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VERONIQUE AMARE - Devenir guide NMV pour comprendre la culture dans laquelle on vit

Par Lepetitjournal Alger | Publié le 17/09/2015 à 22:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 14:02
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Deux jours par semaine, des expatriés bénévoles dument formés dispensent gratuitement des visites guidées au sein du Musée National de Bangkok. Ce sont les Volontaires du Musée National ou National Museum Volunteers (NMV). Véronique Amaré est responsable du groupe francophone qui compte 15 guides actifs. Elle nous raconte comment est née sa passion pour l’art et la culture d’Asie du sud-est et nous explique comment devenir un guide NMV

Comment avez-vous découvert les NMV ?
J'ai été parachutée ici depuis la France, je suis de formation scientifique au départ, sans expérience particulière en Histoire ou en Art. Quelqu’un de ma famille était venu visiter le musée et avait suivi la visite assurée par un guide NMV. Il m'avait dit que cela me plairait bien puisque j’aime les musées et que je pourrais rencontrer des gens intéressants. Effectivement je n'ai pas été déçue. Ce que j'aime dans la formation de guide NMV c'est que petit à petit, pendant les mois de formation, on comprend de plus en plus de choses sur le pays dans lequel on vit, par rapport à la religion, à l'art.

Comment se déroule la formation ?
La formation dure sept mois. Les trois premiers,  qui vont d’octobre à décembre, sont les conférences plutôt théoriques, et les quatre derniers sont pratiques avec présentation courte d’une pièce de la collection et présentation longue d’un sujet au choix et sa bibliographie. Les conférences, dans l’auditorium du musée, sont étalées sur deux matinées, mercredi et vendredi de 9h à 12. Elles couvrent l’Histoire de la  Thaïlande mais aussi celle des autres civilisations d’Asie du Sud-est qui ont interagi avec la péninsule. Il y a tout type de conférences, certaines sont publiques et proposées dans les quatre langues, d’autres sont réservées aux personnes qui suivent la formation. Pour celles qui sont publiques (Monthly Lectures ou Lecture series) elles se déroulent à l'auditorium du Musée et n'importe qui peut y assister (Tarif : 100 THB pour les membres des NMV et 200 THB pour les non membres).

--46 ans de bénévolat au service du Musée national
 

Les National Museum Volunteers (NMV), sont des bénévoles de plusieurs nationalités qui donnent de leur temps pour mettre en valeur le musée national et guider les touristes.

L'association a été fondée en 1969 par Khun Chira Chongkol, une Thaïlandaise ayant étudié la muséologie en Australie. De retour à Bangkok, recrutée comme directeur des relations publiques et de la pédagogie au Musée National, elle s'est rendu compte que pour créer un tissu culturel autour du Musée national, il fallait s’appuyer sur les communautés expatriées. Aujourd’hui, l’association compte une centaine de guides 21 allemands, 20 anglophones, 15 francophones et 21 japonais, sans compter les membres qui ont quitté Bangkok mais restent attachés à l'association.

Le Musée National a été créé en 1934, regroupant, au départ, les collections privées de la famille royale. Petit à petit il a intégré des collections issues des quatre coins de Thaïlande, et des experts étrangers comme le Professeur George Cœdès, célère orientaliste français, qui a apporté son aide à l’organisation des collections de 1927 à 1929.

Où: National Museum, 4 Na Phra That, Phra Nakhon 10200 Bangkok
Quand: mercredis et jeudis matin à 9h30
Coût: prix du billet d’entrée au musée, 200 bahts

A l'issue des trois mois de formation, chaque étudiant choisit sa pièce fétiche dans le musée (un instrument de musique, une peinture murale, une sculpture, une maison…) et en fait une bibliographie et une présentation de 5 minutes. Ensuite, nous avons deux mois et demi pour choisir un des thèmes abordés en première partie et en faire une synthèse, présentée en une heure aux étudiants, aux organisateurs de la formation et tous les aux guides qui le souhaitent. En plus de permettre la formation continue des guides, c’est aussi le moyen de mieux se connaitre et de passer un bon moment ensemble en se réunissant les uns chez les autres. Ce qui est intéressant c’est de voir l’approche différente de chacun: certains sont très axés sur les périodes, d'autres sur le côté artistique, d'autres sur la philosophie et l'origine des concepts.  

Quels sont le prérequis?
Il n’y en a pas, et c'est cela que j'ai trouvé génial. L’année où j’ai suivi cette formation le groupe était très hétérogène: tous les âges, tous les profils professionnels, expatriés, conjoints, en recherche d'emploi, retraités. Le but qui nous anime tous est le désir d’apprendre sur le pays dans lequel on vit. Certains connaissent déjà l'Asie mais nous sommes pour la plupart des novices.

Quels sont les coûts, pour la personne et pour l’association ?
Pour suivre la formation il faut cotiser à l’association NMV (1.200 bahts), et pour recevoir les supports de formation, on paie 2.000 bahts. L’adhésion permet d’entrer gratuitement au musée et surtout d'utiliser les ressources bibliographiques (la bibliothèque, située derrière le palais, compte plus de 4.000 ouvrages, dont un certain nombre sont en français). Elle permet aussi de recevoir la newsletter bimensuelle et de se voir proposer des voyages d'études de plusieurs jours, voire plusieurs semaines, à l'extérieur de la Thaïlande (Chine, Cambodge, Birmanie…), ainsi que des excursions sur Bangkok. Par exemple des matinées en dehors du musée, chez un fabriquant de tissus ou un collectionneur, dans une maison thaïe, dans un studio de danse ou un atelier de fabrication de masques.

Les coûts pour l’association sont assez minimes, nous fonctionnons sur le principe du bénévolat et nous bénéficions de l'hospitalité du musée qui met à notre disposition l'auditorium. Le personnel du musée nous fournit l'assistance technique pour pouvoir faire nos conférences. Dans notre gestion on essaye d'être autonomes, et les frais d'adhésion couvrent nos dépenses.

Quel est la relation entre le NMV et le musée?
Les NMV sont placées sous l'autorité du Département de Beaux-arts, qui est dépendant du ministère de la culture. Nous sommes tenus, comme tout membre d'une association en lien avec le gouvernement, à un devoir de représentativité et il peut y avoir un contrôle de la part d'un membre du ministère qui assiste aux conférences et qui peut avoir envie de modifier une perception ou une façon dont on présente les choses. C'est rarissime, mais c'est arrivé.
Sur les conférences nous sommes assez libres sur le choix des diapositives, des photos, des approches. Le contenu du manuel théorique, ça reste cadré. En Thaïlande, l'histoire a tendance à être interprétée différemment selon les périodes, selon les personnes, selon les chercheurs. Nous avons toujours un devoir de réserve quand nous présentons une théorie, et aussi nous parlons plutôt en termes de périodes que de dates précises.
 
Qui sont les professeurs et comment sont-ils recrutés ?
La formation est dispensée par les anciens guides qui ont fait des recherches ou des études sur un sujet particulier et ont envie de le présenter. Ils ne sont pas professeurs mais bénévoles. Nous avons aussi la chance que des archéologues des écoles universitaires d’ici ou d’ailleurs, ou des indépendants  viennent donner des conférences, par exemple des chercheurs de l’École française d'Extrême-Orient (EFEO). Pour les visites, nous sommes encadrés par des guides confirmés.
 
Quels est l’engagement ? Pendant combien de temps assurez-vous les visites ensuite ?
A la différence d'autres musées d’Asie qui demandent à leurs guides de s'engager sur un minimum d’un ou deux ans, ici il n'y a aucune contrainte. Il est possible de suivre la formation pour enrichir sa culture personnelle sans devenir guide. Chacun à ses obligations personnelles ou professionnelles, nous devenons guides au bout de sept mois et il se peut que la permanence d’un conjoint expatrié à Bangkok se termine plus tôt que prévu, donc nous comptons beaucoup sur les nouveaux guides.

Par exemple, je ne voulais pas être guide au départ, et je me suis prise au jeu à travers mes recherches personnelles. Pendant la deuxième partie de la formation j'ai commencé à lire et à comprendre beaucoup plus, j'avais plaisir à voyager en pouvant expliquer à ma famille l’origine des œuvres et les temples, c'était une grande joie et je me suis dit "pourquoi pas en faire profiter les touristes de passage au Musée?".
 
Quels sont les avantages d’être un guide NMV ?
En ce qui me concerne, j'ai trouvé un groupe accueillant, chaleureux, bienveillant. Nous sommes tous en train d'apprendre continuellement, grâce au groupe. Certains guides sont là depuis 20 ans d’autres pour 5 ou 2 ans seulement…Ceux qui quittent le pays restent toujours en contact avec les NMV. On a des membres qui se sont retrouvés au-delà des océans dans d’autres capitales étrangères et à Paris bien sur (pour une visite du Musée Guimet)! Ce qui me plaît c’est cette notion de formation continue et perpétuelle.
 
Comment recrutez-vous ?
Le recrutement se fait par les médias francophones. Nous, les Francophones, avons la facilité d'avoir une grande école francophone, le Lycée Français International de Bangkok (LFIB), où nous sommes présents dès la rentrée lors d’événements comme le café croissant en septembre. Nous travaillons aussi avec l’association des expatriés francophones, Bangkok Accueil, et à la rentrée nous organisons pour eux une visite du musée, qui est aussi un moyen de mettre en avant le travail des guides. Ils sont nombreux à tomber sous le charme de ce qu’ils voient et ils ont vraiment envie d’approfondir. RDV pour la visite le 11 septembre (inscriptions préalables sur le site de Bangkok Accueil à l’adresse ).

Quel est l’intérêt d’être guide au Musée National ?
L’une des raisons pour laquelle nous avons beaucoup besoin de guides, dans ce musée particulièrement, est que la muséologie n'a pas été revue depuis les années 60. Dans le musée national d'un pays comme la Thaïlande, qui est immensément touristique, on pourrait s’attendre à voir des moyens de communication du même niveau que ceux du Louvre ou du British Museum, mais pas du tout. Et justement, c’est là que le travail des guides prend sons sens. En guidant les touristes on leur fournit des explications qui ne sont pas présentes dans les salles du musée à l'heure actuelle (car il y a peu d’affiches et pas d’audio-guide). Ça va venir, il y a une réelle volonté de la part des membres de la famille royale d'élever le musée à un rang international.  Une campagne de travaux de rénovation a débuté cet été, elle va durer 5 ans.

Quels sont les projets futurs de l’association ?
Tout d’abord d'avoir suffisamment de guides pour pouvoir accueillir les touristes, et ensuite de continuer à organiser des conférences et des groupes d'études en français pour alimenter cette flamme de la connaissance qui perdure depuis plus de 45 ans. Les touristes francophones sont les visiteurs les plus nombreux du Musée, et ils représentent un tiers du nombre total des entrées.  Les tours guidés sont proposés en 4 langues tous les mercredis et jeudis de 9h30 à 12h.
 
Quand seront les prochaines rencontres des NMV ?
Nous seront présents lors de 2 évènements publics qui auront lieu à l’hôtel Dusit Thani (946 Rama IV Road
BTS Sala Daeng et MRT Siloml) : le mardi 22 septembre lors du Brunch de Bangkok Accueil et le lundi 28 septembre pour la réception annuelle de notre association. Vous pourrez venir nous rencontrer nous vous présenterons toutes les activités proposées par les NMV. Le début de la formation est le vendredi 2 octobre à partir de 9h à l’auditorium du Musée National (Na Phra Taht Road). Prise des inscriptions à la formation le 28 septembre et le 2 octobre au matin (pas de limitation de place). Pour plus d’information n’hésitez pas à nous écrire à l’adresse suivante NMVfrenchguide@gmail.com.

Propos recueillis par Sofia NITTI () vendredi 18 septembre 2015 (Rediff. du jeudi 27 août 2015)
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