SANTE - Services de soutien aux toxicomanes débordés et multiplication des cas de sida

Par Lepetitjournal Athènes | Publié le 16/07/2012 à 00:00 | Mis à jour le 20/11/2012 à 12:26

Confronté simultanément à une prolifération fulgurante de la toxicomanie et à une diminution progressive des subventions allouées par le gouvernement,  les centres de soins ne disposent que d'une faible marge de man?uvre pour aider les toxicomanes à combattre leurs addictions

Jeune toxicomane dans les rues d'Athènes, quartier d'Omonia (photos lepetitjournal.com)

"A partir d'août, nous n'avons aucune idée si oui ou non nous recevrons un centime de la part du gouvernement
". Emi Koutsopoulou est psychiatre à l'organisation OKANA, prenant en charge les addictions aux drogues. Avec l'augmentation sans précédent de la toxicomanie en Grèce, son centre est saturé. "Il y a de plus en plus de patients et de moins en moins d'argent", témoigne la psychiatre.  Le secteur de la santé, grande victime de la crise, a subi des coupes radicales dans son budget. Entre 2010 et 2011, le gouvernement grec a réduit ses dépenses en santé de 13%. La recrudescence de la toxicomanie en est le reflet. "Avec la crise, la drogue est facile à se procurer", explique Emi Koutsopoulou. "On peut se procurer une dose de méthamphétamine ou d'héroïne pour seulement quelques pièces". En 2010, le nombre de consommateurs avait augmenté de près de 20 % passant de 20.200 à 24.100, selon le Centre grec pour l'étude et la surveillance des drogues. Financé par le gouvernement, OKANA intervient dans la prévention, le traitement, et la réhabilitation des accros aux drogues. Combinant soins psychiatriques et méthadone, traitement de substitution à l'héroïne, OKANA tente d'aider les toxicomanes sur le long terme. Renouer le contact avec la famille, trouver un toit pour dormir, obtenir un travail? le traitement s'adapte aux besoins de chacun. Il existe 52 centres à travers la Grèce, et 23 dans la région de l'Attique.
D'autres centres de traitement viennent en aide aux toxicomanes, comme 18 ???, le département de l'hôpital psychiatrique de l'Attique, ou bien ????? un service public non connecté au gouvernement. Nouveau défi pour ces programmes et services de traitements : tenter de limiter la contagion du SIDA parmi leurs malades.

1450 % de hausse du SIDA à Athènes
Les chiffres sont pour le moins alarmants. Le taux d'infections par le virus du SIDA a augmenté de 57 % par rapport à 2010, selon le Centre hellénique pour le contrôle des maladies infectieuses. A Athènes, le nombre de cas de séropositivité aurait augmenté de 1450 % par rapport à 2010 selon Médecin sans frontières. Plusieurs facteurs expliquent cette recrudescence sans précédent. "A cause de la crise, les toxicomanes préfèrent utiliser les seringues pour consommer de la drogue, afin d'en avoir plus", explique Mme. Koutsoupoulou. Les relations non protégées et la prostitution, envers de la consommation de drogues, augmentent d'autant plus les risques de contamination. 

(OKANA : Organisme contre les drogues - Centre de soins)

De véritables ghettos de drogue se sont formés dans la ville. Le quartier Omonia en est le triste représentant. A quelques pas de l'école Polytechnique d'Athènes, rue Totsira, trois femmes du programme d'échange de seringues KEELPO patientent. A quelques mètres, trois hommes s'injectent une dose d'héroïne. "On essaye de prendre soins d'eux du mieux qu'on peut", explique l'une d'entre elles en délivrant une seringue à un passant. L'organisme KEELPO essaye avec les moyens du bord de réduire les risques d'infections en mettant à la disposition des usagers du matériel d'injection stérile. Leur bus itinérant sillonne la ville pour s'établir au plus près des groupes d'accros. Depuis mars 2010, 4 unités de KEELPO sont affectées exclusivement à l'échange de seringues. Selon une récente étude de l'organisme, sur 500 personnes, 1/5 des toxicomanes souffrent du virus du SIDA. KEELPO aide tant bien que mal d'aider les toxicomanes, mais peu de moyens sont mis à leur disposition. La Grèce n'aurait distribué en 2011 que trois seringues propres par toxicomane par an selon le Centre Hellénique pour le contrôle des maladies infectieuses.
Aujourd'hui, 25 % des patients de Mme Koutsoupourou sont séropositifs. Avant la crise, ils n'étaient seulement que deux ou trois. Face à cette contagion sans précédent du virus du SIDA, le gouvernement semble débordé. Le 5 mai dernier, des prostituées, dépistées séropositives, ont été condamnées à la détention, pour "tentative de lésions corporelles graves". Les autorités grecques avaient alors publié les photos des jeunes filles dans la presse, dans le but d'inciter leurs clients à se présenter à des tests de dépistage. "C'était vraiment une décision irraisonnée de la part du gouvernement, s'exclame la psychiatre. Il y en a beaucoup plus qui sont séropositives, et les clients ne vont pas se méfier ! Et ces femmes sont toujours en prison, alors qu'elles nécessitent des soins !". Emi Kotsoupoulou observe le désarroi du gouvernement : "Au ministère de la Santé, ils sont pris de panique. Les chiffres d'infection ne cessent d'augmenter. Avant, ils accusaient les immigrés, mais ça concerne aussi les personnes de nationalité grecque".

La clinique de Emi Koutsopoulou est aujourd'hui prise à la gorge. L'organisme OKANA n'est toujours pas sûr de recevoir les 20 millions de subventions à partager entre les diverses unités à partir d'août. Les mesures imposées par le mémorandum augurent en effet de nouvelles coupes budgétaires, qui seront annoncées à la fin de l'été. Quant à Mme Koutsopoulou, elle est confrontée à deux alternatives : rester tout l'été à OKANA, ou partir en vacances, en sachant qu'elle ne sera pas remplacée.
Aude Garachon (www.lepetitjournal.com/athenes.html) Lundi 16 juillet 2012

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