EMIGRATION – Mieux connaître mon "Paki" d’en-bas

Par Lepetitjournal Barcelone | Publié le 25/02/2015 à 23:00 | Mis à jour le 06/01/2018 à 12:55

Les Pakistanais sont à Barcelone ce que les Tunisiens sont à Paris : des commerçants aux plages horaires interminables, bien pratique, il faut le reconnaître, lorsqu'il faut faire face à un apéritif improvisé à 22h, ou qu'il manque un ingrédient essentiel pour cuisiner le dimanche. La ville regorge de "Pakis" comme les Barcelonais ont l'habitude de les appeler -ces épiceries de quartier ouvertes presque tout le temps, qui proposent des produits de première nécessité. Zoom sur la population musulmane la plus représentée chez les entrepreneurs étrangers à Barcelone.

(http://www.photo-gratis.com)
La ville de Barcelone compte 20.052 personnes de nationalité pakistanaise selon les dernières statistiques démographiques établies par l'Ayuntamiento de Barcelona en janvier 2014. C'est 7,5% des étrangers vivant dans la capitale catalane et cela représente la plus grande concentration de cette communauté en Espagne.
Selon cette même source, la majorité de la population pakistanaise réside dans le district de Ciutad Vella, plus précisément dans le Raval. Dans ce quartier qui ressemble a un véritable "Little Pakistan", l'immigration de cette population est si forte que même les institutions ont du s'adapter à la réalité du quartier : dans le C.A.P. (centre médical) le plus proche, un agent communautaire de santé d'origine pakistanaise est ainsi dépêché afin de faciliter les démarches administratives des ressortissants de la communauté, rapporte la TV espagnole. La majorité des Pakistanais qui viennent de débarquer ne parle ni catalan ni espagnol, mais uniquement l'ourdou, dialecte du pays.

Les épiceries, LE business pakistanais à Barna
Les Pakistanais, désireux d'émigrer vers l'UE  afin de quitter une situation difficile dans leur pays d'origine, se sont tournés vers Barcelone en suivant tout simplement les besoins en main d'?uvre du marché du travail à un moment donné. Ils sont donc arrivés à une époque où Barcelone était en plein essor économique, puis ils se sont adaptés à l'évolution de la demande : d'abord la construction, puis les services, et aujourd'hui les commerces de proximité.
Car la présence pakistanaise la plus frappante dans la capitale catalane aujourd'hui reste celle des colmados, comprenez les épiceries de quartiers. Les Pakistanais détiennent majoritairement le business de ces petits commerces qui prolifèrent à vue d'?il. Le secret de leur succès réside dans leurs horaires à rallonge. Parfois jusqu'à 16h d'ouverture par jour ! A cet égard, Ali, employé dans l'une de ces épiceries, affirme avec humour qu'il lui faudrait "plus d'heures que celle qu'il y a dans un cadran !". Selon une étude de l'Université Autónoma la ville compte plus de personnes d'origine pakistanaises recensées (empadronados) que de permis de travail délivrés, triste reflet de la situation irrégulière et précaire de certains.

Mais d'où viennent-ils exactement?
La communauté pakistanaise émigre vers Barcelone depuis le début des années 90, bien que le "boom" d'immigration se situe au début des années 2000 : en 2002 on recensait uniquement 385 nouveaux immigrés pakistanais selon les recensements officiels, alors que sur l'année  2006 on comptait 3977 nouveaux arrivants, toujours selon les statistiques de la Ville. La grande majorité des Pakistanais vivant à Barcelone viennent de la région de Punjab, au centre nord du Pakistan, à la frontière de la région du Cachemire. Certains viennent avec des visas, d'autres sans papiers par leurs propres moyens, et travaillent de petits boulots le temps nécessaire pour régulariser leur situation ; l'association "Trabajadores Pakistanies de Catalunya" a d'ailleurs été créée en 1993 pour faire face aux nombre croissant de d'immigrants sans papiers, comme l'explique son président Jayed Ilyas.

? et pourquoi travaillent-ils autant ?
La forte présence pakistanaise en Catalogne, et plus particulièrement à Barcelone, viendrait de la notion de  clan-famille, le "biradari" chez les Pakistanais : "lorsqu'un nouveau ressortissant arrive, il n'a rien, et les autres membres de la communauté lui offrent toit et nourriture jusqu'à ce qu'il puisse être autonome et les rembourser", explique Ali. Voilà pourquoi dans la plupart des épiceries, plusieurs employés se relaient sans relâche sur les larges horaires d'ouvertures. Si vous demandez le patron ? La plupart du temps on vous répondra que ce mois-ci il est en vacance au Pakistan. Selon l'un des travailleurs pakistanais de la ville, un système de rotation bien rodé entre les membres de la communauté permet tour à tour aux uns et aux autres d'aller passer 1 à 3 mois au pays, revoir leur famille et rapporter un peu d'argent, pendant que ceux restés en Espagne travaillent non stop à l'épicerie. Car sur les 20000 immigrés pakistanais que compte Barcelone, plus de 75% sont des hommes (15.299 sur les 20.052 immigrants pakistanais recensés lors de la dernière étude) et ceux qui sont mariés ont laissé leur femmes au Pakistan, même s'ils ont la possibilité de rapatrier épouse et enfants en Espagne grâce au système de regroupement familial.

Fête nationale
Barcelone développe de nombreuses activités culturelles, sociales et éducatives avec la communauté pakistanaise. Pour preuve, chaque année le 14 août, à l'occasion du jour de l'indépendance de la République Islamique du Pakistan, la communauté pakistanaise de Catalogne se regroupe dans la capitale catalane pour célébrer ce jour de fête au son de l'hymne national pakistanais et de nashids, des chants religieux... Désormais, c'est sûr, vous ne verrez plus votre épicier du même ?il !

Perrine LAFFON (www.lepetitjournal.com - Espagne) Jeudi 26 février 2015
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