

Le Parlement du Canton de Zurich refuse la suppression d'une langue étrangère, français ou anglais, en primaire. L'initiative populaire fera cependant l'objet d'un prochain référendum.
Le Parlement du Canton de Zurich a rejeté lundi par 96 voix contre 68 l'initiative populaire pour la suppression d'une langue étrangère au cours du primaire. Aujourd'hui à Zurich, anglais et français sont en effet enseignés dès la 2nde année de primaire pour la première langue, et à partir de la 5ème année pour la seconde. L'initiative, qui a récolté plus de 6.000 signatures, demande le report à la 1ère année de secondaire du début de l'enseignement d'une de ces deux langues, sans préciser laquelle.
Image d'illustration (Crédits : Lucélia Ribeiro)
Les initiateurs du projet estiment que l'apprentissage d'une deuxième langue dès le primaire est contre-productif. Le volume horaire consacré à l'étude serait trop faible pour une assimilation efficace de la langue et relèverait du "pseudo-enseignement" selon l'élu vert-libéral Christophe Zeigler. De plus, le surplus de cours nuirait à la motivation et à l'équilibre des élèves et aurait des conséquences négatives sur l'enseignement des matières fondamentales comme l'allemand ou les mathématiques.
Les promoteurs de l'initiative, soutenue par 80% des enseignants, selon un récent sondage de l'Association des enseignants zurichois (ZLV), s'appuient sur plusieurs études. L'une d'entre elle, conduite par la linguiste Simone Pfenninger, établit que l'apprentissage d'une langue au niveau secondaire est plus efficace qu'au niveau primaire. Il faudrait ainsi seulement six mois aux élèves apprenant l'anglais à partir du secondaire pour rattraper leur retard sur leur camarades l'apprenant depuis la primaire.
Au contraire, les opposants estiment que la majorité des élèves de primaire arrivent à suivre le double enseignement linguistique et que celui-ci est d'autant plus bénéfique qu'il commence tôt. Selon l'élue Silvia Steiner, à la tête du Département de l'éducation, "environ 80% des écoliers atteignent sans difficulté les objectifs fixés". Et pour Cornelia Keller, du Parti bourgeois démocratique (PBD), "connaître des langues étrangères dans le monde moderne est d'une importance capitale".
Soutenue par l'Union démocratique du centre (UDC) et les Verts-libéraux (VL), le texte a donc rencontré le rejet du reste de la classe politique. La question des langues est en effet sensible, et le débat mêle aussi bien préoccupations politiques qu'éducatives. Pour beaucoup d'élus, la remise en cause de la politique linguistique de la confédération, qui impose l'enseignement de l'anglais et d'une langue nationale dès le primaire, serait un mauvais signal envoyé aux autres cantons et pourrait menacer l'équilibre et la cohésion nationale entre groupes linguistiques. D'autres craignent que les autorités fédérales imposent le français au dépend de l'anglais au primaire, si l'une des deux langues venait à être supprimée : "Ce n'est pas dans l'intérêt de la place économique zurichoise", a ainsi déclaré Corinne Thomet, du Parti démocrate-chrétien (PDC).
Malgré ce revers devant le Grand Conseil du Canton, l'initiative fera l'objet d'un référendum en 2017. Il y a tout juste 10 ans, en novembre 2006, les citoyens zurichois s'étaient déjà exprimés sur la question. Ils avaient alors refusé la suppression d'une langue étrangère en primaire.
Jean-Baptiste CHATAIN (www.lepetitjournal.com/zurich) lundi 14 novembre 2016.
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