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PROJET DE CONSTITUTION – La Thaïlande en route vers une démocratie dirigée?

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 23/08/2015 à 22:00 | Mis à jour le 21/05/2020 à 04:06

La junte thaïlandaise cherche à s'octroyer des pouvoirs exceptionnels pour "prévenir et réprimer" toute agitation à l'avenir, dans un projet de Constitution publié samedi, présenté par ses rédacteurs comme une voie de sortie de la crise politique mais considéré comme anti-démocratique par ses détracteurs.

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Rappel des principaux faits de la crise politique thaïlandaise

Depuis dix ans, la Thaïlande est engagée dans une crise politique qui a vu les gouvernements pro-Thaksin Shinawatra systématiquement renversés après plusieurs mois de manifestations bloquant Bangkok.

Le mouvement anti-Thaksin des Chemises jaunes avait mené des manifestations quasi hebdomadaires entre janvier et avril 2006, forçant le Premier ministre Thaksin à dissoudre l'assemblée et organiser de nouvelles élections, lesquelles furent annulées quelques jours plus tard par décision de justice. Le nouveau scrutin attendu pour novembre 2006 avait été devancé par la prise de pouvoir le 19 septembre par les militaires qui restèrent plus d'un an.

En décembre 2008, le gouvernement pro-Thaksin élu en décembre 2007, est remplacé par un gouvernement dominé par l'opposition à la faveur de la dissolution du parti au pouvoir sur décision de la Cour Constitutionnelle - un jugement avancé de plusieurs semaines par rapport au calendrier prévu. Cette décision, qui est intervenue trois jours avant l'anniversaire du roi, avait mis fin à plus de trois mois de manifestations violentes et d'occupation du siège du gouvernement par les Chemises jaunes ainsi que le blocage pendant une semaine des deux aéroports de Bangkok. La décision de la Cour Constitutionnelle avait été cataloguée de "coup d'Etat judiciaire" par les analystes.

En 2010, des manifestations organisées par le mouvement pro-Thaksin des Chemises rouges demandant la tenue d'élections ont été durement réprimées après plus de deux mois d'occupation et de blocage du centre ville de Bangkok, faisant plus de 90 morts et environ 2.0000 blessés.

En 2014, le gouvernement pro-Thaksin élu depuis 2011 a été renversé après plus de sept mois de manifestations violentes organisées par un mouvement d'opposants similaire à celui des Chemises jaunes. Quelques jours plus tôt, la Première ministre, Yingluck Shinawatra, sœur de Thaksin, avait été destituée par une décision de la Cour Constitutionnelle.

Pour en savoir plus sur la chronologie de la crise politique thaïlandaise de 2006 à 2014, lire notre article CRISE POLITIQUE THAILANDAISE - Rappel des faits
 

   

Le projet de texte doit encore être approuvé lors d'un vote le 6 septembre au sein du conseil de réformes mis en place par la junte, et pourrait, s'il est validé, être soumis à un référendum.

Mais les opposants estiment que ce énième texte, dans cette jeune démocratie coutumière des refontes constitutionnelles, n'a d'autre but que d'installer pour de bon le pouvoir militaire au-dessus de la vie politique et d'empêcher la vraie démocratie de prendre racine.

L'article 260 permet en effet aux militaires de remplacer tout gouvernement élu par un panel de "crise" composé de 22 membres nommés, s'ils l'estiment nécessaire. Cela à tout moment durant les cinq ans suivant la promulgation de la Constitution.

Ce comité pourrait comprendre des hauts gradés de l'armée et autres officiels non élus, comme par exemple le Commandant Suprême des Armées et les chefs de l'armée de terre, de l'air et de la marine.

Si le texte est promulgué, le comité peut user de ses pouvoirs exceptionnels n'importe quand "s'il devient nécessaire de préserver l'indépendance et l'intégrité du pays", dit le document.

Son intervention peut également être justifiée "pour prévenir et réprimer l'incitation à l'agitation ou des menaces vis-à-vis de la paix et l'ordre et la monarchie ou l'économie du pays."

La Thaïlande est coupée en deux depuis que le milliardaire et ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra a été évincé du pouvoir par un coup d'Etat en 2006 précipité par une série de manifestations contre lui (voir notre encadré).

Depuis, le royaume a vu un autre putsch, trois Premier ministres destitués par décision de justice, et des cycles de longues manifestations marquées par des épisodes violents.

Ces troubles qui perturbent la vie du pays et minent son économie sont à chaque fois le prétexte qui justifie - et rend acceptable par l'opinion - une intervention "salvatrice" de justice ou militaire.

Mais plusieurs analystes estiment qu'il va en réalité mener à davantage de division et ralentir considérablement le développement de la démocratie dans le royaume.

"La mise en place d'un super comité va altérer ou ralentir tout effort des Thaïlandais pour consolider leur démocratie," dit Paul Chambers, directeur de recherche à l'Institut des affaires du Sud-est asiatique en Thaïlande.

"Les gouvernements élus vont devenir des cirques comiques superficiels tandis que la Thaïlande établit une vraie démocratie dirigée," dit-il, ajoutant que les dirigeants actuels de la junte devraient très certainement siéger au comité.

P.C. avec AFP lundi 24 août 2015
 

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