La Suisse n’a ni la taille des États-Unis, ni la puissance industrielle de la Chine. Pourtant, lorsqu’il s’agit de technologies de rupture, le pays alpin est en train de jouer dans la cour des très grands. Et les chiffres publiés dans le Swiss Deep Tech Report 2026 donnent matière à réflexion.


Alors que l’Europe peine souvent à transformer ses laboratoires en champions technologiques, la Suisse semble avoir trouvé la formule. Selon le rapport Swiss Deep Tech Report 2026, dévoilé à VivaTech Paris, 63 % du capital-risque suisse est désormais dirigé vers la deep tech, soit la plus forte proportion au monde. Un score qui place la Confédération devant la Chine (56 %) et les États-Unis (54 %). Le constat est d’autant plus frappant que la Suisse affiche également le plus haut niveau d’investissement deep tech par habitant en Europe, avec 1 470 dollars investis par personne. À l’échelle mondiale, seuls Israël et les États-Unis évoluent dans la même catégorie.
Qu'est-ce que la deep tech ? Cette technologie (ou « technologie de rupture ») désigne les entreprises qui développent des innovations issues de découvertes scientifiques, de travaux de recherche ou de percées technologiques capables de transformer durablement des secteurs entiers. Le domaine couvre notamment l'intelligence artificielle, la robotique, l'informatique avancée, les semi-conducteurs, les technologies quantiques, les biotechnologies, les technologies médicales, le spatial, ainsi que les technologies liées à l'énergie et au climat. Selon la méthodologie utilisée dans le Swiss Deep Tech Report 2026, la deep tech inclut également les sciences de la vie (Life Sciences), permettant ainsi de comparer de manière homogène les écosystèmes technologiques des différents pays étudiés.
l’ETH Zurich et de l’EPFL Lausanne, désormais considérées comme les deux universités européennes les plus performantes en matière de création de spin-offs deep tech
Une croissance qui change d’échelle en Suisse
Les startups suisses de deep tech ont levé un montant record de 2,6 milliards de dollars en 2025. En dix ans, les financements ont été multipliés par près de cinq. Cette accélération ne relève plus du simple effet statistique. Elle s’appuie sur un vivier scientifique reconnu mondialement et sur une capacité croissante à transformer la recherche en entreprises capables de passer à l’échelle.
Le rapport souligne notamment le rôle central de l’ETH Zurich et de l’EPFL Lausanne, désormais considérées comme les deux universités européennes les plus performantes en matière de création de spin-offs deep tech. Mieux encore : leur avance se serait renforcée depuis 2023.

L’intelligence artificielle prend le pouvoir
Autre signal fort de l’étude : l’intelligence artificielle est devenue l’un des principaux moteurs de l’écosystème suisse. Aujourd’hui, une nouvelle entreprise deep tech suisse sur quatre évolue dans l’IA ou le machine learning. Cette part a plus que doublé par rapport aux années précédentes. La Suisse revendique également la plus forte densité de chercheurs en IA au monde, soit deux fois plus que le Royaume-Uni et les États-Unis selon le rapport.
Depuis 2020, la Suisse a créé 3,5 fois plus de startups robotiques que les Etats-Unis
Si l’IA attire les projecteurs, la robotique constitue un autre point fort du pays. Depuis 2020, la Suisse a créé 3,5 fois plus de startups robotiques financées par du capital-risque par habitant que les États-Unis, et cinq fois plus que le Royaume-Uni. Le pays bénéficie également d’un solide héritage industriel dans les capteurs de précision, la microélectronique et les technologies de calcul avancé. Selon le rapport, le monde et ses investisseurs ont identifié le potentiel suisse.
La Suisse : une petite nation, une grande ambition
À l’heure où l’Europe cherche son modèle technologique face aux États-Unis et à la Chine, la Suisse avance avec une approche singulière : une forte concentration de recherche scientifique, un transfert technologique efficace et une capacité croissante à attirer les capitaux privés. Le résultat est sans appel : avec plus de 1 500 startups deep tech financées au sein de l’Alpine Tech Cluster et une part record de capital-risque consacrée aux technologies de rupture, la Suisse s’impose désormais comme l’un des centres névralgiques de l’innovation mondiale. Un signal que les investisseurs, les entrepreneurs et les décideurs européens auraient sans doute tort d’ignorer.
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