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Quatre mousquetaires du féminisme crèvent l’écran

Par La rédaction de Bangkok | Publié le 07/03/2010 à 23:00 | Mis à jour le 25/02/2019 à 10:14
TV Thai Phuying Toeung Phuying

Les Thaïlandaises, soumises ? Voilà une idée qui est sur le point de changer ! Sans pour autant abandonner l'angélisme et la coquetterie, ces dames entendent bien se faire respecter. Une émission phare de la chaîne 3 s'est faite leur porte-drapeau. Chaque matin un charmant quatuor distille ce qu'il faut savoir pour que condition féminine rime avec épanouissement.

Parmi les nombreuses émissions adressées aux femmes, Phuying Toeung Phuying (Les femmes aux femmes) rencontre un franc succès. Pourtant, ce programme du matin diffusé sur la chaîne 3 du lundi au vendredi et qui rassemble environ un million de téléspectateurs entre l'heure du petit déjeuner et l'arrivée au bureau, ne parle pas spécialement de shopping, ni des dernières tendances de la mode.

Pendant plus de 45 minutes à partir de 8h40, quatre journalistes passent en revue les informations de ce monde ayant trait de près ou de loin à la condition de la femme.

Imaginée et lancée en 2004 par le Président de Channel 3 en personne, Prawit Maleenont, Phuying Toeung Phuying informe, éclaire, souligne, s'amuse, dénonce, avec pour objectif premier d'amener les femmes à revendiquer respect et équité sociale dans une société où les violences et autres abus sont fréquents et étaient banalisés jusque récemment . Au-delà, l'émission a pour but de sensibiliser la société à l'intérêt de revaloriser le rôle de la femme et la libérer des carcans qui l'entravent et l'exposent aux injustices.

Porte-drapeau du féminisme thaïlandais

Actus chaudes, revendicatrices, pratiques, comiques et pathétiques, forment un cocktail détonnant, toujours relevé de l'indispensable touche de "sanook" (fun). Sur le plateau, les rôles sont clairement répartis : Pui, maman épanouie, donne ses astuces et conseils pour être une bonne mère sans pour autant sacrifier à sa vie de femme, et vice-versa. A sa droite, Kaï passe en revue les nouveautés en matière de droit international et local des femmes. Vient ensuite, Nina, qui sélectionne des faits intéressants de l'actualité internationale pour proposer un florilège de nouvelles aussi bien sérieuses que "tendances", ou encore insolites. Tout à fait à droite, Kalamare (prononcer Kalamê) est celle qui n'a pas sa langue dans sa poche. Elle aborde, avec un ton guilleret et la voix gentiment éraillée des personnages prolixes, les tabous et autres sujets qui fâchent - mais néanmoins fondamentaux - que les Thaïs en général, surtout les femmes, n'abordent jamais ou peu. De son nom Patcharasri Benjamas, elle a notamment publié un livre dont le titre en dit long : "Phuchai laewkwa mah lae mai dai ma jaak dao Ungkarn? (Les hommes sont pires que les chiens mais ils ne viennent pas de Mars).

"Nous rappelons systématiquement que [l'émission] relève d'une vraie démarche féministe, destinée à sensibiliser les femmes et leur donner les clés nécessaires pour les amener à se prendre en main", explique Nina, qui a rejoint l'équipe en 2005. "L'objectif de l'émission est de leur permettre d'être des femmes meilleures, plus intelligentes, plus indépendantes".

Les femmes doivent prendre leur destin en main

Pas vraiment question ici de revendiquer les plates-bandes des "mecs", mais avant tout d'apprendre à ces dames qu'elles ne doivent pas se laisser marcher sur les pieds, que se faire respecter passe avant tout par se respecter soi-même, et aussi que les égards "dus" aux hommes se justifient par le comportement et non par les chromosomes.

"Dans certains cas, les femmes sont exposées aux maltraitances parce qu'elles ne veulent pas être indépendantes, elles refusent de faire face au monde extérieur, elles restent à la maison et se reposent sur un train de vie garanti par leur mari qui, au final, a un fort ascendant sur elles", estime Nina.

"Travailler n'est pas un problème ici. Il y a des choses que les femmes sont capables de faire et d'autres qu'il leur est plus difficile d'accomplir. Mais nous vivons dans une société ouverte d'esprit et, par exemple, les gens n'iront pas dire que les femmes sont incapables de faire telle ou telle chose : il y a [pour les femmes] des opportunités partout".

Nina animatrice tele thailandaise

Trois questions à Nina

LEPETITJOURNAL.COM : Quels est selon vous le principal aspect sur lequel la Thaïlande doit agir pour améliorer la condition de la femme ?
NINA : L'éducation. J'aimerais voir davantage de femmes achever le lycée, puis évoluer à l'université. Le gouvernement essaye de changer cela, mais j'aimerais aussi que le Ministère enseigne aux enfants comment être une bonne épouse, comment être un "gentleman", un bon fils, etc. Enseigner l'amour dans les relations est très important. Si nous changeons nos réflexes de pensée vis-à-vis des relations hommes/femmes cela fera baisser le taux de violence et d'abus. Par exemple, quand deux femmes discutent de leurs enfants respectifs en présence de ceux-ci et que l'une dit à l'autre sur le ton de l'admiration "ce sera un vrai « chao chou » (coureur de jupons) celui-là", cela contribue à inculquer aux enfants l'idée qu'il est naturel pour un homme de valeur d'avoir des aventures extraconjugales. Il vaudrait mieux leur apprendre que tromper la femme avec laquelle on vit et que l'on est censé protéger relève de la médiocrité, ou encore leur expliquer à quel point le partage des tâches ménagères peut participer à l'équilibre et l'harmonie dans le foyer.

Les médias, dont vous faites partie, jouent un rôle important dans la sensibilisation à la condition féminine, mais ils sont aussi critiqués pour desservir la cause. Qu'en pensez-vous ?
Les médias portent en effet eux aussi une grande responsabilité. Les femmes y sont méchamment maltraitées. Les publicités et autres annonces commerciales véhiculent une image de la femme parfaite au travers de canons qui ne reposent finalement que sur des critères purement marketing : votre peau aussi blanche que du lait, aussi douce que de la soie, etc. notre perception des choses commence à être totalement déformée par ce matraquage. Il y a aussi les séries dramatiques qui ne cessent de justifier le recours à la violence contre les femmes, ou encore les talk-shows où l'on des maris viennent exposer leur vie privée en ridiculisant de leur épouse.

On entend souvent dire qu'il est difficile pour les femmes de la classe moyenne de Bangkok de trouver l'âme s?ur en raison de leur niveau social supérieur à celui de beaucoup d'hommes, qu'en pensez-vous ?
Non, ce n'est pas vrai. Il suffit d'être équilibrée. On a beau être brillante, bien gagner sa vie, être une célébrité, ou une riche et redoutable femme d'affaires, lorsque l'on rentre à la maison, il faut savoir reprendre sa place au sein du couple, retrouver la relation d'équilibre et de respect mutuel qui doit primer. Dans mon couple, il n'y a pas de leader, nous sommes partenaires. Je fais de mon mieux pour être une bonne épouse. En faisant cela, les opportunités sont partout.

 

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