Édition internationale

La hausse des taxes, une solution durable pour lutter contre le tabagisme en Grèce ?

Le prix moyen d’un paquet de cigarette en Grèce s’élève à environ 4,60 euros. Mais une réforme fiscale proposée par la Commission européenne pourrait faire grimper ce montant jusqu’à 7 euros. Dans un pays qui affiche le deuxième taux de tabagisme le plus élevé de l’Union européenne (UE), cette perspective inquiète. Pour faire baisser la consommation de tabac, une hausse massive de la fiscalité est-elle la solution la plus durable et efficace ?

tabactabac
Écrit par Laurette Buchart
Publié le 28 janvier 2026

Si la consommation mondiale de tabac est globalement en recul, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) constate que la baisse est plus lente en Europe que dans le reste du monde. En 2024, 24,1% des Européens fumaient encore, et le tabac demeure responsable de 700 000 décès par an dans l’UE.

La Commission européenne propose de réviser la directive sur la taxation du tabac et d’introduire une nouvelle taxe européenne sur la quasi-totalité des produits du tabac et de la nicotine.

Cette réforme entend faire reculer la consommation de tabac afin d’améliorer la santé publique. Selon les partisans du projet, l’augmentation de la fiscalité constitue la mesure la plus efficace : depuis 2011, les hausses des taxes seraient liées à une diminution de 40% du tabagisme dans l’UE. La réforme s’inscrit aussi dans le cadre du Plan européen pour vaincre le cancer, qui ambitionne de créer une « génération sans tabac », c’est-à-dire une population comptant moins de 5% de fumeurs, d’ici 2040.

 

Le gouvernement grec exprime ses réserves

A Athènes, le projet ne fait pas l’unanimité. Lors d’une récente réunion du Conseil des affaires économiques et financières, le ministre de l’Economie Kyriakos Pierrakakis a exprimé ses doutes.

Sa première inquiétude concerne le risque accru de contrebande. La Grèce partage une frontière avec la Turquie, où le prix moyen d’un paquet avoisine 1,90 euro. Un écart tarifaire aussi important pourrait inciter les consommateurs à se tourner vers des produits illégaux et non taxés.

Le ministre souligne également l’impact potentiellement brutal de la réforme sur l’industrie grecque du tabac. Il plaide pour un taux d’imposition plus modéré, accompagné d’une période de transition plus longue, pour permettre au marché de s’ajuster.

Par ailleurs, l’idée selon laquelle la hausse des prix entrainerait mécaniquement une baisse de la consommation mérite d’être nuancée. Au sein de l’Union européenne, 38% des personnes en difficulté financière fument, contre 21% parmi celles qui n’ont jamais connu de tels problèmes. Cela suggère que la fiscalité, à elle seule, ne suffit pas, et que d’autres approches, davantage centrées sur les déterminants sociaux, doivent aussi être envisagées.

 

Le tabagisme en Grèce

La Grèce figure régulièrement parmi les pays les plus touchés par le tabagisme en Europe. En 2025, 36 % de la population déclarait fumer, juste derrière la Bulgarie (37 %). Selon la Commission européenne, le tabac était responsable d’un cinquième des décès du pays en 2019.

Les lois, souvent floues ou peu appliquées, n’ont pas toujours permis d’endiguer le phénomène. Par exemple, l’interdiction de fumer dans les lieux publics, introduite dès 2002, a été largement ignorée.

En 2014, Léa, étudiante en Erasmus à Athènes confiait au Petit Journal :

« Au début, machinalement, je finissais ma cigarette à l’extérieur avent de rentrer dans un bar ou un restaurant. Après quelques mois ici, je me suis mise à fumer à la grecque, c’est-à-dire partout. Et il n’y a pas très longtemps, j’ai su qu’il y a une loi interdisant le tabac dans les lieux publics. J’ai été très surprise, rien n’est indiqué nulle part »

Une étudiante polonaise, Justyna, ajoutait :

« Tout le monde fume partout, dans les couloirs et parfois même dans les classes. Je sens la cigarette alors que je ne fume même pas ! »

Depuis, la législation s’est durcie, avec des amendes importantes et des contrôles fréquents. Malgré cela, il reste courant de voir des clients fumer dans certains bars ou discothèques.

 

Les jeunes, nouvelle cible de l’industrie

Aujourd’hui, les plus gros consommateurs de tabac en Grèce sont les 40-54 ans, dont 46% fument. Chez les jeunes, la tendance est à la baisse : entre 2011 et 2021, le taux de fumeurs parmi les 16-24 ans aurait diminué de plus de 50%.

Toutefois, les jeunes sont une cible privilégiée de l’industrie du tabac. L’industrie le sait : commencer à fumer tôt augmente la durée de consommation et rend l’arrêt plus difficile.

Selon Kristina Mauer-Stender, conseillère régionale de l’OMS Europe :

« Les tactiques de marketing de l’industrie, qui utilise des arômes et emballages au design accrocheur pour rendre les produits attrayant pour les jeunes et exploitent les zones grises de la législation pour en faire la promotion sur les médias sociaux, sont en train de rendre une nouvelle génération accro à la nicotine »

Les chiffres de la cigarette électronique sont particulièrement préoccupants : les européens de 13 à 15 ans affichent le taux de consommation le plus élevé au monde, avec 14,3% contre 4,6% chez les adultes de la même région.

 

Face à ces constats, la vigilance reste de mise. Si l’UE souhaite atteindre son objectif de « génération sans tabac » d’ici 2040, elle devra tenir compte des spécificités sociales, du risque de contrebande et du ciblage croissant des jeunes par l’industrie. La hausse de la fiscalité peut constituer un levier efficace, mais elle ne saurait, à elle seule, répondre à un problème aussi profondément ancré.

 

 

Publié le 28 janvier 2026, mis à jour le 28 janvier 2026
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos