

Affiche du film Nordeste
Dans Nordeste vous jouez le rôle d'une future maman qui souhaite adopter un enfant en Argentine. On vous connaît plutôt dans des rôles d'une femme sûre d'elle, cette fois-ci on découvre une certaine fragilité? Serait-ce dû en partie à la langue qui n'était pas la vôtre?
Je ne parlais effectivement pas l'espagnol avant de commencer le film. J'ai pris deux semaines de cours intensifs à Paris avant le début du tournage. Mais cela ne m'a pas dérangé pour tourner le film, au contraire. J'ai demandé au réalisateur Juan Solanas de faire peu de prises pour m'empêcher de connaître le texte par c?ur et ainsi laisser cette fragilité volontaire au personnage, qui a en fait beaucoup de mal à communiquer.
Qu'est-ce qui vous a donné l'envie de tourner ce film?
C'est au départ le metteur en scène qui avait pour moi beaucoup d'intérêt. Il avait reçu un prix à Cannes pour un court-métrage assez sombre et surréaliste, et après l'avoir rencontré, je me suis rendue compte que cela contrastait complètement avec sa personnalité, très rayonnante. Ce mélange m'a beaucoup intrigué. Lors du tournage, j'ai remarqué que presque tous les Argentins présentaient cette dichotomie, que l'on comprend quand on voit le pays - un pays immense, très beau et pourtant plein de violence.
En tant que présidente de l'association La Voix de l'enfant, l'adoption est un sujet auquel vous êtes déjà très sensibilisée?
En effet, la démarche d'adopter un enfant est à la fois généreuse et très difficile. Le problème d'aujourd'hui, ce sont les réseaux organisés de trafiquants. Finalement, ce n'est pas l'échange d'argent qui est vraiment gênant mais plutôt les personnes à qui l'on donne cet argent. Dans les pays européens, il est très difficile d'adopter par les voies légales, ce qui peut expliquer le recours aux marchés parallèles, parfois inconsciemment. Formosa [théâtre du film] est la plaque tournante du commerce d'enfants et d'organes. Aujourd'hui, le trafic de personnes rapporte même plus que la drogue. L'association dont je m'occupe, la Voix de l'enfant essaye de s'occuper de ces problèmes, mais aussi de l'amélioration des conditions de vie de ces enfants. Les deux actions ne sont d'ailleurs pas antinomiques.
Quelques mots sur le c?ur du film?
Les deux personnages du film, Hélène et Juana ne sont finalement pas si différentes. La seconde n'a seulement pas l'opportunité de pouvoir choisir et se protéger. Finalement, moins que l'adoption, c'est la rencontre de ces deux femmes qui est au centre de ce film, cette prise de conscience que l'autre n'est finalement pas si différent. C'est un film sur le partage. C'est aussi un film sur la difficulté de communiquer les uns avec les autres: cette femme que j'interprète est en pleine crise existentielle. Elle vit un voyage initiatique.
Laure NOURAOUT. (www.lepetitjournal.com ? Barcelone) ? mercredi 28 mars 2007
Nordeste, de Juan Sollanas, France, 2005







