

Ouvert aujourd'hui au tribunal criminel d'Alger, le procès Sonatrach 1, émaillé de plusieurs levées de séance et de contestations des avocats de la défense, a été reporté.
Ouvert ce matin a tribunal criminel d'Alger, le procès de l'un des plus grands scandales de corruption ayant secoué la compagnie algérienne des hydrocarbures, Sonatrach, vient d'être reporté à la prochaine session criminelle. Accusés de corruption, quelque 19 personnes ont comparu dans le cadre de cette affaire baptisée Sonatrach 1 pour ne pas faire l'amalgame avec le second scandale qui a secoué la même compagnie et dans lequel est cité le nom de l'ex-ministre de l'énergie, Chakib Khalil. Le procès s'annonce explosif et nombre d'observateurs s'attendent à des révélations de taille qui risquent d'ébranler, non seulement la plus grande entreprise du pays, mais aussi le pouvoir. L'ouverture du procès a eu lieu vers 10h00, en présence de tous les accusés, des responsables du groupe Sonatrach et de sociétés étrangères qui doivent répondre de faits liés à la corruption.
Parmi les accusés, l'ex PDG de Sonatrach, Mohamed Méziane, qui comparait en prévenu libre et le patron du groupe allemand Contel Algérie Funkwerk, El Smail Mohamed Réda. Huit (8) directeurs exécutifs de Sonatrach dont Amar Zenasni, responsable du transport par pipeline, et le directeur des activités d'amont, Belkacem Boumediène, sont dans le box des accusés avec 4 sociétés étrangères ayant bénéficié frauduleusement de marchés publics au préjudice de Sonatrach, selon le rôle complémentaire de la deuxième session criminelle 2014.
Parmi les chefs d'accusation retenus contre les accusés dont 7 en détention, figurent «association de malfaiteurs», « passation de marchés contraires à la loi pour accorder des privilèges injustifiés à des tiers», «blanchiment d'argent», «augmentation de prix dans des contrats avec une entreprise publique», «détournement de deniers publics», «blanchiment d'argent et corruption».
Selon l'arrêt de renvoi (293 pages), les faits concernent cinq (5) marchés frauduleux d'une valeur de 1100 milliards de centimes accordés par l'ex- PDG de Sonatrach, Mohamed Méziane, au groupe allemand Contel Algérie Funkwerk Pletarc dans le cadre d'un projet d'acquisition d'équipements de télésurveillance et de protection électronique des complexes du groupe national à travers le pays. Le groupe Sonatrach, selon l'arrêt de renvoi toujours, a conclu un marché frauduleux avec Saipem Algeria (Italie) pour la réalisation du gazoduc liant l'Algérie à l'Italie (Sardaigne). Un autre dossier lié à ce procès concerne le marché de réfection de l'immeuble de Sonatrach, situé boulevard Ghermoul, attribué en infraction à la loi, à l'entreprise allemande IMTECH.

Comme attendu, l'ouverture de ce procès a drainé une assistance nombreuse. La salle des audiences criminelles, située au premier étage du tribunal, était archi-comble. Outre les représentants des médias présents en force, la salle a vu la présence d' un grand nombre d'avocats, dont les plus chevronnés. Il y avait aussi l'actuel PDG par intérim de Sonatrach et des proches des familles des accusés.
Le début du procès n'a pas été du tout facile pour le président du tribunal qui a dû résoudre plusieurs questions techniques avant d'entamer les travaux. Il a été contraint d'ailleurs de lever la séance à plusieurs reprises. La première levée de séance a eu lieu vers 10h30 pour trancher la question de l'avocat de la famille Meziane, Amara Mohcine, suspendu par le bâtonnat. Ensuite, la défense a crié au scandale, en apprenant que le Trésor public s'est constitué partie civile. «C'est honteux qu'on vienne désigner après cinq ans le trésor public comme partie civile. Il s'agit d'une entreprise publique à caractère économique. Il ne s'agit pas d'une entité administrative», dénoncent les avocats de la défense. «C'est la première fois que le Trésor public se constitue partie civile dans une affaires commerciale. De plus c'est le parquet qui demande au Trésor de le faire», affirme Mustapha Bouchachi. Cette question a donné suite à des échanges vifs entre les avocats de la défense et les représentants du Trésor. Un avocat de la défense demande carrément le report du procès au motif que «les conditions ne sont pas réunies», d'autant que la médiatisation de l'affaire a empêché la convocation de témoins supplémentaires et des experts qui peuvent enrichir le procès.
Et encore une fois, la séance est levée. Les juges ne retournent dans la salle que vers 12h30 pour annoncer le rejet de la demande de report du procès. Ils refusent de statuer sur le fait que le Trésor public se constitue partie civile. Cela sera fait à la fin du procès. Ce dernier commence effectivement vers 13h00 avec les plaidoiries des avocats de la défense. Mais la séance a été levée à plusieurs reprises. Et le procès se poursuit sous haute tension...Après délibérations, le tribunal a prononcé le report du procès comme demandé par la défense.
Amar Chaabane (www.lepetitjournal.com/alger) dimanche 15 mars 2015







