Le conflit ukrainien a alerté le reste de l’Europe sur sa vulnérabilité, et encouragé une dynamique de réarmement. Cependant, celle-ci a rapidement engendré des frictions entre États, certains étant accusés de ne pas participer suffisamment, et d’autres pointant la dépendance en résultant vis-à-vis des producteurs.


Ce n’est pas la première fois que la Grèce est encouragée par ses alliés à contribuer plus amplement à l’aide militaire de l’Ukraine. Néanmoins, plutôt que du matériel moderne, elle favorise l’envoi d’armes largement dépassées, comme celui de 60 obusiers automoteurs M110 de 203mm, présent dans les stocks de l’armée depuis les années 1960.
Actuellement, ce sont les avions qui constituent le dernier sujet de discorde entre la Grèce et le reste de l’OTAN. La France et les États-Unis, en particulier, souhaitent renforcer les capacités aériennes de Kyiv tout en affirmant leur rôle de soutien militaire majeur, tandis que les pays d’Europe de l’Est, proches du conflit, veulent s’assurer que le gouvernement grec continue à s’y investir. Les missiles Crotale qu’il a déjà transférés sur le front ne sont donc plus suffisants.
Des avions dont le remplacement pose problème
La Grèce a passé commande de plusieurs Mirage 2000-5 (la génération d’aéronefs précédent le Rafale) en 2000, qui ont été délivrés entre 2004 et 2007. Ils ont donc aujourd’hui entre 19 et 22 ans, ce qui en termes techniques les situe à « mi-vie » : leur maintenance est de plus en plus complexe, mais ils continuent à représenter un atout stratégique de taille.
La « Polemiki Areoporia » (l’armée de l’air grecque) en possède aujourd’hui 24, qu’elle souhaite vendre pour se procurer des Rafales. Le temps presse : l’accord permettant la poursuite de la maintenance des Mirage expire en 2027, et la France a refusé de les racheter afin qu’Athènes finance leurs remplaçants. Des discussions avec l’Inde se sont également avérées infructueuses.
Derrière les considérations militaires, des pressions diplomatiques
Le gouvernement grec s’est donc fait suggérer par ses partenaires de l’OTAN d’en faire don à l’Ukraine, possibilité qui a immédiatement été refusée.
Une autre proposition s’est donc faite sous forme d’une vente indirecte : les États-Unis, la France et certains États d’Europe de l’Est payeront les avions, pour les revendre ensuite à Kyiv. Pour appuyer cette offre, Paris a indiqué être favorable à la vente de Rafales supplémentaires à un prix plus bas en cas d’acceptation du gouvernement.
Toutes ces négociations prennent place dans un contexte diplomatique complexe : Athènes est poussé par les États-Unis à se procurer des armes de leur propre fabrication, dans le cadre de la Liste des besoins prioritaires de l’Ukraine. L’Union Européenne met de son côté pression pour que la Grèce accepter la participation de la Turquie dans son programme de prêts SAFE, coordonnant les dépenses militaires des États membres et de leurs associés.
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