LIVRE - Taksin, roi des rizières

Par Lepetitjournal Bangkok | Publié le 19/12/2007 à 01:00 | Mis à jour le 13/11/2012 à 11:20

Après nous avoir raconté Phaulkon à travers son excellent Ministre des Moussons, la romancière Claire Keefe-Fox nous revient avec un nouveau roman sur le roi Taksin. Toujours fidèle à l'histoire inscrite dans les livres, elle laisse aller ici une créativité romanesque bienvenue qui établit la vraisemblance de ce personnage énigmatique de l'histoire thaïlandaise

La romancière Claire Keefe-Fox, déjà bien connue des amoureux et amateurs du Siam, nous avait donné en 1998 un excellent récit sur Constance Phaulkon (dit le Faucon du Siam), ce Grec célèbre du 17ème siècle, devenu conseiller du roi Naraï et quelque peu responsable des non moins célèbres ambassades de Louis XIV à la cour d'Ayuthaya. Il s'agissait du Ministre des Moussons (chez Plon également).
Voici qu'elle nous revient avec un nouveau roman gravitant autour d'un autre personnage énigmatique de l'histoire thaïe, le roi Taksin, qui, à la suite de la destruction de la capitale par les Birmans en 1767, réunifia le royaume, bouta les ennemis hors du pays et se fit roi du Siam reconstruit par lui. Les Thaïlandais ont eu l'honneur et le plaisir de lire Le Roi des Rizières un an avant nous, puisqu'il est paru en traduction en 2006 (Nanmeebooks, 2549, 437 pages).
Le premier roman siamois de Madame Keefe-Fox suivait d'assez près les bonnes sources de l'histoire. Or, voici que, sans trahir pour autant l'histoire telle qu'elle nous est transmise par les documents, l'auteur donne ici libre cours à une fiction romanesque intense, en créant un personnage qui fait toute la qualité de son récit et en établit la vraisemblance. Il s'agit de Mathieu de Kerhervé (devenu Ma Tyou en siamois), frère fictif d'un personnage réel qui fut missionnaire au Siam à l'époque où se situe l'action.

Oserait-on dire que la création de ce personnage donne à la romancière une envergure de belle venue, que n'avait peut-être pas son premier essai romanesque? Il lui permet de jouer avec le temps et les modes de récit, le personnage principal apparaissant tour à tour dans les parages du héros, dans sa vieillesse et sa fin alors qu'il est retourné dans sa Bretagne natale.
Par la voix d'un narrateur principal, nous sommes introduits au journal que Mathieu a laissé des événements de la chute d'Ayuthaya et de la reconquête du pays par celui qui allait devenir le roi Taksin. Par cette invention, la romancière se sent plus libre dans son style qui a pris de l'ampleur depuis le Ministre des Moussons et qui livre ici des pages d'une très grande beauté.
Le personnage de Mathieu ayant été introduit auprès du héros par un descendant du Phaulkon, l'auteur crée ainsi une amorce de cycle entre son premier et son second roman. Le roi Taksin ayant été détrôné (pour cause de folie qui le menait souvent à la tyrannie) par un ami d'enfance qui allait devenir le fondateur de la dynastie Chakri, on saura gré à la romancière de ne pas avoir insisté outre mesure sur sa mort mystérieuse - et atroce.
Claire Keefe-Fox travaille actuellement à un troisième roman siamois, qui se situera dans la ville de Chanthaburi à l'époque où elle se trouvait sous domination française (1893 - 1905). Nous avons encore de belles heures de lecture devant nous.                
Jean MARCEL (article paru dans le magazine Gavroche du mois de septembre) (www.lepetitjournal.com - Bangkok) mercredi 19 décembre 2007

Le Roi des rizières, de Claire Keefe-Fox, Plon, 2007, 381 p.

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