente, les concitoyens voter en toute conscience pour le second tour. En cas de deuxième tour entre deux candidats ne remettant pas en cause de façon républicaine le carcan européen dans lequel nous sommes enfermés, je voterai pour ma part blanc, comme je l'ai déjà fait pour le second tour de l'élection présidentielle.

Propos recueillis par Vincent GARNIER (www.lepetitjournal.com - Espagne) Lundi 21 mai 2012




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Publié le 21 mai 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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