Samedi 24 octobre 2020

ESCAPADE HISTORIQUE - Xiamen, comptoir diplomatique oublié

Par Le Petit Journal Shanghai | Publié le 17/05/2020 à 21:30 | Mis à jour le 18/05/2020 à 17:43
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Joyau de la Chine du Sud, l’île de Gulangyu à Xiamen n’en demeure pas moins également un lieu historique, capitale diplomatique du commerce sino-européen au XIXème siècle.

Lorsqu’en 1842, la Chine et le Royaume Uni signèrent le traité de Nankin, suite à la première guerre de l’opium, premier de la longue série des « traités inégaux », la Chine s’engagea à s’ouvrir au monde extérieur. La mesure la plus emblématique de ce traité : la cession de Hong Kong à la couronne britannique. Pourtant, d’autres dispositions de ce traité ont profondément changé la société Chinoise qui en garde des témoignages prégnants sur son territoire. Outre donc la cession de ce territoire, la Chine dût ouvrir cinq de ses ports au commerce international. Ainsi, mettant fin au système de Co-Hong, une guilde de commerçants Chinois qui faisaient le commerce sino-européen comme ils l’entendaient grâce à un edit impérial datant de 1760. Les ports de Fuzhou, Ningbo, Shanghai, Canton (l’île de Shamian) et Amoy (aujourd’hui appelé Xiamen) s’ouvrèrent au commerce international et particulièrement à l’opium, raison première de la signature du traité. Ce texte institua un montant de taxe douanière de 5% maximum. Une première dans l’histoire de la Chine.

 

xiamen comptoir diplomatique

 

Pour s’assurer de la mainmise des occidentaux sur ces ports, le Royaume-Uni imposa de nommer des consuls pour les représenter. Ce fût le cas notamment dans le port de Xiamen où les puissances étrangères s’installèrent progressivement à partir de 1860 sur l’île de Gulangyu à 600 mètres du rivage de la ville et accessible uniquement par bateau. Si originellement, les premiers représentants et les missionnaires étrangers s’étaient installés sur le continent, l’apparition de maladies et le nombre croissant de décès dans la ville acheva de les convaincre de s’installer sur cette charmante île de 2km2.

A l’époque, 13 pays sont représentés sur place. Ceux-ci sont : le Royaume-Uni, la France, les Pays-Bas, le Japon, l’Allemagne, les Etats-Unis, l’Espagne, le Portugal, l’Autriche, la Norvège, le Danemark, la Belgique et la Suède. Il régnait sur place une odeur de liberté, loin des obligations de la société chinoise pourtant en vigueur à quelques centaines de mètres sur le rivage.

En 1897, l’île de Gulangyu via ses émissaires étrangers proposa à l’autorité centrale de Pékin un plan pour améliorer la gouvernance de l’île – l’établissement d’une concession internationale officielle. Au début réticent, le gouvernement de Pékin se résigna à accepter après que le Japon attaqua l’île de Gulangyu et la ville de Xiamen suite à l’incendie d’un temple bouddhiste japonais sur l’île. Cette confrontation poussa le Royaume-Uni à déployer un navire de guerre en réponse pour protéger l’île ce qui poussa Pékin à accepter la co-gestion en 1903 de l’île par les 13 pays. Pour assurer la sécurité locale du nouveau campement : une brigade de police sikh tout droit venue des colonies britanniques.

Sur place, la vie se déroulait au rythme de l’occident. Règles locales, justice indépendante, police spécifique... L’île avait ses propres spécificités et se trouvait être un formidable port d’entrée pour le commerce en Chine. Les étrangers y installèrent leurs propres tribunaux, poste, commissariats, hôtels, clubs et se firent bâtir de somptueuses villas au style colonial. L’île compte même des églises, symbole de l’Ouest. Un grand nombre de riches Chinois qui avaient fait fortune dans les pays voisins retournèrent par ailleurs sur place pour participer à ce formidable essor de l’île en se faisant également construire leurs propres villas.

Cependant, ce qui a le plus marqué l’île est sans conteste la musique et le piano particulièrement. En effet, aujourd’hui on considère qu’il y a plus de pianos sur l’île que d’habitants (20 000 environ). Le port du ferry assurant la liaison entre l’île de Xiamen et Gulangyu a d’ailleurs été construit en forme de piano.

 

xiamen comptoir diplomatique

 

Jusqu’en 1938, l’île ne connut que peu de changements, l’auto-gestion se déroulait à merveille malgré la 1ère guerre mondiale puis l’arrivée de la seconde, chaque pays assurait la gouvernance de l’île en bonne intelligence avec les autres pays. Néanmoins, lorsque le Japon pris le contrôle de la ville de Xiamen en 1938, il ne laissa qu’un court répit à l’île. 4 ans exactement. Avant d’envahir à son tour Gulangyu en 1942. Dès 1943 les avantages d’extra-territorialité conférés furent abolis par Chiang Kai-Shek et les étrangers sommés de quitter l’île. La guerre civile chinoise qui éclata jusqu’en 1949, termina d’achever le départ de la communauté internationale présente sur l’île.

L’île aura donc connu une période faste et constitua un véritable havre de paix du commerce mondial durant près d’un demi-siècle. Si l’île conserve les charmes qui la caractérisait à l’époque, elle n’est devenue qu’une destination touristique pour un grand nombre de chinois qui y contemplent une architecture présente nulle part ailleurs en Chine. Seule des visites impromptues de Deng Xiaoping en 1984 ou Richard Nixon en 1976 ont permis de la remettre brièvement sur le devant de la scène. Aujourd’hui, pour garder son côté unique, l’île a décidé de devenir la seule zone interdite aux voitures en Chine, ajoutant ainsi un chapitre de plus à son illustre histoire et à sa douceur de vivre.

Un article de Quentin Dussart pour LePetitJournal Shanghai

 

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